vmz

Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Cahier Spécial - Hôtels

Portrait | Jean-Philippe Nuel, partisan d'une lecture globale (07-11-2012)

Connu et reconnu en France comme à l’international en tant qu’architecte d’intérieur spécialisé dans l’hôtellerie de luxe, c’est pourtant en tant qu’architecte diplômé des Beaux-arts que Jean-Philippe Nuel a commencé à oeuvrer dans ce domaine. De fait, les murs entre lesquels il opère ne sont pas pour lui une simple enveloppe mais, à l’instar du site pour l’architecte, de véritables contextes.

France | Jean-Philippe Nuel

«Sous l’influence des Anglo-Saxons, la séparation entre architectes et architectes d’intérieur en ce qui concerne l’hôtellerie est, en France comme ailleurs, très nette», explique Jean-Philippe Nuel.

En clair, aux architectes la construction ou la réhabilitation d’un bâtiment que l’architecte d’intérieur a la charge d’aménager.

Pourquoi une telle distinction ? Dans le bureau de son agence installée à Nogent-sur-Marne, Jean-Philippe Nuel ouvre un placard empli d’échantillons de pierres diverses. «Nous en avons autant de bois, de verre, de tissu. Le métier d’architecte d’intérieur demande notamment une connaissance pointue des matériaux, de leur entretien, de techniques telles celles consistant à travailler le bois», explique-t-il.

Par ailleurs, en matière de mobilier, «nombre d’architectes se sont arrêtés aux productions du mouvement moderne». Il est vrai que la LC4 de Le Corbusier reste une référence.

Jean-Philippe Nuel parle en connaissance de cause. «Avec mon parcours d’architecte, j’étais perdu quand j’ai commencé à faire des hôtels en décoration».

02(@DR).jpgFils de passionnés de design, comptant des architectes au sein de sa famille, Jean-Philippe Nuel eut droit à sa première commande à l’âge de 30 ans : un hôtel à Paris. 

«J’ai dit au client : ‘je veux tout faire'». Entendu la réhabilitation du bâtiment au même titre que l’architecture d’intérieur, sans oublier la maîtrise d’oeuvre d’exécution.

«A peine le projet livré, on m’en a proposé un autre, puis un autre encore...». Après les hôtels indépendants, parmi lesquels l’hôtel Duo ou Le Général à Paris, il est sollicité par de grandes enseignes. «C’était si lourd que j’ai fini par privilégier l’architecture d’intérieur».

La qualité ? «Avec un Club Méditerranée ou un Sofitel, l’exigence est la même, voire plus forte encore, car elle ne vaut plus pour 30 chambres... mais pour 350. Le fait d’être architecte m’a aidé quant au changement d’échelle». 

Jean-Philippe Nuel continue donc de mobiliser chaque corde de son arc.

«Plus l’hôtel est vaste, plus la marge d’erreur doit être faible : imaginez si elle est multipliée par 1.100 !» C’est-à-dire le nombre de chambres du Méridien Etoile, livré à Paris en 2009.

Est-ce à dire que tout est standardisé ? «Dans les hôtels d’enseignes, il y a toujours une chambre type qui est reproduite mais qu’il s’agisse de boutiques hôtels ou de chaînes, il y a toujours, dans le haut de gamme, une marge de manoeuvre liée à l’identité de la marque hôtelière». 

Ayant livré une villa à Sète en 2011, Jean-Philippe Nuel compare la démarche à celle qu’il adopte face à un client particulier pour la conception d’une maison.

03(@AgenceNuel)_B.jpg«Il s’agit d’écouter le besoin ou de s’imprégner de l’identité pour ensuite faire une proposition de façon à ce que l’identité se traduise en atmosphère». Bref, quelle que soit l’échelle du projet, Jean-Philippe Nuel ne décline pas des recettes toutes faites, malgré un parti résolument contemporain.

Autrement dit, l’enjeu n’est pas tant de signer un ouvrage que de «composer un univers» en puisant ses sources d’inspiration dans le cinéma, la littérature... et dans l’architecture du bâtiment à aménager. Un véritable contexte.

«En ce moment, nous faisons beaucoup de réhabilitations et nous nous nourrissons alors de l’identité du bâtiment». Ainsi de la restructuration en cinq étoiles de l’Hôtel Dieu de Lyon, signé Soufflot.

Bref, «je suis partisan d’une lecture globale».

«J’aime me balader sur un champ conceptuel qui va de l’architecture au design en passant par l’architecture d’intérieur», précise Jean-Philippe Nuel.

04(@AgenceNuel)_B.jpgSi son activité a toujours inclus la conception de mobilier, il ne s’est attelé au design proprement dit que depuis 2005. La gamme de fauteuils Luca pour Ligne Roset et Cinna ou la lampe Aroun font partie de ses créations. Le fait d’avoir grandi au milieu de grands classiques du design, signés Saarinen, Eames ou Paulin, n’y est sans doute pas pour rien dans cette propension.

Entouré d’une vingtaine de collaborateurs, Jean-Philippe Nuel revient depuis quelques temps à ses premiers amours, l’architecture. Ainsi, l’hôtel TAJ à Pondichéry, en cours de conception, sera une création complète.

«J’aime pouvoir tout faire», répète-t-il en un sourire. Jusqu’au choix des rideaux et des tableaux dans le cadre de projets de villas. Du sur-mesure.

Parce qu’en France la polyvalence n’est pas de mise, il est architecte d’intérieur «par la force des choses». Pour autant, Jean-Philippe Nuel se «sent» architecte tout autant. De fait, c’est peut-être en Inde où le plaisir est le plus 'total' car «à moins de lieux climatisés, il n’y a pas de rupture entre extérieur et intérieur». Aux pays des espaces médians, la double casquette se révèle seyante.

05(@AgenceNuel)_S.jpg«Nous y dessinons des choses dont on sait qu’elles seront mises en oeuvre». Alors qu’ici, «en finissant des chantiers, nous nous rendons parfois compte que notre cahier de détails n’a pas été ouvert», souligne cet inconditionnel de la précision. Rien d’étonnant alors à l’entendre parler du Japon, pays du détail parfaitement exécuté, «où les ouvriers sont encadrés et formés à lire des plans», comme d’une école de rigueur.

Entre le design et l’architecture, Jean-Philippe Nuel finira-t-il par se lasser des hôtels ? «Il y a une telle variété en ce domaine que je ne m’ennuie jamais», répond-il.

De l’aménagement de la piscine Molitor à Paris, en passant par le TAJ en Inde, jusqu’à l'hôtel Baccarat à Dubaï, qui sera installé dans une tour, effectivement il y a de quoi faire.

«Un univers total» à chaque projet.

Emmanuelle Borne

06(@AgenceNuel)_B.jpg

Réagir à l'article


tos2016
elzinc

Album-photos |Mazette ! Quelle extension !

Dans la vallée du Gard, un mazet n’attendait plus qu'une seconde jeunesse. Pour ce faire, une extension lui a été imaginée, un volume de béton, «monolithique et sculptural» selon ses concepteurs,...[Lire la suite]

elzinc novembre

Présentation |Ca plane pour SOM !

«890 millions de dollars» pour un édifice «culturellement significatif». Le magazine anglophone Sourceable, spécialiste des questions industrielles, ne tarit pas d'éloges quant au nouvel aéroport...[Lire la suite]



elzinc

Album-photos |La Trinité : CAB est d'Equerre

«Ce bâtiment est tel un fond de scène. Nous l’évoquons comme une infrastructure et nous nous sommes servis de l’architecture pour faire de l’urbanisme», affirme Marc Botineau, associé de CAB....[Lire la suite]

elzinc novembre

Livre |L'architecture 'invisible' de Bernard Zehrfuss

Bernard Zehrfuss, Fitzcarraldo de Fourvière ? En s’appropriant les pentes de la colline sur laquelle, autrefois, se développaient les gradins de l’amphithéâtre de Lugdunum et en y logeant le musée...[Lire la suite]

elzinc

Album-photos |Villefranche-sur-Mer : CAB à bonne école

«Ce projet est un hold-up sur le paysage», affirme Bita Azimi, associée de l’agence niçoise CAB. A quelques pas de la Citadelle Saint-Elme de Villefranche-sur-Mer (06), la nouvelle école maternelle livrée...[Lire la suite]

elzinc

Présentation |Fernando Menis, volcan, soupe et kilomètre zéro

Depuis Tenerife, Fernando Menis imagine une architecture tellurique, quasi volcanique. La plupart de ses édifices sont d’imposantes structures minérales, plus ou moins torturées, autant que peuvent l’être...[Lire la suite]