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Allemagne | Au Städel, l'architecture est enterrée (24-10-2012)

Un musée ? Encore ! Quid du contenant et du contenu ? Direction l’Allemagne, Francfort-sur-le-Main, où l’agence Schneider+Schumacher a livré en 2012 la nouvelle extension du Städel Museum. Le Süddeutsche Zeitung prête ses colonnes à Georg Imdahl, professeur et critique d’art qui, pour l’occasion, livre son avis dans l’édition du 9 mars 2012 sur l’institution culturelle rénovée.

Extension | Culture | Francfort | Schneider+Schumacher

Contexte
A l’automne 2007, le Musée Städel a organisé un concours pour son extension. Architectes allemands et internationaux étaient alors invités à concevoir de nouveaux espaces d’exposition. Parmi eux, Diller Scofidio + Renfro, Gigon / Guyer, SANAA ou encore UNStudio.
En février 2008, l’agence locale Schneider+Schumacher est désignée lauréate suite aux délibérations du jury, présidé par Louisa Hutton (Sauerbruch Hutton).
Depuis le Schaumainkai (le quai sur la rivière Main), après deux ans de travaux, rien ne transparait de la nouvelle extension. Et pour cause, le parti architectural est souterrain.
Il s’agissait pour les architectes de réaliser à la fois un édifice ancré dans son époque mais aussi lié au contexte passé. Les principales difficultés par la création en sous-sol d’un nouvel espace d’exposition étaient liées à la présence d’eau, à la proximité de la rivière et enfin à la statique des bâtiments limitrophes.
JPhH

LE MUSEE STADEL OUVRE SON EXTENSION CONSACRE A L’ART CONTEMPORAIN SOUS TERRE
Georg Imdahl | Süddeutsche Zeitung

FRANCFORT - La cave comme bel étage* : à Francfort, le musée Städel a ouvert ses salles consacrées à l’art contemporain en-dessous de son jardin. Le paysage muséal allemand s’est enrichi avec ce sous-sol exceptionnel d’une nouvelle attraction architecturale. Le musée n’a pas seulement doublé ses espaces ; la nouvelle aile est aussi l’impressionnant résultat d’un engagement* civique.

02(@NorbertMiguletz)_S.jpg Chacun semble démasquer ici un OVNI. Une coupole aplanie s’élève élégamment du sol engazonné, 195 hublots mouchettent le vert légèrement courbe de la pelouse pour une apparence des plus futuristes. Depuis l’intérieur, le merveilleux toit légèrement galbé de ce projet inhabituel demeure visible. Les impostes circulaires apportent un mélange de lumière à cet espace haut de huit mètres et vaste de 3.000m². L’extension du Städel, nommée modestement «Gartenhallen», est aussi importante qu’un musée de taille moyenne.

La cave comme bel étage : avec ses inhabituels sous-sols, l’agence Schneider+Schumacher enrichit le paysage muséal allemand - dernièrement à Düsseldorf et à Essen, où elle livre de nouveaux édifices - d’une attraction architecturale au Musée Städel de Francfort qui en est à son cinquième agrandissement.

D’un coup, d’un seul, le musée, présentant des oeuvres remontant jusqu’au XIIIe siècle a, de par cette extension - plus homogène d’ailleurs que l’agrandissement du bâtiment historique réalisé en 1990 par Gustave Peichl - doublé ses espaces d’exposition.

03(@Schneider+Schumacher)_S.jpgUn soupçon de modernité tardive et décadente se mêle ainsi à la noblesse* d’un panthéon souterrain : juste en-dessous du hall d’accueil, un escalier emphatique mène à la «Gartenhallen» et à l’art contemporain désormais présenté au Städel à travers une sélection de 330 oeuvres.

Le coup* est d'autant plus remarquable que les architectes - de Francfort, connus pour leurs bâtiments administratifs et pour l’Infobox rouge de la Potsdamer Platz - ne s’étaient alors pas illustrés dans la réalisation de musées. Le directeur du Städel, Max Hollein, n’en triomphe pas moins. [...]

La moitié des coûts de construction, à hauteur de 52 millions d’euros - lesquels incluent la rénovation d’une partie du bâtiment datant de 1878 - a été, grâce à Max Hollein, financée par des fonds privés. De plus, en ce qui concerne peinture et photographie, une importante partie de la collection a été mise à disposition par la Deutschen Bank et la DZ Bank. Ainsi, la nouvelle aile présente le résultat impressionnant d’une participation civique.

04(@NorbertMiguletz)_B.jpgLe choix ignore les évolutions du XXe siècle

Le Städel fonde l’art contemporain sur des lignes directrices historiques et déroule son histoire dans la nouvelle extension, ce sans rupture, dans une galerie de peintures, ici et là complétée de sculptures. Il n’y a pas d’art vidéo, ni même d’imposantes installations ; un choix qui ignore donc les évolutions du XXe siècle, cherchant à outrepasser la toile sinon la notion d’oeuvre.

En lieu de cela, le Städel débute le présent - une marge de sécurité considérable quant à l'air du temps - avec différentes positions modernes classiques comme Otto Freundlich et László Moholy-Nagy, intègre des oeuvres allant des années 30 jusqu'aux années 70 du dresdois Hermann Glöckner et présente un ensemble impressionnant associant Morellet, Fruhtrunk et Vasarely. [...]

Au centre de la «Gartenhallen», la plus jeune génération prend place, notamment ses principales figures. La restriction est nette et le Städel doit émettre son identité : elle reste très allemande avec les oeuvres de Frank Nitsche, Amelie van Wulffen, Dirk Skreber, Neo Rauch, Eberhard Havekost, Isa Genzken, Dierk Schmidt. Incontestablement, la collection aurait dû compter Wilhelm Sasnal, Peter Doig voire une étudiante en fin d'études comme Mary Heihmann.

L'actuelle production artistique ne peut pas toujours être de l'institut culturel comme l'avait souhaité son initiateur, Johann Friedrich Städel il y a 200 ans. Il y a donc des lacunes. Il faut alors compter sur des dessins de Pollock et de Serra, un inusuel format à l'italienne de Kenneth Noland ou un 'Furniture Sculpture' de John Armleder [...] qui donnent à la nouvelle présentation des accents américains [...].

05(@NorbertMiguletz)_S.jpgDans la scénographie créée par les architectes berlinois Kuehn Malvezzi à partir d'axes et de cubes de différentes tailles autour d'un centre ouvert, les points de vue chronologique et thématique changent et se mélangent. L'axe principal porte sur l'art informel allemand dont l'image d'une abstraction dépassée pourrait être mieux ordonnée. [...]

L’art contemporain est donc au Städel différent, solide et progressif. C’est pour cela qu’il se trouvera un public.

Georg Imdahl | Süddeutsche Zeitung | Allemagne
09-03-2012
Adapté par : Jean-Philippe Hugron

* En français dans le texte

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