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Cahier Spécial - Hôtels

Présentation | Un hôtel signé BWM ou quelque chose de Vienne (07-11-2012)

Margaraten, à Vienne. Depuis cette adresse, l’agence autrichienne BWM conçoit une architecture efficace. Au coeur de la capitale, soudain, un exercice de style. Sur une parcelle d’angle de 153m², BWM a livré, en 2011, un hôtel à l’architecture «anticonformiste» où «la ville et sa réalité sont à l’extérieur».  

Commerces et hôtels | Vienne | BWM Architekten und Partner

Le risque de l’angle. A Vienne, Autriche. Autant dire l’opportunité du scandale. Adolf Loos en son temps : Michaelerplatz ; Hans Hollein il y a vingt ans : Stephansplatz ; BWM aujourd’hui : Hoher Markt.

«Nous avons livré un édifice controversé, loin d’être conformiste», assure Erich Bernard, architecte associé de BWM, dont les quarante collaborateurs planchent aussi bien sur des projets de bureaux que de paysagisme ou de scénographie.

Dans le Ier arrondissement, au détour de Lichtensteg, non loin de Anker, l’horloge où la mort égrène les heures de son sablier, la façade de l'hôtel Topazz détonne parmi les constructions historiques du centre ville.

02(@BWM)_S.jpgSouple et sombre, l’édifice signale, de par son originalité, sa présence. Ouvertures ovoïdes et angle arrondi caractérisent le parti adopté. «Les fenêtres dominent la façade. Nous cherchions un principe pour ne pas exprimer la pression économique du bâtiment. Autrefois, il y avait un édifice de quatre niveaux. Aujourd’hui, nous sommes montés à huit étages». De la confusion, donc.

Les fenêtres, à distance les unes des autres, contrarient toute lecture verticale de l’édifice. «Nous souhaitions, à première vue, troubler la perspective», assure l’architecte. Aussi, la question du premier regard du visiteur prime dans le dessin.

«Notre objectif était d’apporter quelque chose de Vienne», souligne Erich Bernard. L’homme de l’art de jouer sur les mots car rien ici, en apparence, n’appartient au lieu. «Nous ne voulions aucune citation, pas même un lien avec quelconque modernisme. Nous voulions assurer un maximum de distance», précise-t-il.

«Vienne et la réalité sont à l’extérieur. Les fenêtres sont autant de caméras. Elles sont une motivation pour y vivre».

Par voie de conséquence, d’aucuns peuvent s’y allonger. «Un hôtel, ce sont des chambres et chaque chambre est une fenêtre. Habituellement, un rideau cache l’ouverture. Nous voulions au contraire qu’il s’agisse là de l’identité de la chambre», affirme l’architecte. Lost in translation ?

03(@AnnaBlau)_B.jpgEt ce marron ? Sachertorte ? Pas même. «Un maximum de distance», répète Erich Bernard à l’envi. «Nous ne voulions pas créer de contraste en façade. Si l’on observe une fenêtre depuis l’extérieur, elle présente généralement une teinte foncée de par ses reflets, entre autres».

«Ce type de dessin n’est pertinent que pour des parcelles de petite taille. Si nous avions eu un site plus étendu, nous aurions pris un parti complètement différent», assure Erich Bernard.

Toutefois, aussi osé soit l’édifice, les autorités n’ont jamais remis en cause le projet. «Il y eut néanmoins plusieurs présentations du projet. Il n’y a eu aucune difficulté, nous devions seulement argumenter nos choix», se souvient l’architecte.

04(@AnnaBlau)_B.jpgD’une liberté dûment acquise, Erich Bernard relativise le programme : «nous avons fait structure, façade, escalier et rez-de-chaussée. Réaliser un hôtel est un processus inhabituel» ; en somme, un projet dissociant contenu et contenant.

Aussi, les aménagements intérieurs ont été réalisés par Michael Manzenreiter, dont le concept se fonde sur une interprétation contemporaine des Wiener Werstätte*.

Et la distance maximum, in fine, de se réduire...

Jean-Philippe Hugron

* Littéralement, les Ateliers Viennois. Regroupement d’artistes et d’architectes qui, au détour du XIXe siècle, alors que la Sécession battait son plein, proposait un art nouveau, notamment à travers meubles, bijoux, orfèvreries...

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