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Mexique | Du logo au logos, Eduardo Terrazas (24-10-2012)

Mexico 68, c’est lui. Eduardo Terrazas, architecte, n’est autre que l’auteur du célèbre logo aux effets cinétiques des XIXe Jeux Olympiques. A l’occasion de la publication d’une monographie et d’une exposition, Sonia Sierra, journaliste au quotidien mexicain El Universal, revient, le 30 août 2012, sur le discours atypique d’un homme de l’art aux multiples talents. Aux origines, la tradition huichole*.

Mexico | Eduardo Terrazas

QUAND L’ARCHITECTURE EST DE RIGUEUR, LA PEINTURE LAISSE DESINVOLTE
Sonia Sierra | El Universal

MEXICO - Comme il y a quarante ans, aux Beaux-arts, Eduardo Terrazas expose son oeuvre plastique à la Galerie Proyectos Monclova, dans le quartier Roma du District Fédéral.

En plus d’être architecte, l’artiste de 76 ans - que le monde reconnait pour son rôle de coordinateur du Programme de Design et d’Identité pour les XIXe Jeux Olympiques à Mexico en 1968 - est designer, muséographe, conférencier, enseignant, urbaniste, photographe, peintre et sculpteur.

Plus de 600 pièces sont conservées dans son agence. Eduardo Terrazas a donc fait une sélection ayant à l’esprit un double objectif : la publication d’un livre - Posibilidades de una estructura - et l’exposition '1.1.4' à la galerie Proyectos Monclova qui a débuté le 5 septembre 2012, en plus d’une autre qui aura lieu à la Casa Luis Barragán.

02(@EduardoTerrazas)_B.jpg«Ce livre présente quarante-cinq années de peinture. L’architecture, à la différence des arts visuels, a une responsabilité sociale et fonctionnelle. Art et architecture sont liés dans une dimension plus vaste mais demeurent différents. L’architecture était mon intérêt premier et c’est à travers elle que j’ai connu la peinture. L’architecture crée un environnement pour que l’homme puisse vivre et qu’il accède à la connaissance et à la domination. Une fois les premières cavernes aménagées, l’homme les a ensuite peintes pour les faire siennes. Tout ce que l’homme fait durant sa vie est de faire sien le monde, l’univers, cet univers infini, dans lequel il vit. Il le fait sien par la peinture réalisée à partir des idées qu’il a sur le monde. La peinture donne une autre dimension à l’architecture», indique Eduardo Terrazas.

Eduardo Terrazas, originaire de Jalisco, a été formé comme architecte à la Universidad Nacional Autonoma de Mexico (UNAM) et a fait une maîtrise à l’Université de Cornell aux Etats-Unis. La publication de Conaculta y Turner n’inclut pas l’oeuvre architecturale, laquelle sera l’objet d’un second livre.

Le livre est structuré à partir de différentes séries : géométrie, abstraction, photographie. Quelques-unes de ses oeuvres ont été créées à partir de la culture populaire mexicaine et de son artisanat. Comme pour le logo de Mexico 68, Eduardo Terrazas a continué l’exploration dans son oeuvre plastique de la combinaison d’une proposition contemporaine avec les lignes et les techniques huicholes* que d’aucuns retrouvent dans son amitié avec l’artiste nayarite Santos Motoaaopohua.

06(@EduardoTerrazas)_B.jpg«J’ai appris des Huichols leur manière d’être, leur manière de partager les choses, de cohabiter, leur calme, le temps et l’espace. C’est une autre dimension. Je m’en suis approché le plus possible mais nous avons une autre manière de voir un cerf ; pour nous, c’est un cerf, pour eux, c’est autre chose».

Le travail artistique pour Eduardo Terrazas représente un acte intime et de grande liberté. L’architecture requiert quant à elle une connaissance plus complexe et large qui embrasse à la fois l’économie, la politique et les besoins sociaux.

«Avec l’art, il s’agit de trouver ce qui est caché ; derrière le reflet de l’image, il y a quelque chose d’occulté».

04(@EduardoTerrazas)_S.jpgEduardo Terrazas est le concepteur de quelques-uns des plus grands projets de revitalisation urbaine dans différentes régions du pays ; il est le concepteur de centres culturels et de musées, l'auteur de projets comme le Cintermex** à Monterrey et, dans la même ville, du plan directeur de Parque Fundidora. Il est aussi cofondateur, avec Víctor Urquidi, du Centre d’Etudes Tepoztlán qui invite au débat autour de thèmes allant bien au-delà de l’architecture.

Diversité et unité

Influencé par l’art huichol et aussi par les oeuvres de Mondrian et de Malevitch, Eduardo Terrazas a, de par ses études, été conduit à l’histoire de l’art. Il a par ailleurs complété son approche de l’art pendant ses années européennes. Avec le muséographe Fernando Gambo, il a donné jour à des expositions comme 'Oeuvres Maîtresses de l’Art Mexicain'.

A travers les séries qu’Eduardo Terrazas expose, il partage son inquiétude de partir d’un simple point pour explorer, multiplier, combiner. Parfois, il joue avec une croissance exponentielle voire avec une croissance fondée sur la diversité et l’organique. Sinon, il part d’une unité qui se fragmente. Dans tous les cas, il mène une exploration de l’infini. Le défi, reconnait-il, est de savoir quand intervient la limite.

03(@EduardoTerrazas)_S.jpg«Il n’y a pas deux arbres identiques, il n’y a pas deux feuilles égales, il n’y a pas deux nuages semblables. C’est ce que j’essaye de dire avec cette peinture ; mais elle doit trouver son public. C’est le point intéressant de l’oeuvre d’art. L’artiste propose sa propre manière de voir les choses et le public tente de l’interpréter».

Eduardo Terrazas aurait pu se contenter de l’architecture mais il avait quelque chose de plus à dire. Il prend son livre, montre une de ses peintures abstraites et dit : «Si je porte ceci en moi, je dois le sortir. Un balai ne peut être qu’un balai, un roman-photo des années 70 ne peut être qu’un roman-photo des années 70. Mais ici, je vois une oeuvre intéressante ; je vois la manière dont elle devient abstraite, par exemple. Si je porte la volonté de dire cela, je ne dois pas la garder en moi. [...] Raquel Tibol*** écrit que l’architecte use de la peinture pour sortir de la rigueur exigée par l’architecture. La peinture rend un peu désinvolte et conduit, dans une moindre mesure, à la folie».

05(@EduardoTerrazas)_B.jpgUne des clefs de son apprentissage comme artiste, reconnait l’architecte Eduardo Terrazas, a été de partir pour voir le Mexique de loin. Regarder à distance amène à découvrir la richesse de l’artisanat huichol et de la culture populaire.

«Je m’intéresse beaucoup à la créativité et à l’expression de la tradition mexicaine ainsi qu’à l’histoire du Mexique, l’histoire artistique du Mexique. L’artisanat a une vibration, un coloris, une habileté... Ce que je tente de faire n’est pas de m’insérer dans ce monde, mais de combiner mes concepts avec lui, c’est d’ailleurs ainsi que m’est venu Mexico 68, par exemple. Aussi, ce design est resté contemporain ; il demeure toujours valable parce que vrai, parce qu’il vient de choses solides. L’art parle de cela, de ces sources solides. Nous devons exprimer nos époques».

Eduardo Terrazas, qui ne souhaite pas exprimer d’avis quant à la politique ou quant au Mexique actuel, sort toutefois du thème en disant que l’actualité est un temps de questions : «Que faire avec les villes, avec la population ? Quel type d’emploi aura-t-elle ? Que construirons-nous pour que chacun puisse vivre bien ? L’architecture doit penser à tous ces points pour pouvoir être utile pour le bien-être de l’homme. La société doit se réunir et penser la manière de vivre. L’architecture est une synthèse de l’organisation de la vie de l’homme en société, une synthèse physique quant à la manière dont nous travaillons et partageons. Un des principaux problèmes est de savoir partager, de connaître les nécessités de l’autre, d’avoir une relation amicale avec l’autre».

Sonia Sierra | El Universal | Mexique
30-08-2012
Adapté par : Jean-Philippe Hugron

* Les Huichols sont un peuple semi-nomade originaire de l’ouest de Sierra Madre. Leur présence est avérée dans les états mexicains de Jalisco, Nayarit, Zacatecas et Durango
** Cintermex est l’un des plus grands centres de congrès du pays
*** Raquel Tibol est critique et historienne de l’art.

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