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Compte-rendu | '24 heures d'architecture' à Strasbourg : succès populaire ? (31-10-2012)

Strasbourg. Sa cathédrale, ses tartes flambées, sa bibliothèque André Malraux et sa Manufacture des Tabacs, ouverte pour la première fois au public en vingt-cinq ans à l’occasion des '24 heures d’architecture', organisées par le réseau des Maisons de l’Architecture, les 19 et 20 octobre derniers. Objectif : sensibiliser le grand public à l’architecture contemporaine, enjeu délicat entre tous.  

Strasbourg

Ils furent 7.000, assure-t-on. 7.000 à découvrir, moyennant 5 euros, les expositions et autres événements organisés au sein de la Manufacture des Tabacs et hors ses murs, à l’occasion d’une première édition des '24 heures d’architecture', dont le commissariat était assuré par l’architecte strasbourgeois Jean-Mathieu Collard.

A l’aune d’un tel nombre de visiteurs, il est permis de penser que le grand public désiré a répondu présent même si aucun dispositif particulier ne fut mis en place pour le distinguer des architectes. Demeure qu’au soir du vendredi 19, une foule discutait d’archi à tout va.

Arrivé à 19h00, Le Courrier n’eut pas l’occasion d’assister au colloque 'européen' intitulé 'Qui a peur de l’architecture ?'. Sous un intitulé alléchant, les problématiques discutées semblaient plus austères : 'L’urbanité peut-elle être transfrontalière ?' et 'L’architecture contemporaine est-elle soluble dans le passé ?'. Bilan fait, l’auditoire s’est élevé à plus de 300 personnes mais, avec de pareils sujets, présupposant un jargon de spécialistes, difficile d’imaginer le profane alléché.

Suite au colloque, place à la remise des prix du Palmarès 'archicontemporaine', portant sur des projets sélectionnés par des professionnels mais in fine récompensés par le grand public sur un site Internet dédié. 2.700 votants au total : d’aucuns chuchotent que le chiffre est dérisoire, d’autres clament qu’il est honorable. En tout cas, ce public-là n’a pas peur de l’architecture puisqu’il a choisi de récompenser à plus d’une reprise les projets d’un Dominique Coulon ou d’un Samuel Delmas à la facture résolument contemporaine.

Place aux festivités ! 2.000 entrées furent dénombrées à l’occasion de 'la fête'. Au menu, entre autres : flamenkuch, mousse ou bulles à condition d’être paré de jetons. Roses, bleus ou blancs, même la monnaie participe à l’univers confectionné par le collectif 3rs, chargé de la scénographie.

Si le grand public a apprécié l’invitation, c’est sans doute aussi en grande partie grâce au génie du lieu. Cité industrielle certes, mais surtout interdite pendant vingt-cinq ans, la Manufacture des Tabacs fut, à l’occasion de cette ouverture exceptionnelle, vêtue de beaux atours : des aplats de peinture rose fuchsia et du mobilier emballé dans des tissus écarlates pour indiquer les espaces investis par l’événement. Efficace.

02(@DR)_S.jpgRien ne se perd, tout se transforme. Au sein des espaces bonbons, compter une vingtaine d’expositions choisies en fonction d’un seul et unique critère, celui d’avoir déjà tourné au sein du réseau des Maisons de l’architecture. Ainsi, l’exposition Kama Sutra 'sur la rencontre de l’architecture contemporaine et du patrimoine' avait été organisée à la Maison de l’Architecture d’Ile-de-France en 2010.

Si ce choix semblait opportun pour témoigner d’un réseau et sans doute contenir un budget («derrière les 24 heures, il y a une énorme mobilisation bénévole», confie Jean-Mathieu Collard), de regretter l’hétérogénéité de l’ensemble qui ne favorisait pas une lecture fluide.

De retour le lendemain, l’impression persiste : les expos auraient mérité un fil directeur même si, selon Jean-Mathieu Collard, «il y en a ainsi pour tout le monde».

Le samedi 20 donc. Entre expos, balades à la découverte de bâtiments représentatifs de l'architecture contemporaine, ateliers pour enfants, conférences... le programme fut varié. «Pour intéresser les gens à l’architecture, il faut les attraper par un autre biais», confie le commissaire.

Par exemple avec la projection de films. Une belle programmation ! Outre les portraits d’architectes (How much does your building weigh, Mr Foster ?, L’Art et la Manière Manuelle Gautrand, Jean Nouvel, les traits de l’architecte) et autres documentaires ou films d’animation, mention spéciale à SUR Mesure montrant le making-off de l’installation du même nom réalisée en décembre 2011 sur la façade du Siège du Parti Communiste signé Oscar Niemeyer, à Paris, par freaks freearchitects. Ou la sobriété au service de la sensibilisation.

En cette matinée, il n’y avait pas foule mais les poussettes et enfants partout présents étaient gages d’une vraie curiosité.

Au menu du jour : des 'rencontres citoyennes' et une conférence sur la 'rencontre de l’architecture contemporaine et du patrimoine' qui réunissait les architectes Bita Azimi (Cab architectes), Benjamin Colboc (Colboc Franzen & Associés), Gaëlle Hamonic (Hamonic + Masson), Philippe Croisier (Atelier du pont) et Jean Larnaudie (Scalene).

Pour le coup, des ratés en matière d’affluence. Organisées notamment par des doctorants en architecture et urbanisme de l’ENSAS et a priori destinées, dixit le dossier de presse, 'à un public de proximité pas forcément initié', les rencontres citoyennes étaient pratiquement désertées. Quant à la conférence, à part les participants, de compter, aller, cinq curieux.

03(@DR)_B.jpgCes réunions n’avaient-elles pas bénéficié d’une publicité suffisante ? La mise en abîme des manifestations brouille sans doute les pistes. En effet, hormis la multiplication des événements au sein de la manifestation elle-même, les 24 heures avaient lieu dans le cadre de la 12e édition des Journées de l’architecture. A s’y perdre.

Il y a aussi la sémantique. S’il est difficile pour un architecte de se priver de son jargon lors d’une conférence, n’était-il pas utile d’en faire l’économie dans les intitulés proposés au public ?

Par ailleurs, '24 heures d’architecture' évoque efficacement le tour du cadran, mais l’appellation laisse pour compte le contenu. Des Strasbourgeois rencontrés dans la soirée, férus si ce n’est érudits d’architecture, ont ainsi confié ne pas avoir bien saisi, en découvrant les affiches de l’événement, de quoi il retournait.

Et puis, pourquoi pas 48, voir 72 heures ? Ainsi que l’observaient des architectes, étendre l’événement sur l’ensemble du week-end aurait sans doute encouragé les plus hésitants.

In fine, la première édition des 24h de l’architecture a surtout permis de tester une belle initiative. Vu son succès, il est donc prévu de la réitérer dans deux ans.

Tant mieux. Malgré quelques mises au point nécessaires, on en redemande !

Emmanuelle Borne

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