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Visite | A l'école d'une économie des formes libres (31-10-2012)

«Pour que les enfants vivent dans un dessin», des formes, des formes libres. A quel prix ? «Dans le budget», répond Jean-Pierre Lott, auteur du groupe scolaire Romain Gary à Thiais (94), livré en 2012. Aussi, pour ces écoles maternelle et primaire, un geste moderne, immaculé, aux lignes et aux contours variés. Sur la page blanche, le dessin.

Education | Thiais | Jean-Pierre Lott

Gare RER de Choisy-le-Roi, le bus attend les journalistes. Ensuite, à travers la vitre, un paysage de banlieue alternant pavillons et tours. Arrivée Cité des Grands Champs. Les formes blanches, courbes, signalent le groupe scolaire dans son contexte.

Présent à la visite, Richard Dell'Agnola, maire de Thiais, évoque la volonté de la municipalité de «rompre avec un système de lignes». Signature à l’appui. De fait, à l'origine du projet, un «concours à l'aveugle».

«Aucune réunion de concertation, pas même un échange avec la maîtrise d'ouvrage. Cette absence d'information peut paraître un manque de préparation. Bien au contraire, il s'agit d'une liberté donnée à l'architecte», assure Jean-Pierre Lott.

Le groupe scolaire s’émancipe donc de son contexte austère. Plus de légèreté, davantage de fluidité. «L’urbanisme du quartier est difficile. Les tours, monolithiques, sont posées ici et là. Nous avons travaillé avec le même matériau. Son utilisation permet de réaliser un dessin, de produire de l’épaisseur, de la lumière et du mystère».

02(@11h45)_S.jpgLe groupe scolaire mêle écoles maternelle et élémentaire, halte-garderie et gymnase. L’ensemble occupe deux parcelles permettant de séparer physiquement les deux âges.

«Au commencement de la réflexion, je teste d'abord le programme par rapport au site. Il y a ce qui reste, ce qu'on débloque. La deuxième phase consiste à se servir des potentialités du terrain pour développer des principes de composition qui donnent l'âme du projet», défend Jean-Pierre Lott.

«L'intérêt de ce site sont ses huit façades. Les terrains sont souvent enclavés et les constructions parfois reléguées en fond de parcelle. Ici, aucune mitoyenneté, huit angles, c'est unique !», poursuit-il.

Un site adéquat donc pour celui qui n'a de cesse de rechercher «les perspectives changeantes». Chaque façade est donc caractérisée afin «d'éviter toute monotonie et de créer une dynamique urbaine».

Et pour cause, le groupe scolaire encadre le futur mail qui mènera à la Cité des Grands Champs transformée, à terme, en écoquartier.

03(@11h45).jpgPour les journalistes, direction le primaire, les «grands». Le hall, monumental, reprend les obsessions modernes de l’architecte. Du béton, immaculé, baigné de lumière, il révèle une composition de formes douces. Enthousiasmant.

«Le hall d'une école ne doit pas être le hall d'une école. Il pourrait être celui d'un musée ou d'une mairie. Il s'agit de ne jamais se restreindre à une fonctionnalité. Ces grands espaces suscitent l'intérêt visuel de ceux qui y vivent». Dont acte.

Donner à voir car «les écoles sont la première rencontre d'un enfant avec un environnement extérieur». De plus, «chacun, quand il entre dans un bâtiment doit savoir en sortir. Il faut pouvoir appréhender du regard l'édifice dans son ensemble pour être rassuré», dit-il.

Bref, pour Jean-Pierre Lott, l'ambition était de créer un espace à l'échelle du groupe scolaire. «Je suis parti de l'idée d'une pièce à l'envers ; les murs sont traités comme des façades», dit-il. Donc, de penser les questions de limites et de lumière.

Bref, 400m², 8 mètres de hauteur et, par voie de conséquence, des problèmes de sécurité incendie, de désenfumage, en plus d'une augmentation des espaces de circulations de 20 à 30% ; un couloir ne distribue qu'un côté. Quid des surcoûts ?

«Le budget est totalement tenu. Il nous est impossible de ne pas le tenir», soutient Jean-Pierre Lott. «La structure d'un bâtiment coûte en général 30% du prix total. Ici, elle représente entre 40 et 50%. Dans ce cas, une fois la structure finie, le bâtiment est lui-même quasi achevé. Il n'y a ni bardage, ni bois, ni autre matériau dispendieux. Nous arrivons à tenir de cette façon une économie générale», explique-t-il.

04(@11h45)_B.jpgEnfin, direction la maternelle. Un escalier monumental, des salles de classe et une cour de récréation à l'étage. «Voilà une interprétation du programme», assure l'architecte. «Nous proposons ainsi une temporisation. Les enfants ne sont pas en relation directe avec le trottoir».

Positionner la cour en hauteur «permet de libérer des surfaces pour développer des espaces communs comme la serre tropicale par exemple. Si tout était en rez-de-chaussée, nous n'aurions pas de respiration».

Liberté chérie.

Jean-Philippe Hugron

Fiche technique

Programme : Construction du groupe scolaire de Thiais
Halte garderie, école maternelle, école élémentaire, gymnase, restaurant, parking

Maître d’ouvrage : Ville de Thiais
Maître d’oeuvre architecte mandataire : Jean-Pierre Lott Architecte
Chef de projet : Anne-Flore Derobert
Maître d’oeuvre d’exécution : Architecture intérieure et concepteur identité : Jean-Pierre Lott

Surface : 6.942m² SHON
Coût de l’opération (investissement global) : 12 millions d’euros HT
Chantier : 18 mois
Livraison : 2012 

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