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Cahier Spécial - Hôtels

Visite | Hi Matic : à Paris, un hôtel 'pied-à-terre' signé Matali Crasset (07-11-2012)

Après le Hi Hôtel à Nice et le Dar Hi en Tunisie, l’équipe formée par Patrick Elouarghi et Philippe Chapelet (maîtres d’ouvrage) et Matali Crasset (architecte d’intérieur-designer) continue, avec le Hi Matic, ouvert en avril 2011 à Paris (XIe), à rompre avec les codes de l’hôtellerie classique. Composées de 'cabanes', les 42 chambres de cet hôtel atypique évoquent certes le confort, mais «un confort dynamique». 

Commerces et hôtels | 75011 | matali crasset

71 rue Charonne dans le 11e arrondissement de Paris ; jusqu’à récemment, l’adresse était celle d’un deux étoiles anodin comme Paris en regorge.

Depuis avril 2011, place au Hi Matic, «qui ne désemplit pas depuis», selon Patrick Elouarghi, maître d’ouvrage avec Philippe Chapelet, de ce refuge conçu par Matali Crasset. D’hôtel, le Hi Matic n’est en effet qu’un lointain cousin. Non luxueux, sûrement pas anonyme... Quid ?

«L’idée était de créer, plutôt qu’un hôtel, un pied-à-terre à Paris», explique Matali Crasset. Qui dit pied-à-terre dit réservation, «à la façon d’un coup de fil à un ami». Tout est dans le nom : pour réserver une chambre au Hi Matic, il suffit d’une connexion internet. Une fois sur place, de récupérer sa 'clé', un badge magnétique ou de régler sa note sur une borne.

«Pas de réceptionniste derrière un comptoir ne signifie pas pour autant que nous ne sommes pas présents pour accueillir les clients», précise Patrick Elouarghi. En fait, le concept va de pair avec un profil de touriste 'responsable'... au sens écologique du terme, le Hi Matic proposant notamment des petits déjeuners 100% bio, mais, surtout, «les clients du Hi Matic sont des gens autonomes, curieux d’expérimenter», précise Matali Crasset.

La designer défend «un confort dynamisant».

Contrairement aux hôtels classiques où le client est entièrement pris en charge, au Hi Matic il est acteur de son séjour, «ce qui semble opportun à Paris où il y a une véritable énergie», selon la designer.

Du sous-sol où est installée la salle du petit-déjeuner jusqu’aux chambres en passant par l’espace d’entrée, impossible en effet de rester inactif, du moins insensible. Outre la borne de réservation, l’espace d’accueil comprend une carte de la ville, une cabane 'i-pad', un 'hi-shop' composé de casiers - où il est possible d’acheter, entre autres goodies, un guide de la capitale - et une 'terrasse', mezzanine composée d’assises installées au-dessus de l’escalier.

02(@SimonBouisson)_B.jpg«Avec Matali, chaque espace est exploité», souligne Patrick Elouarghi.

En effet, au Hi Matic, tout est conçu en faveur de la flexibilité. Notamment dans les étages supérieurs. Excepté les deux chambres du rez-de-chaussée, conçues selon les normes handicapées et pouvant recevoir de (petites) familles, les autres sont réservées à des couples. Sur chacune des portes, une inscription annonce la couleur : 'enjoy your cabane'.

«L’idée est de questionner nos habitudes, casser les codes en vigueur mais en partant du sens commun : la cabane fait partie de la mémoire collective», souligne Matali Crasset.

Sinon, le risque est de verser dans les effets de mode, ce qu’elle se refuse, préférant s’inscrire dans l’air du temps. «Pour innover, il me paraît indispensable de s’extraire des tendances pour travailler sur des choses émergentes fondées sur un véritable bien-être».

Alors, d’entendre la cabane au sens que lui attribue Marc Augé : «la cabane pour faire». Etre actif jusqu’en son antre. En clair, dans chaque chambre, une structure en bois intégrant différents modules abrite tout le nécessaire autour d’une «plateforme» que le client s’approprie à sa guise en roulant et déroulant un matelas 'à mémoire de forme'. Une façon, aussi, de libérer des espaces contraints, les chambres comptant douze mètres carrés seulement en moyenne.

04(@SimonBouisson).jpg «Entre le ryokan et l’auberge de jeunesse», le Hi Matic offre ainsi des chambres aussi douillettes qu’informelles. Compter 100 euros par nuit en moyenne, un rapport qualité / prix plutôt alléchant.

Partout, la couleur fuse. Une touche Matali Crasset, pour laquelle «la couleur, c’est la vie», un écho à «l’énergie» de la ville. Une façon aussi de réhabiliter à moindres frais ? Hormis «le désossage nécessaire pour faire place à l’espace», Matali Crasset n’a pas touché à la structure. «Nous avons choisi de la laisser apparente le plus possible et de mettre le budget ailleurs», souligne Patrick Elouarghi. Notamment dans les cabanes, toutes confectionnées sur mesure.

Fort du succès du Hi Matic, Patrick Elouarghi et Philippe Chapelet envisagent d’ailleurs le développement du concept sous forme de franchises.

A Paris, à Nice ou à Nefta, en Tunisie, «nous ne travaillons pas au mètre carré mais à la qualification», précise Matali Crasset. A chaque hôtel, un nouveau concept. In comme out. Parce que chaque ouvrage est lié à son contexte, à chacun «ses ramifications».

A Nice, la Hi beach, aménagée par Matali Crasset, agrémente depuis peu le séjour des clients du Hi Hôtel, là où tout a commencé il y a douze ans. «Pas hôteliers dans l’âme», Patrick Elouarghi et Philippe Chapelet voulaient alors simplement créer un lieu singulier. 

03(@HiLife)_S.jpg«Le Hi Hôtel est vraiment expérimental, c’est le laboratoire où nous avons commencé à casser les codes de l’hôtellerie», précise Matali Crasset. De la chambre digitale à l’indoor terrace en passant notamment par la monospace, neuf typologies différentes offrent aux clients des séjours atypiques.

En Tunisie, Patrick Elouarghi et Philippe Chapelet oeuvrent au développement du 'Palm Lab' pour aider au développement du savoir-faire de la population locale. A Paris, le 'Paris link' est en cours de gestation. «Nous souhaitons progressivement construire et proposer aux clients des véritables parcours dans la ville».

«Pour innover, il faut être face à des entrepreneurs qui osent», souligne Matali Crasset qui forme, avec Patrick Elouarghi et Philippe Chapelet, une équipe qui gagne depuis plus de dix ans.

Emmanuelle Borne

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