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Chronique | La Cathédrale de Brasilia, une nouvelle architecture sacrée (11-10-2012)

Othman Mikou est étudiant en 3e année à l'ENSA Paris-Val de Seine. Son projet Magenta l'emmène en de multiples pays afin d'étudier architectures symboliques, vernaculaires et contemporaines. Après la FinlandeIstanbul, les hôtels de Göreme et les coupoles de Mardin, l’école de bambou de Panyaden en Thaïlande, la découverte de Jakarta, Kuala Lumpur, Bangkok et Hong Kong et sa visite à Hong Kong du Run Run Shaw Media center signé Daniel Libeskind, le voici à Brasilia, en sa cathédrale.

Vie étudiante |

Inaugurée en 1970, dix ans après la ville au sein de laquelle elle s’implante, la cathédrale de Brasilia ne ressemble pas aux autres édifices religieux qu’il m’ait été donné de visiter. Son architecture futuriste, faite de courbes et de couleurs, de verre, de béton et de bronze, est autant le reflet de l’écriture architecturale d'Oscar Niemeyer que la démonstration d’une nouvelle architecture sacrée.

Contexte

«On peut juger Brasilia comme on voudra, mais je sais que j’ai inventé là des formes qui ne répètent rien». Oscar Niemeyer évoque ainsi la capitale du Brésil construite entre 1957 et 1960 sous l’impulsion du président de l’époque, Juscelino Kubitschek. Dans le cadre du projet urbain signé Lucio Costa, Oscar Niemeyer, architecte en chef des monuments publics, y éleva édifices diplomatiques, administratifs et publics, notamment autour du Plano Piloto, la zone politique de la ville.

Une promenade sur sa vaste esplanade est un moment unique. A l’instar d’oeuvres d’art au sein d’une exposition, le Musée de Brasilia, la Cathédrale, les différents ministères, jusqu’au Palais des Congrès, se succèdent, chacun élégant à sa manière, tous partageant une même écriture ondulée composée de béton blanc. Arrêt devant l’édifice fétiche d'Oscar Niemeyer, la Cathédrale. Qui évoque son architecture tout en initiant une nouvelle perception de l’architecture sacrée.

02(@OthmanMikou).JPG La Cathédrale, un édifice sacré

L’architecture religieuse est toujours porteuse de symboles, de références historiques ou idéologiques. Mes visites en Europe et en Asie m’ont permis de découvrir des édifices sacrés dotés d’enveloppes ou d’une spatialité singulières et, pour ce qui concerne les églises et les cathédrales, celles-ci sont systématiquement érigées selon un plan en croix et surmontées d’un clocher. Point de fonctionnalisme dans l’architecture ecclésiastique.

Difficile alors d’être surpris par de tels édifices, tant leurs architectures se ressemblent, quelle que soit l’époque de leur réalisation. Les rares églises qui se construisent encore en Europe relèvent du même concept : enveloppe extérieure discrète, intérieur sobre, sachant qu’un important travail sur la lumière a été réalisé pour hiérarchiser l’espace. Elles peuvent représenter l’architecture locale et les matériaux locaux comme en Finlande, où le bois se retrouve dans les récentes églises. Aujourd’hui, devant la Cathédrale Métropolitaine Notre-Dame de l'Apparition de Brasilia, inaugurée et consacrée en 1970, l’heure est pourtant venue pour moi de revoir mon jugement.

03(@kidPharaon).jpg Une Eglise ouverte vers le Ciel, à «l’ambiance de bonne nouvelle et de défi»

Avec sa structure hyperboloïde de quarante mètres de haut, composée de colonnes incurvées autour d’une assise circulaire, la Cathédrale de Brasilia ne passe pas inaperçue. Le clocher - sorte de fourche géante dissociée de l’édifice - et le crucifix en acier planté à son sommet semblent être les seuls éléments représentant sa fonction religieuse.

Entre les seize colonnes de béton, des parois triangulaires en verre laissent apparaitre quelques reflets colorés à travers un circuit de joints en zigzag. Ni portes ni fenêtres. Un édifice mutique ? «Non, une Cathédrale ouverte vers le ciel, différente de celles qui obscurent, rappellent le péché», explique Oscar Niemeyer. Sur le parvis, entre les statues des évangélistes Matthieu, Marc, Luc et Jean, un passage souterrain marque l’entrée de l’église.

En arrivant au bout du corridor, je m’arrête sur le seuil de la cathédrale, captivé par la vaste verrière colorée qui s’élance au dessus de la nef. L’opacité des parois extérieures a laissé place à une seconde peau en verre, tantôt colorée et polie tantôt transparente. Pas de narthex, de transept, ni de piliers ou de cloisons. Seulement un espace rond de soixante-dix mètres de diamètre, où un tapis vert central sépare plusieurs rangées de bancs et oriente les visiteurs vers le choeur, disposé au fond de la nef. Au centre, des sculptures d’anges célestes suspendues semblent protéger l’endroit.

En marchant le long des murs périphériques au-dessus desquels jaillissent les massives colonnes, je compare cette spatialité à celle d’autres édifices. L’espace, la lumière partout présente ou encore l’écho des voix emplissant la nef évoquent davantage l’intérieur d’une halle de marché que celui d’un temple. Derrière l’estrade ovale du choeur, je descends un escalier et arrive dans la chapelle de la cathédrale. Eclairée par quelques néons fixés sur le mur, l’ambiance y est triste. D’où l’absence de visiteurs.

Malgré les différences d’avec ces vieilles cathédrales méprisées par l’architecte, je finis par retrouver la même hiérarchisation lumineuse de l’espace. A l’entrée, le corridor appelle l’humilité alors que, sous la verrière, l’espace rayonnant «porte une ambiance de défi et de bonne nouvelle», selon l’architecte. La chapelle, dernier espace du parcours, invite au silence, au recueillement et à la méditation. Bref, Oscar Niemeyer alterne ombre et lumière afin de créer différentes ambiances spirituelles.

04(@OthmanMikou)_B.JPG Une réinterprétation de l’Art Sacré

En remontant, je m’attarde devant les statues de bronze suspendues réalisées par Alfredo Cecchetti avec l’aide de Dante Croce, lequel a également réalisé celles qui peuplent le parvis. Dans d’autres églises, de telles oeuvres font souvent partie de la composition de la façade ou sont présentes à l’intérieur de l’église pour des raisons symboliques et esthétiques. Ici, elles revêtent aussi une fonction spatiale. Dehors, les sculptures définissent l’entrée. A l’intérieur, les anges suspendus créent une perspective verticale et attirent le regard vers le ciel.

La verrière témoigne également d’une réinterprétation du vocabulaire architectural ecclésiastique par Oscar Niemeyer. Plutôt que d’y figurer des scènes bibliques ou historiques telles celles composant des vitraux, celle-ci évoque la vie via les couleurs de l’eau, en de longues ondulations bleues, vertes et brunes. La lumière de début de matinée déroule les formes chromatiques sur le sol marbré de la nef.

Les sculptures et le dessin coloré de la verrière répondent également à la volonté de l’architecte d’intégrer l’art dans ses projets. A Brasilia, d’autres oeuvres accompagnent ses réalisations, parmi lesquelles les sculptures du Palais de la Justice ou la verrière du Mémorial Juscelino Kubitschek. A Belo Horizonte, lorsqu’il édifia l’église de Pampulha, Oscar Niemeyer fit appel au peintre Candido Portinari pour la réalisation d’un panneau intérieur et la décoration de la façade principale. Parfois, Oscar Niemeyer réalise lui-même des compositions, telle la main de béton ensanglantée devant le Mémorial d’Amérique Latine à São Paulo. Créateur engagé, l’architecte aime les artistes.

05(@OthmanMikou).JPG La Cathédrale aujourd’hui

Malgré sa situation géographique - la cathédrale se situe loin des zones résidentielles et d’activité -, elle ne désemplit pas et est tous les jours fréquentée pas des fidèles et des non-croyants. L’édifice représente depuis bien longtemps, avec le Palais des Congrès, «la carte postale de la ville», en plus d’en être son premier lieu de culte avec une capacité d’accueil de 4.000 fidèles.

Sa notoriété n’empêche pas son vieillissement. L’édifice a connu différentes phases de rénovation depuis son ouverture, dont celle de la verrière colorée entre 1986 et 1989 par l’artiste Marianne Peretti. Aujourd’hui, une réhabilitation du plafond vise à améliorer sa ventilation.

Sur le parvis, en sortant, je m’attarde devant les petites échoppes d’artisanat où des effigies de la cathédrale côtoient celles du Palais des Congrès, du Musée de Brasilia ou du Mémorial. D’autres souvenirs représentent des édifices récents de la ville comme la Tour de Numérique, d'Oscar Niemeyer encore. Finalement, je tends à croire que c’est lui, le symbole de Brasilia.

Othman Mikou

Partenaires officiels du projet Magenta : STROC industrie (entreprise de BTP au Maroc,  www.stroc.com) ; Banque Populaire Fès Maroc (www.gbp.ma) ; Christine Garand, photographe professionnel Paris (chris.garand[at]orange.fr) ; Le Courrier de l'Architecte.

Réactions

joj291 | 27-02-2013 à 15:42:00

merci pour tout ce que vous avez écrit Mr Mikou

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