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Visite | K-architectures, la couturière du Théâtre de Saint-Nazaire (17-10-2012)

«Nous ne sommes pas peu fiers». C’est en ces termes et d’autres tout aussi dithyrambiques que Joël Batteux, maire de Saint-Nazaire (44), présentait à la presse 'Le Théâtre', livré par K-architectures (Karine Herman et Jérôme Sigwalt) en avril 2012. Monolithe de béton faisant écho à la base sous-marine, ce monument est avant tout «une machine» des plus fonctionnelles offerte aux artistes. Mais pas seulement.  

Réhabilitation | Culture | Saint-Nazaire | K-architectures

Il était attendu. Implanté face à l’imposante base sous-marine de Saint-Nazaire, le nouveau théâtre a levé le rideau pour la première fois le 8 septembre dernier pour une première représentation, Il était une fois une gare... Une évocation poétique et ludique de ce passage du XIXe au XXIe siècle. Comme de juste.

En effet, débarquant du bus à l’occasion d’une visite de presse organisée le 3 octobre 2012, les journalistes distinguent d’abord les façades réhabilitées de l’ancienne gare de la ville, deux pavillons liés par une arcade. «Les pavillons devaient être réinvestis par le nouveau théâtre et la moitié de la grande nef laissée libre de toute construction», précise Karine Herman, architecte du bâtiment et co-fondatrice de K-architectures avec Jérôme Sigwalt.

«Sensibles» à la volonté des élus de préserver leur patrimoine, les architectes ont choisi de composer avec les friches ferroviaires comme avec l’incroyable paysage de béton fortifié.

De fait, émergeant au-dessus des pierres : du béton. Opaque, monolithique. Ici lisse, là engravé, coulé en place ou préfabriqué en fonction du dessin... Bref, un écho pimpant au gigantesque bunker existant.

Le Théâtre parachève l’opération, lancée dans les années 1990 et intitulée 'Ville-Port', de reconquête des friches portuaires et de la base sous-marine via la réalisation d’équipements culturels. «La décision de construire un théâtre remonte à plus de dix ans. Nous avons dû renoncer à deux concours, l’un annulé au regard de la réglementation, l’autre d’un vice de procédure», précise Eric Provost, adjoint au maire.

Issu d’une troisième compétition, le projet de K-architectures l’a remporté face à des pointures tels Rudy Ricciotti, l’agence Architecture Studio ou encore Nicolas Michelin. «Nous étions des outsiders», sourit Karine Herman. A ce titre, «hors de question de commettre un impair». En clair, K-architectures a scrupuleusement respecté le cahier des charges.

«Une humilité extraordinaire», salue à ce titre le maire de Saint-Nazaire. Pour autant, ce dernier avoue avoir été «hésitant» quant à l’aspect monolithique de leur proposition.

«Fait-on un monument pour la ville ou un théâtre pour les artistes ?», s’interrogeait-il à l’époque. Les deux mon général ! En guise de quoi, les architectes se sont avant tout attachés à ce que cette «grosse machine» fonctionne. Le jury en fut d’ailleurs bientôt convaincu.

Quant au motif ornant le béton, qui emprunte aux soieries du XVIIe siècle tel un clin d’oeil aux théâtres romantiques, il s’agit d’une offrande faite aux habitants de Saint-Nazaire. En d’autres termes, ne pas voir dans le béton matricé une coquetterie mais, ainsi que le souligne Joël Batteux, «un grain de peau qui permet de faire respecter certains excès de forme».

02(@LucBoegly)_S.jpgSi coquetterie il y a, c’est à l’intérieur, dans les perforations de l’aluminium anodisé couleur or composant les garde-fous des accès à la salle de représentation. Un écho à la matrice extérieure que d’aucuns pourront juger redondant.

Pour autant, là aussi il est question d’Histoire. En effet, la dentelle mordorée est plutôt inspirée des panneaux acoustiques intégrés aux murs de la billetterie installée dans l’un des deux pavillons de l’ancienne gare (l’autre étant réservé aux bureaux de la Scène Nationale) à l’entrée du théâtre. Ces panneaux tapissaient la salle de spectacles du paquebot France et furent achetés par la ville lors de la reconversion du transatlantique. Lorsque le maire suggéra aux architectes de les intégrer aux bâtiments, ils n’hésitèrent pas à leur trouver une place d’honneur.

03(@LucBoegly)_S.jpgCela écrit, le clou du spectacle est ailleurs, dans la salle de représentations, plus conséquente qu’imaginée avec ses 826 places assises. Tendus de velours rouge, les sièges contrastent avec la minéralité des murs en béton. Ici, le motif engravé prend tout son sens. Avec les assises écarlates, il confère à l’espace un esprit baroque digne des plus grands théâtres. L'agence K-architectures ne s’est pas contentée de faire fonctionner une machine.

La visite se poursuit dans les coulisses par le quai de déchargement prolongeant la scène et donc inclus dans le bâtiment. «Cela n’a l’air de rien mais pouvoir sortir les décors à l’abri des intempéries est essentiel», souligne Nadine Varoutsikos-Perez, la directrice du théâtre. Laquelle, une fois dans la salle de répétition, souligne que l’endroit est suffisamment vaste et doté en machinerie pour servir de salle de création. Un autre atout.

Dans les loges, Karine Herman, pourtant friande de surfaces sombres, a opté pour du blanc, à la demande des artistes. Plus loin, les architectes ont prolongé le Foyer des artistes d’un patio. «Rien de révolutionnaire», souligne l’architecte. Néanmoins au goût des artistes, ainsi que le précise à nouveau la directrice.

Retour dans la salle de représentation et mention spéciale à l’acoustique. «Naturelle, elle a été réglée au centimètre près». Ne pas se fier qu’à l’architecte. A l’occasion de la visite de presse, le metteur en scène de la compagnie l’Unijambiste accueille les journalistes le temps de mises au point techniques. Morceaux choisis de Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare revu au son du beat box et d’effets visuels. Une brève féérie.

«L’usage est essentiel». Ici, Karine Herman n'a pas besoin de le préciser.  

Emmanuelle Borne

04(@PatrickMiara).jpgFiche technique

Maîtrise d’ouvrage : Sonadev pour la ville de Saint-Nazaire
Architectes : K-architectures : Karine Herman et Jérôme Sigwalt, architectes, Olivier Jonchère, architecte chef de projet, Alexandre Plantady, architecte chef de projet esquisse
Scénographe : Changement à Vue
Acousticien : Altia
BET fluides : Alto
BET structure : Khephren
Economiste : Bougon

Surface du bâtiment : 3.900m² (surface utile) dont accueil : 570m² / diffusion : 2.025m² /création : 465m² / bureaux : 295m² / locaux techniques : 545m²
Jauge : 826 places au total, dont 18 pour les personnes à mobilité réduite (PMR)
Budget : 16,4M€ TTC de travaux (dont 15% consacrés à la scénographie) et un budget global pour la construction et l’aménagement de 21M€ TTC
Février 2007 : lancement du concours de maîtrise d’oeuvre
Avril 2012 : livraison

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Erratum : crédit image : cantin-planchez-DR