Pierre de Bourgogne avril 2013

Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil International

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Philippines | Chez les Calma, je demande le fils, Ed (24-10-2012)

Dans un article paru le 28 mai 2012 dans le quotidien philippin Business Mirror, Sunly Coo présente le parcours d’Ed Calma, architecte formé à la Columbia University et fils de Lor Calma, maître d’oeuvre de renom aux Philippines et l’un des représentants, en son temps, du mouvement moderne. De père en fils, les préceptes perdurent mais l’architecture varie.

Asie | Ed Calma

Contexte
Figure incontournable de la scène architecturale des Philippines, Lor Calma, diplômé du Mapua Institute of Technology en 1954, fonda Lor Calma & Partners en 1975. Son fils, Ed Calma, le rejoignit dans les années 2000 après une formation à New York au Pratt Institute puis à la Columbia University School of Architecture.
Malgré leurs différences, «Ed s’inscrit dans la vision de son père. Leurs projets partagent le même ADN, c’est-à-dire le rejet de formes vernaculaires au profit du modernisme. Pour l’un comme pour l’autre, le porte-à-faux est un leitmotiv et l’interaction de plans et de volumes génère un dessin multidimensionnel», souligne la journaliste Marge C. Enriquez dans le Philippine Daily Inquirer du 23 mai 2012.
EB

LE CALME AVANT LA TEMPETE
Sunly Coo | Business Mirror

MANILLE - A chaque fois que Lor ou Ed Calma diffuse leur travail auprès du public, cela fait toujours sensation. Le fils comme le père savent tous deux secouer la profession avec leur téméraire esthétique moderne. Lor, connu pour son architecture sculpturale aux surfaces aiguisées et ses porte-à-faux défiant la gravité, fut l’un des premiers représentants, aux Philippines, du Modernisme durant les années 1950. «L’architecture de mon père avait l’air contemporain à l’époque mais, aujourd’hui, ses réalisations semblent dater d’hier», dit Ed, dont l’impressionnant CV lui a conféré une place dans le Panthéon des architectes philippins.

02(@DR).jpgLes associés de l’une des agences les plus renommées ont monté une rétrospective illustrant les concepts derrière leurs projets, l’interrelation entre matériaux et technologie et la façon dont la forme valorise la fonction*.

Quand je suis arrivé le soir de l’inauguration, précédant une foule qui a progressivement empli l’endroit, Ed Calma était en train d’expliquer à un auditoire restreint les manipulations d’espace à l’origine de sa résidence à San Lorenzo, un projet pertinemment appelé 'la Maison fendue'. Les premiers dessins montrent un simple rectangle se divisant en différents volumes réarrangés de façon symétrique afin d’étendre l’espace, augmentant la propriété de 300 mètres carrés de 30%. Une série de rendus illustrant cette métamorphose est exposée sous une époustouflante image de la maison avec son plafond à six mètres du sol, ses espaces intérieurs ouverts et un mur de verre donnant à voir une vue verdoyante.

A l’inverse de ce que d’aucuns imaginent, à tort, le minimalisme ne résulte pas de l’absence de dessin, me dit-il une fois le groupe disséminé. Au contraire, un dessin minimaliste présuppose rigueur et maintes corrections afin de créer un trait rigoureux fondé sur un concept convaincant. «Le minimalisme est affaire de réduction de la forme afin qu’elle révèle l’idée. Il s’agit d’aller à l’essence de l’idée et de l’exprimer clairement», dit Ed Calma.

«Tout commence par le site et le contexte culturel. Pour le Musée Mind (à Bonifacio Global City, Taguig), nous avons jugé que la cellule était une métaphore appropriée pour dérouler la forme du bâtiment», dit-il. «Quand la cellule commence à grandir et à s’étendre, elle s’alimente des forces environnantes. Elle est influencée par son environnement, par son site. C’est comme verser de l’eau dans une bouteille : elle prendra toujours la forme de son contenant. C’est ainsi que j’envisage l’architecture». Un vestibule qui serpente forme ainsi l’idée principale du musée.

Diplômé de Columbia University à New York, Ed y a travaillé durant cinq ans sur des projets bien plus complexes que ceux qu’il a réalisés ici. Il a vécu là-bas douze ans avant de rentrer chez lui. «En revenant aux Philippines, je me suis trouvé à remettre en question ma démarche architecturale car ici nous n’avons pas les budgets nécessaires pour réaliser de tels bâtiments. Il est toujours question de faire des choses de qualité mais il faut être plus malin», explique-t-il.

Un bon exemple est le Clipp Center, un bâtiment de bureaux en cours de réalisation à Fort Bonifacio. Comptant douze étages, le bâtiment est bardé d’une façade en verre et de brise-soleil pour réduire la luminosité. «L’astuce est de rendre cela intéressant. Dans les années 1960, les brise-soleil créaient un motif répétitif. Quoique, là aussi c’est répétitif». En fait, à partir d’un unique module trapézoïdal, qu’il a tourné et repositionné, l’architecte a réussi à créer un motif complexe, un hommage à l’artisanat des Philippines. «C’est simple. C’est de la production de masse customisée. Le procédé ne permet pas des formes complexes mais nous parvenons à créer de l’architecture», dit Ed Calma.

03(@DR)_B.jpgL’un de ses projets phares, le College of Saint Benilde School of Design and Arts - un bâtiment miroitant dans un site maussade - est sans doute une source d’inspiration pour nombre d’étudiants. Ed Calma parvient à se surpasser à chaque projet, dont la Edge House et la Cuaresma private residence. Il a remporté le premier prix pour The Rice Blade du concours 'Millenium Tower of Indonesia'. Son pavillon réalisé à l’occasion de l’exposition de Saragosse, en Espagne, a été récompensé de la médaille d’or du design.

Comment va-t-il poursuivre ce parcours étoilé ? «J’aimerais concevoir une ville», dit l’architecte d'environ quarante ans qui déplore la congestion et l’anarchie qui caractérisent la ville de Manille.

«Parfois, ce n’est plus l’architecture qui offre des solutions mais les politiques urbaines. Si nous laissons la politique urbaine à des maires qui ne s’y connaissent pas en architecture, cela finit par le désordre. Les autorités devraient pouvoir faire appel à des professionnels en matière de conception, de construction et d’urbanisme, ainsi qu’à des philosophes et des artistes, afin de créer une ville bénéfique pour tous».

Il cite l’Espagne, où le monde universitaire et autres experts ont dicté l’évolution de la ville en préservant le caractère historique et stratifié du pays. «Le problème des villes d’aujourd’hui telles Hong Kong, Singapour et celles des Philippines est qu’on ne les distingue plus les unes des autres. Elles se ressemblent toutes en raison du développement du capitalisme», dit-il. «Mais l’architecture a prouvé que même en ne dépensant que 5 ou 10 pour cent de plus, il est possible d’obtenir davantage de qualité quant au bâtiment, au site et à la ville. Si tout le monde pensait ainsi, nos villes dans leur ensemble seraient dotées d’une véritable valeur ajoutée».

Le travail d’Ed Calma repose sur les mêmes principes que ceux adoptés par son père, Lor, dont les projets se plient à l’instar de sculptures en papier ; il fut longtemps inspiré par l’art de l’origami, une passion visible en ces sculptures tridimensionnelles présentées dans le cadre de l’exposition. Ce maître de l’architecture des Philippines, maintes fois récompensé, fondateur de The Philippine School of Interior Design, souligne : «j’ai fait de l’architecture, du mobilier, de l’architecture d’intérieur et bien d’autres choses ; aujourd’hui, c’est Ed qui fait le travail difficile. Je suis juste l’acolyte qui lui dit 'Là, tu en fais trop'».

A plus de quatre-vingt ans, Lor Calma va probablement mettre le frein à main mais son influence continue à résonner, notamment chez son fils qui poursuit son héritage.

Sunly Coo | Business Mirror | Philippines
28-05-2012
Adapté par : Emmanuelle Borne

04(@DR).jpg

* 'Calma- Lor and Ed - An Exhibit of New Works', exposition organisée du 23 mai au 9 juin 2012 au LRI Design Plaza, Nicanor Garcia St., Bel-Air II, Makati City.

Réagir à l'article


Design Ikonik mai 2013
Votre Cinéma Dec 2012

Album-photos |Simón García, Barcelone au coeur

«Aujourd’hui, je m’intéresse à différents thèmes, tous liés à la photographie, pouvant aller d’aspects théoriques comme la relation entre peinture et photographie à...[Lire la suite]

LCDLA mai 2013

Album-photos |Au troisième top, il sera 11h45

Des lieux tantôt vides, tantôt animés. A midi moins le quart, l’absurdité est parfois de mise. Les lignes se mêlent ou se démêlent, les lieux se font et se défont. Face aux murs, les...[Lire la suite]

G Immo Dec 2012

Album-photos |Les Olympiades de Vincent Fillon

Dans le cadre de l’exposition 'Olympiades, Paris 13e, une modernité contemporaine', organisée au pavillon de l’Arsenal, à Paris, du 7 février au 31 mars 2013, Vincent Fillon offrait sa vision de ce quartier...[Lire la suite]

Design Ikonik mai 2013

Album-photos |Les 'Chrysalides' d'Anne-Claude Barbier

«Je reprends avec bonheur ma chambre argentique. Et mon voile noir. Indispensable pour y voir clair. Large morceau de tissu, noué vrillé autour de ma taille. J'aime faire ce geste : le dénouer, le défroisser dans mon...[Lire la suite]

UPM mai 2013

Album-photos |Les mises en plis de Julien Lanoo

Pour Julien Lanoo, ce sont des détails, tels «des petits plis», qui rendent vivantes ses images. Mieux encore, ce photographe aime travailler une forme de champ-contrechamp qui donne ces profils si particuliers aux bâtiments...[Lire la suite]

PM de Wallonie 2013

Album-photos |Stefano Candito au pays des architectures 'autocélébratives'

Oscar Niemeyer est mort, vive Oscar ! Sur les traces du maître brésilien du modernisme architectural, Stefano Candito approfondit une recherche personnelle fondée sur les notions d’«appropriation» et...[Lire la suite]