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Visite | J'ai voulu voir Zaha... et j'ai vu 'Pierres Vives' (17-10-2012)

Inauguré le 13 septembre 2012, dix ans après le concours remporté en 2002 par Zaha Hadid, 'Pierres Vives', à Montpellier (34), conjugue médiathèque, archives départementales et office départemental des sports. Zahadien par excellence avec ses courbes en veux-tu en-voilà et son impeccable béton, le bâtiment accueillait, le jour de l’inauguration, son architecte. Enfin l’occasion de l’entendre ?

Culture | Divers | Montpellier | Zaha Hadid

Jeudi 13 septembre, 9h30 : arrivée en face du quartier de la Paillade, à Pierres Vives, 'Cité des savoirs et du sport pour tous' (sic).

Un paquebot.

195 mètres de long et 24 mètres de haut échoués à l’ouest de Montpellier. «L’idée du projet repose sur l’arbre de la connaissance», selon Zaha Hadid.

Va pour 'the tree of knowledge' ; la métaphore ramifiée n’est en effet pas qu’une vaine idée. Du nord au sud, depuis les archives jusqu’aux espaces publics, les surfaces vitrées (5.000m² au total) prennent progressivement le pas sur le béton. Les brise-soleil n’y sont pas pour rien dans l’élan arborescent.

«Plus de 60% des bâtiments réservés au stockage d’archives sont aveugles ; nous ne voulions pas de cet aspect massif», soulignera Stephane Hof, chef du projet hier, aujourd’hui installé à son compte. Parmi les astuces, Zaha Hadid a ceinturé les boîtes d’archives en béton de couloirs de circulations pour créer une double peau vitrée à l’endroit où, d’habitude, l’opacité est totale.

Rien à dire, la courbe est impeccable. Et ce béton, tu l’as vu ce béton ? «presque trop beau», sourit Stephane Hof. En effet, même pas coulé en place ! Composée essentiellement de panneaux préfabriqués, «la façade ré-optimisée de façon à réaliser un minimum de moules» est le résultat d’une collaboration menée avec Vinci Construction à l’issue d’un dialogue compétitif, aucune entreprise n’ayant répondu à l’appel d’offres.

Il est vrai que, vu de l’extérieur, l'immeuble Pierres Vives semble des plus complexes. Pourtant, à l’intérieur, les plans témoignent d’un dessin rigoureux, à la géométrie étonnamment linéaire. Elles sont loin, les déambulations labyrinthiques du MAXXI.

De fait, «le bâtiment n’a pas été dessiné en plan mais en coupe». Plutôt que relever les enjeux du béton, le défi consistait surtout en l’adoption d’une méthode de travail. «Nous avons procédé par itérations», précise Stephane Hof.

Dans le hall d’entrée, une bonne centaine de journalistes attendent SON arrivée. Ici, les courbes sont tout aussi saisissantes que les ondulations extérieures. Au-dessus de l’escalator menant vers la médiathèque et la salle de consultation des archives, le plafond se soulève telle une invitation à accéder aux espaces publics.

11h30 : sans plus attendre Zaha Hadid, André Vezinhet, président du Conseil général de l’Hérault, maître d’ouvrage de Pierres Vives, lance le top départ de la visite. «Vous verrez, votre plaisir devrait aller grandissant», assure-t-il avec un enthousiasme non feint.

02(@Hoffice)_B.jpgL’escalator mène vers des espaces «inédits» pour un programme d’archives : une salle de détente et une pièce réservée à la consultation. Ici, la courbe zahadienne est sublimée par la mise en oeuvre de corian et de médium laqué. Si ce n’est que l’ensemble n’est pas signé Zaha Hadid mais Stephane Hof. Un autre marché.

La horde rebrousse chemin, direction la médiathèque, 1.000m² réservés à la consultation. Ailleurs efficace, ici la courbe devient envahissante. Où est-ce le nombre de journalistes au mètre carré ?

Cette bibliothèque là n’est pas comme les autres. La variété des espaces et recoins de lecture - espaces des petits, des ados et des autres, meublés, selon l’endroit, de tables de travail, fauteuils, coussins, chauffeuses, etc. - offre un confort hors du commun mais, surtout, la qualité du mobilier - dont le Random du Conran Shop - laisse coi.

Enfin presque, puisque des journalistes susurrent : «de quoi exploser les budgets...».

«Vous aurez remarqué que rien n’est accroché ? Une exigence de Zaha Hadid, qui est d’une précision étonnante en ce qui concerne les finitions», confie, enchanté, André Vezinhet à quelques journalistes. Même absente, elle fait loi, la Zaha.

03(@HeleneBinet).jpg12h20 : Dans l’auditorium, l’architecte doit arriver «d’un instant à l’autre». Ici comme ailleurs, la courbe est leitmotiv, le détail impeccable, «la séduction totale» ainsi que le souligne le maître d’ouvrage.

A quel prix ?

Les flashs crépitent, le président s’interrompt, Zaha arrive. Applause. Montpellier n’a rien à envier à Hollywood.

André Vezinhet : «Souhaite-vous intervenir ou répondre aux questions Madame Zaha Hadid ?»
Zaha Hadid : «N’importe».

Pas loquace, l’architecte. Il est brièvement question de l’arbre de la connaissance et de la qualité urbaine du projet.

Puis, entre toutes questions : «Est-ce que ce sont les difficultés techniques qui expliquent la différence entre les premières estimations et le coût final de l’ouvrage ? (125 millions d’euros TTC ndlr)»
Zaha Hadid : «I don’t think so».

André Vezinhet se montre plus concerné : «je me suis toujours énervé contre la mauvaise estimation des coûts réels... Ce chantier a duré dix ans et la pression que doit supporter le béton au mètre carré est de 1,6 tonnes. Chacun peut donc comprendre que les coûts des matériaux se répercutent sur le prix». Certes. Mais en amont comme en aval non ?

Alors que Zaha s’éclipse, André Vezinhet poursuit : «je suis d’une parfaite sérénité et ne livre pas à celui qui me succèdera un cadeau empoisonné. Pierres Vives sera payé dans le temps sans difficulté par la collectivité».

04(@HeleneBinet)_B.jpgTandis que Zaha revient : «Il n’y a pas de gabegie. Il y a du beau. Peut-on nous reprocher d’avoir fait du beau dans un quartier populaire ?». Ce n’est pas l’architecte qui le contredira. «Je construis de la qualité où que ce soit, encore plus dans les quartiers moins privilégiés car les gens peuvent être inspirés», dit-elle à ce sujet. Et d’insister sur «le lien avec le paysage».

D’architecture, oui, Pierres Vives est sans aucun doute un beau représentant, quoiqu’en pensent les détracteurs de l’anglo-irakienne. Pour ce qui concerne «la qualité urbaine» et le lien avec le paysage évoqués par l’architecte... Comment dire ? Que cela se discute ?

Formant le coeur d’une ZAC qui sera progressivement garnie de 900 logements, le programme de Pierres Vives, dont l’essentiel des 26.000m² est réservé à des archives et des bureaux, était-il réellement idéal en tant qu’initiateur urbain ?

Quant au lien paysager, il est incarné par le dessin des emplacements de parkings qui font écho aux courbes de la façade «à l’instar d’une ombre portée du bâtiment», selon Stephane Hof. Sympathique, l’analogie reste néanmoins anecdotique.

13h30 : Exit Zaha, désormais monopolisée par CNN et autres médias internationaux. Pour les autres, c’est bulles et petits plats dans les grands.

15h30 : Qui dit feux de la rampe dit coulisses et les représentants de la presse spécialisée ont droit à une visite des archives et des bureaux. Mis en pratique, le plan fonctionne comme attendu, les espaces réservés aux archives sont maximalisés, les bureaux lumineux, les open-spaces plus ou moins appréciés. «C’est sans doute une question d’habitude», soupire un employé.

16h30 : Départ pour la gare. De retenir de l’excursion montpelliéraine un hommage à l’architecture. Alors que d’aucuns subliment, par les mots, des bâtiments parfois muets, l'immeuble Pierres Vives se passe d’une architecte somme toute mutique.

Le paquebot est un navire de croisière. Rendez-vous dans dix ans quant à l’urbanité.

Emmanuelle Borne

05(@HeleneBinet).jpgFiche technique

Maître d’ouvrage : département de l’Hérault
Maître d’ouvrage délégué : Hérault Aménagement
Maîtrise d’oeuvre : Zaha Hadid Architects
Maîtrise d’oeuvre d’exécution : Chabanne et partenaires

Surface : 195 mètres de long, 46 mètres de large, 24 mètres de haut
SHON : 26.000m² sur 5 niveaux
Amphithéâtre : 210 places
Salles de lecture d’archives : 300m² chacune
Médiathèque : 1.000m²
Racks de stockage d’archives départementales : 60km

Coût du projet : 125M euros TTC
Bâtiment inauguré le 13 septembre 2012

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