«Au travers de sa localité, le projet vise à transcender le site pour le transformer en véritable lieu habité et emprise de contemporanéité», soulignent les architectes Elodie Nourrigat et Jacques Brion, cofondateurs de l’agence N+B en 2000, à propos de ce projet comptant 59 logements ainsi que la réalisation d’un parc urbain. Par localité, ils entendent «identifier les qualités d’un lieu et respecter son rythme propre».
Le site d’implantation du projet se situe sur la commune d’Aniane (34), le long de l’axe d’entrée principal dans la ville. En lieu et place du projet est actuellement érigée la cave coopérative de la ville. La place de l’activité viticole fut une des activités majeures de ce territoire aujourd’hui regroupé au coeur de la communauté de communes de la vallée de l’Hérault. Effectivement, l’emprise agricole de la viticulture représente plus de 60% dans les communes moyennes de la vallée.
Cette activité est cependant en déclin depuis plusieurs années et l’arrachage s’est accru au cours des dernières années. Les campagnes d’arrachage concernent toutes les communes, à des niveaux différents suivant les campagnes. Ainsi, entre 1979 et 2000, la ville d’Aniane a perdu plus de 30% de ses exploitations. De ce fait, la coopération viticole connaît des mutations importantes depuis quelques années.
Son implantation dans la ville située sur un terrain à fort enjeu, à la jonction entre le coeur de la ville et un territoire en devenir, lui offre donc naturellement vocation à devenir un espace urbain permettant de densifier le village avant d’ouvrir de nouveaux terrains agricoles à l’urbanisation.
Le projet consiste en la construction de 59 logements dont sept de typologie 'maison individuelle dense', avec une partie de la parcelle aménagée en un parc urbain. Afin de constituer un alignement et une structuration urbaine à l’entrée de la ville, les logements collectifs sont séquencés en quatre entités se développant perpendiculairement à l’avenue principale. Trois d’entre elles s’alignent le long de cette avenue et accueillent des commerces en rez-de-chaussée, permettant d’offrir un espace urbain en connexion avec le coeur de la ville. Ces bâtiments sont limités à un niveau R+2 afin de conserver l’échelle de la cave coopérative dans le paysage urbain.
L’inscription d’un tel projet portant d’une part les traces d’un passé encore bien présent dans l’esprit des habitants et qui, par ailleurs, vise une inscription résolument contemporaine à la fois dans son écriture architecturale mais aussi dans sa forme urbaine, se doit de tisser des liens avec ce 'patrimoine actif'.
Il offre ainsi une volonté d’inscription locale du paysage. La notion de 'local' n’est pas néfaste ou avilissante. Bien au contraire, elle signifie identifier les qualités d’un lieu et respecter son rythme propre. Ce sont ses identités qui offrent une diversité au paysage et une qualité de vie spécifique. Au travers de sa localité, le projet vise à transcender le site pour le transformer en véritable lieu habité et emprise de contemporanéité.
Pour ce faire, un travail spécifique a été mis en oeuvre quant à la forme même des bâtiments, tant dans leurs proportions, qui respectent les volumes environnants, que dans la réinterprétation du volume de la cave viticole avec la mise en oeuvre d’un fronton résolument différencié d’une écriture traditionnelle.
Le principe de toiture à double pente y est conservé mais réinscrit dans une nouvelle matérialité. Ainsi, les niveaux supérieurs sont habillés d’un bardage alternant des lames de deux teintes et deux dimensions allant du gris au brun dans la continuité de la toiture. Traités dans leur intégralité via un même matériau, ces volumes offrent une unité à l’ensemble.
Le rythme donné à la façade urbaine par la répétition de trois volumes identiques sera souligné par un débord de bardage sur l’espace commercial situé le long de l’avenue de Gignac, tel un signal à l’échelle urbaine. Les façades abritées par ces débords, dans la continuité de la notion de signal, seront traitées dans un camaïeu allant du rouge à la teinte lie de vin.
La greffe de volumes plus réduits telles les terrasses sur les façades internes du projet permettent un passage à l’échelle de l’habitat. Les éléments émergeant du volume principal sont soulignés par l’usage de la couleur. Une séquence de maisons individuelles est également développée sur le mode de la densification tout en respectant l’intimité de chacun. Ceci s’opère grâce à un jeu de volumes et de mises en retrait qui découpent l’espace.
Enfin, le coeur d’ilot est décomposé en quatre espaces linéaires entre les bâtiments, instaurant ainsi une communication entre l’avenue principale et le futur parc urbain. Il s’agit de percées visuelles et matérielles privilégiant les déplacements piétonniers. Ces espaces sont en continuité de la surface commerciale mise en place en front de l’avenue et desservent les bâtiments.
Un changement d’échelle est ainsi opéré : d’un bâtiment massif, la cave coopérative tend vers une nouvelle échelle urbaine offerte aux habitants mais aussi à toute la ville car ce projet devient également un lien avec le grand paysage. C’est par la qualification et la qualité des espaces publics mis en oeuvre que cette greffe urbaine trouve son aboutissement.
N+B, Elodie Nourrigat et Jacques Brion
Fiche technique
Maîtrise d’oeuvre : Elodie Nourrigat et Jacques Brion - N+B architectes
Maîtrise d’ouvrage : Communauté de Communes de la Vallée de l’Hérault, FDI Promotion
Superficie du terrain : 6.898m²
Superficie du projet : 3.800m²
Coût : 5,2M€ HT
Calendrier : études 2012-2013
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