Un ingénieur, certes, mais aussi un architecte, un paysagiste et un scénographe pour le nouveau barrage du Coudray-Montceaux (91), qui sera inauguré en mai 2013. «La mission comportait la définition du parti architectural des ouvrages et l’établissement des projets de passerelle et du local de commande», indique l’architecte Gilbert Weil. Au-delà du dessin, la poétique d'un ouvrage d'art.
Le temps, en cette sombre journée de septembre, n’était pas à la visite. Pourtant, lors de la présentation au Courrier de l’Architecte de sa dernière réalisation, un barrage sur la Seine, l’enthousiasme de Gilbert Weil n’était pas feint. De fait, à son approche, l’ouvrage, plus précisément sa passerelle d’inox poly miroir, donne l’impression, par des jeux de reflets, que l’eau s’écoule vers le haut. Improbable.
«Nous avons gagné le concours lancé par Voies Navigables de France en 2005», indique Gilbert Weil. Nous ? L'architecte, longtemps associé de D.V.W. (Damery, Vetter,Weil), est désormais seul mais accompagné pour ce projet de Robert Lourdin, ingénieur (S.L.H.), d'Abdel Dabssi, paysagiste et de Luc Perrier, scénographe. Quid de ce dernier pour un programme avant tout technique ?
«La Seine est ici majestueuse, grande et forte. Voilà qui mérite une mise en scène, à savoir un travail quant à l’insertion. Les vaguelettes du fleuve forme un tapis chatoyant, une forme de paysage propre à l’eau», explique l’architecte.
Pour Gilbert Weil, l’eau tient de l'«élément d’architecture». Quelques souvenirs de lavoirs à l'esprit et l’image des lavandières ne voyant du ciel qu’un reflet.
«J’avais en tête que la Seine puisse se refléter dans les sous-faces. Le ciel aussi, qui, dessus, se retrouve dessous».
L’architecte évoque alors quelques tentatives chez lui avec autant de miroirs possibles. «Un simple dessin m’aurait montré l’effet en quelques secondes». Rien de tel cependant que la preuve par l’expérimentation.
Toutefois, avant la poétique du lieu, ses problématiques. «La question posée par ce barrage est avant tout celle du passage piéton». Rive gauche, la gare du RER.
Le franchissement du fleuve n’est pas sans poser question. Il s’agit notamment de monter un escalier pour atteindre la passerelle et d’en redescendre un autre pour accéder à la rive opposée.
«100 mètres !», annonce l’architecte. 100 mètres de rampe de part et d’autre du cours d’eau, autant dire deux murailles. In fine, l’ascenseur, bien que plus coûteux en termes de gestion et d’entretien, est privilégié.
Toutefois, Gilbert Weil tient à réaliser deux accès sous forme de rampe à 10%, donc moins étendue, «équivalentes à bien des rues parisiennes», autant de «pas d’âne» pour le piéton.
40 mètres de long, 2,4 de large, 8 de hauteur. Aussi, une idée simple : «à l’intérieur, tous les organes peuvent y être installés : tripailles et autres compresseurs d’huile».
Camouflage adéquat et stratégique donc. «Il y a toujours un biduloïde ou une armoire qui gangrène ce type d’ouvrage». Ici, il n'y en a pas.
Pour éviter l’effet de masse, les rampes ont été revêtues d’un caillebotis en résine habituellement utilisé en revêtement de sol par les entreprises chimiques. Un support inédit pour une végétation grimpante : lierre d’Irlande, vigne vierge et polygonum.
Rive droite, le poste de commande de l’éclusier émerge de la rampe qui recèle en outre un autre escalier permettant d'y accéder.
Voilà donc un premier barrage au fil de l’eau pour Gilbert Weil. Toutefois, l'architecte n'est pas étranger à la problématique. «Au début de mon activité, j'ai travaillé pour Coyne et Bellier, bureau d'ingénieurs qui fait principalement des barrages».
«Tous les barrages sur lesquels j'étais intervenu étaient des barrages voûtes ou en remblais, de 50 à 100 mètres de haut, pris dans des enrochements». Tunisie, Indonésie, Rhodésie, Centrafrique où la mission de l'homme de l'art était de réaliser avant tout les aménagements architecturaux de ces superstructures.
De courbe ici, comme de voûte, il n'est plus question. Le prisme caractérise le parti architectural. «Le dessin des piles inclinées en béton reprend la forme de la structure de la passerelle» qui, de fait, se projette au-dessus de la chute d'eau du fleuve.
Un jeu de lignes obliques fait ainsi écho aux importants vérins de manoeuvre des vannes. Jaunes, ils signalent leur présence et soulignent l'aspect technique d'un ouvrage d'art.
De l'ingénierie donc, mais aussi de l'architecture pour refléter la poétique du lieu.
Jean-Philippe Hugron
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