N’est pas Marco Polo qui veut. L’explorateur vénitien a découvert des continents entiers d’une architecture insoupçonnée. Les mots lui manquaient même.
Imaginons donc.
Marco Polo, après moult épreuves, rencontre l’Empereur de Chine.
- «Common Ground», dit-il ?
I don’t think so.
Quelques siècles plus tard, toujours à Venise, une Biennale d’architecture : «Common Ground».
Ah, mais c’est bien sûr, toute l’humanité savante réunie en un voeu pieu. Alléluia ! Comme on dit en chinois.
Pourtant, tandis qu’elles déambulent à la cour des Doges, les têtes de gondole à Venise s’étonnent de n’y pas ressentir le frisson que procurent les vraies rencontres.
Il est certain que l’auto-promo des uns et des uns est une indigestion. Ceux-là, pensent-ils, ne peuvent désormais s’exprimer qu’en images. Comme une sorte de supra-commercial de leur oeuvre, comme il est écrit de quelques singes ?
Starchitectes ?
Non. «Common Ground».
Wolf Prix, de Coop Himmelb(l)au, en a fait une crise d’urticaire. David Chipperfield, pincé, a répondu sur le même ton.
- «Common Ground, comme compromission, juste pour montrer ses fesses», écrit, en substance, le premier avec sarcasme.
- «Comment donner crédit à celui qui a dit que mon grand magasin à Vienne était 'un tas de merde' ? », réplique le second.
La presse anglo-saxonne en fait choux gras et gorges chaudes.
A tel point que le boss des archis italiens y mit son grain de sel. C’est de bonne guerre.
En France, satisfecit royal. L’ordre n’a rien dit et Bonaparte en première campagne n’a qu’à bien se tenir.
Bref, le Courrier était à Venise. Il ne fut pas reçu par l’Empereur ; il le fut au Guggenheim.
De loin en loin des on-dits et non-dits de conservateurs et commissaires de tout poil, se produisirent ainsi des rencontres inattendues.
Un peu, beaucoup, passionnément... L’architecture.
«Common Grounds», enfin.
Christophe Leray
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