Hôtel Paasitorni : un couloir, des chambres, a priori ni aucune difficulté ni aucune marge. Pour l'agence finlandaise K2S, le défi était de réhabiliter un îlot réunissant art nouveau, art déco et modernisme et de proposer une extension contemporaine. A Helsinki, en 2012, Mikko Summanen, Kimmo Lintula et Niko Sirola ont fait le pari d'une géométrie courbe pour «proposer autant de situations particulières».
Un cadavre exquis en guise de feuille blanche. Mikko Summanen et ses associés ont planché sur l'extension d'un îlot disparate du centre-ville d'Helsinki. Ici, un immeuble 'Jugendstil', là un autre des années 20, enfin des bureaux réalisés en 1955. Un propriétaire unique : le parti travailliste.
«L'édifice art nouveau est le siège historique du parti. L'ornementation en façade, relativement caractéristique de l'époque, reprend des outils en guise de motif. Lors de sa construction, l'immeuble était un symbole de la force du mouvement», indique l'architecte. Réalisé en 1908 par Karl Lindhal, il est désormais protégé.
A deux reprises, le parti travailliste a agrandi l’ouvrage qu’il transforme en 1980 en centre de congrès. En 2008, un dialogue compétitif est lancé pour la réalisation d'une extension dans laquelle est programmée la création d'un hôtel. «A ce stade de la compétition, plusieurs agences avaient été interrogées. Aucune n'avait alors dessiné quoi que ce soit», assure l'architecte.
«Notre ambition était de mettre en valeur les différentes architectures du site et de proposer une aile nouvelle affirmant sa propre identité, celle de notre époque», poursuit-il. L'idée a depuis fait son chemin et K2S de remporter la mise.
L'agence assure alors avoir mené un travail tant sur l'identité que sur le contexte. Aussi, pour répondre aux formes organiques de l'art nouveau, elle dessine une «géométrie courbe». «L'ornementation, quant à elle, est plus directe. Nous avons donc proposé une façade en brique». Abstraction toute contemporaine.
«Nous avons pour ce projet développé un matériau spécifique. De part et d'autre, la brique présente des trous ovoïdes afin de permettre une tolérance pour la structure de métal, ce dans le but de renforcer les murs», notent les architectes.
«Cela dit, la difficulté reposait principalement sur la gestion des différences liées aux trois époques de construction», indique Mikko Summanen.
Et pour cause, l'hôtel se partage entre l'édifice réalisé en 1925, celui construit trente ans plus tard et la nouvelle extension. L'occasion pour les architectes de mettre à profit cette position. «Les chambres les plus luxueuses sont dans la partie ancienne, les plus compactes dans la partie moderne. L'extension, quant à elle, propose des situations particulières, uniques, notamment des chambres avec balcon». Bref, à l'hétérogénéité, la variété.
«Au début du projet, lequel n'était pas courbe, nous avons présenté différentes typologies. Formes et géométrie étaient plus libres. Nous étudions en priorité la masse et la manière dont une géométrie se révèle être la juste combinaison d'un ratio, d'une pensée irrationnelle et d'une esthétique», révèle Mikko Summanen.
«Nous travaillons à partir d'une 'check-list' reprenant quatre points essentiels, quatre sources : la première étant la manière dont nous nous relions à la tradition, la deuxième, au site, la troisième, à l'innovation, la quatrième, à l'émotion», poursuit-il.
Par tradition, l'architecte évoque une part «nationale» en réaction à la production internationale, «générique». «Ce sont des questions de matériaux et d'atmosphères vernaculaires», dit-il. Pour ce projet, selon son concepteur, il s'agissait, avant tout, de faire preuve d'une modestie somme toute caractéristique.
De fait, les réactions des autorités compétentes, à savoir la ville mais aussi le musée de la ville d'Helsinki en ce qui concerne la partie patrimoniale, se sont avérées positives. «L'atmosphère est à la liberté. Depuis vingt ans, une génération nouvelle émerge et la production se révèle plus colorée, davantage plurielle», note l'architecte.
Et de préciser que «l'affaire du Guggenheim* n'est autre que le revers de la médaille».
Jean-Philippe Hugron
* Lire à ce sujet notre article 'Un Guggenheim à Helsinki ? Non merci !'.
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