Pierre de Bourgogne avril 2013

Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Cahier Spécial - Biennale de Venise 2012

Présentation | Herreros Arquitectos et la stratégie du diagramme (03-10-2012)

A Giardini, au coeur du pavillon central, Herreros Arquitectos occupe la totalité d’une salle. Invitée par David Chipperfield, l’agence madrilène se devait de présenter sa spécificité. Outre la consécration, l’événement était aussi l’occasion de s’interroger. «En réfléchissant, j’ai compris que mes diagrammes m’étaient propres», affirme Juan Herreros.

Biennale d'Architecture de Venise | Divers | Madrid | Juan Herreros

VENISE (de notre envoyé spécial) - Les diagrammes donc. Aux murs, aux côtés de dessins techniques - «la synthèse de tous les autres» - et de maquettes, «nues et sans échelles» -, ils témoignent non pas de l’esprit du projet mais de ses nombreux acteurs. «En dessinant un diagramme, je dessine un groupe de collaborateurs nécessaires à la réalisation d’un édifice», assure l’architecte.

Aussi, ni photo ni perspective pour cette exposition.

Journalistes et architectes déambulent. La Biennale connait ses premières journées de foule. Attablé au centre de la salle dédiée aux travaux de l’agence, Juan Herreros explique au Courrier l’origine d’une pratique.

«L’architecte brille et les autres demeurent invisibles», constate-t-il. Dès lors, les diagrammes sont la «mémoire de la mise en réseau».

02(@HerrerosArquitectos).jpgNéanmoins, il ne s’agit pas d’une seule archéologie. Complexes, ces schémas naissent à l’origine du projet. «Ils sont importants lors de la phase concours. Nous souhaitons tous être sélectionnés et, pour ce faire, nous devons définir une équipe», débute l’architecte.

«La compétition exige le meilleur. Aussi, nous nous interrogeons sur la manière de rendre visible l’invisible sans faire une liste de curriculum», assure Juan Herreros. Par conséquent, le schéma, plus précisément le diagramme, se révèle stratégique.

Du singulier naît un pluriel et l’architecte confie réaliser quatre à cinq diagrammes par projet. «Cela m’aide pour concevoir une équipe. Elle est, elle-même, une action de création». Bref, d’un concours à l’autre, la feuille n’est jamais tout à fait blanche. L’esquisse d’un diagramme nait d’une histoire autre, plus ou moins récente.

«Mon architecture ne change pas. Seuls les thèmes de recherches changent. Depuis 1945, l’architecture est héroïque voire épique ; il s’agit désormais de la faire avec moins de souffrance. Je n’ai plus le temps de souffrir», indique Juan Herreros. Les diagrammes donc.

En outre, Venise est aussi la «reconnaissance de l’activité de l’agence, de son fonctionnement en tant que collectif où l’absence de hiérarchie implique une action critique». Il n’en fut pas toujours ainsi.

03(@HerrerosArquitectos)_B.jpgFondée il y a vingt ans, l’agence connut un revirement important en 2005 faisant suite à la séparation des deux architectes fondateurs. 

«Quand il n’y a pas d’associé en face de toi, tu te confrontes directement à tes collaborateurs. Aujourd’hui, mes collaborateurs sont mes associés», résume Juan Herreros. A Madrid, ils sont quinze.

Sur sa carte de visite, outre téléphone et adresse mail, Juan Herreros fait état de ses titres : Professeur à la Escuela técnica superior de arquitectura de Madrid mais aussi à l’université de Columbia à New York.

Voilà qui n’est pas sans importance. L’homme de l’art garde une profonde attache au milieu universitaire, un lieu mêlant «activité professionnelle, recherches et enseignement».

«Tout est lié», estime l’architecte. La pratique d’un côté, l’écriture de l’autre. «J’écris un texte, je recherche un concours, je forme une équipe», dit-il. En d’autres termes, «le processus de conception se transforme en programme de recherche».

Pour illustrer son propos, l’architecte se plait à évoquer l’un de ses écrits récents, Periferia al centro : «si la périphérie est un laboratoire, le centre se doit également d’être un laboratoire. La ville ne peut s’étendre indéfiniment. Le centre est quasi terminé, ses alentours sont des territoires sans loi», assure-t-il.

De la théorie à la pratique, deux concours pour s’émanciper de l’abstraction : la gare de Saint-Jacques de Compostelle et le Centre international des Congrès de Bogota. Pour la première, il s’agit de relier centre et périphérie ; pour le second, «induire un changement : les grands objets ne m’intéressent pas, je cherche davantage à changer les centres de gravité», dit-il.

04(@HerrerosArquitectos).jpgUn déplacement au sens propre comme au sens figuré en des territoires physiques ou intellectuels. «La construction d’un futur immédiat mérite la coexistence coopérative d’initiatives individuelles et privées avec une communauté qui ne sera plus celle d’architectes obnubilés par la paternité de leur oeuvre mais celle d’architectes enrichis par diverses contributions venues d’ailleurs», écrit-il dans le catalogue de la Biennale.

Du système stellaire à la constellation, un appel pour une vision nouvelle de l’architecture où l’architecte n’est plus seul et pas même au centre d’un tout. Les diagrammes ne sont in fine qu’une illustration.

A voir...

Jean-Philippe Hugron

Réagir à l'article


Design Ikonik mai 2013
Votre Cinéma Dec 2012

Album-photos |Jean-Christophe Ballot varie les échelles

En guise de carte blanche, Jean-Christophe Ballot a varié les plaisirs et propose des photos de cinq reportages photographiques différents. De Fès au Louvre, en passant par des images de la confluence Seine-Oise, ce photographe...[Lire la suite]

LCDLA mai 2013

Album-photos |Monde dessiné : les images d'Anne-Gaëlle Amiot sont plus détaillées qu'une photo

Freelance diplômée de l’ENSAD (Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs), Anne-Gaëlle Amiot dépeint, avec son seul crayon et avec distance et engagement, les architectures et, parfois, les...[Lire la suite]

G Immo Dec 2012

Album-photos |Philippe Piron, de Marseille à Nantes en passant par Arles

Après dix années passées à Marseille, Philippe Piron s'est établi à Nantes en 2013. Il continue de développer son travail sur l'architecture et le paysage avec notamment, en 2012, une participation...[Lire la suite]

Design Ikonik avril 2013

Album-photos |Patrick Tourneboeuf et les stigmates de l'Histoire

Patrick Tourneboeuf a commencé à créer la série 'Monolith', «in progress», il y a huit ans, après avoir travaillé sur les empreintes du mur de Berlin, regardé les monuments aux morts,...[Lire la suite]

UPM mai 2013

Album-photos |Simón García, Barcelone au coeur

«Aujourd’hui, je m’intéresse à différents thèmes, tous liés à la photographie, pouvant aller d’aspects théoriques comme la relation entre peinture et photographie à...[Lire la suite]

PM de Wallonie mai 2013

Album-photos |Patrick Tourneboeuf et les stigmates de l'Histoire

Patrick Tourneboeuf a commencé à créer la série 'Monolith', «in progress», il y a huit ans, après avoir travaillé sur les empreintes du mur de Berlin, regardé les monuments aux morts,...[Lire la suite]