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Cahier Spécial - Hôtels

Visite | Fernandez & Serres, fabriquer la ville par la fenêtre en 200 chambres (07-11-2012)

A Marseille, l’atelier aixois Fernandez & Serres architectes achève le chantier d’une résidence hôtelière dont la livraison est promise début 2013. A la répétitivité d’un programme, la difficulté de ne pas sur-jouer l’intervention. Aussi, ces architectes prônent-ils un parti calme aux effets cinétiques ou «comment, à partir du détail, maîtriser le projet».

Commerces et hôtels | Marseille | Atelier Fernandez & Serres

La nouvelle résidence hôtelière, réalisée par l'atelier Fernandez & Serres architectes à EuroMéditerranée, s’inscrit le long de la rue de Ruffi. En face du chantier, un terrain vague. Au-delà, Zaha, seule, se dresse contre Marseille.

Derrière, le chemin des douaniers, «un chemin surréaliste qui donne des perspectives étranges», explique Stéphane Fernandez au Courrier. Et pour cause, le sentier longeait l’ancienne ligne côtière de Marseille, disparue au cours du XIXe siècle lors des aménagements du port autonome de la ville.

Toutefois, l’ambition est à la résurgence puisque émerge aujourd’hui un quartier nouveau en lieu et place de la trame Mires, «une trame urbaine liée au port et au stockage».

02(@Fernandez&Serres)_S.JPG«Le sentier délimite le fond de notre parcelle. Le plan d’urbanisme, conçu par Yves Lion, prévoyait une traverse piétonne afin de créer une profondeur dans l’îlot. Aujourd’hui, EuroMéditerranée travaille sur la réalisation de ce passage toutefois considéré pour l'instant comme une cour privée», indique Stéphane Fernandez.

Un hôtel, deux immeubles. Une contrainte ? Un avantage répond l’architecte. «Nous avons pu créer, de fait, un linéaire de façade plus important et proposer plus de chambres», dit-il.

«La volumétrie n’était, à proprement parler, pas imposée. Il y a des règles certes, notamment de prospect, à adapter, le tout proposé par le réglement pensé par Yves Lion», indique l’architecte. En résumé, avec la hauteur, il s’agissait de travailler les décrochés.

«Notre volume est en limite de la réglementation IGH. Nous pouvions toutefois densifier davantage et monter plus haut», assure-t-il. L'atelier Fernandez & Serres architectes réalise ainsi le premier projet de la ZAC selon les principes du «parc habité».

«Nous voulions retrouver des formes industrielles et irrégulières, fabriquer la ville avec des façades. Nous souhaitions une forme de continuité sans mimétisme», assure Stéphane Fernandez.

Aussi, les deux associés réfutent «tout projet d’expression» et, par là-même, de répondre «à un équilibre entre les gestes exceptionnels et ceux qui relèvent davantage de besoins quotidiens». Dixit Yves Lion.

05(@Fernandez&Serres)_S.JPG

«Il nous fallait assumer que les deux cents chambres étaient absolument identiques. Il n’y a que les étages du haut qui diffèrent. Nous voulions alors donner une impression de mouvement», indique Stéphane Fernandez.

A l’uniformité, la cinétique. «Nous souhaitions exprimer une diversité qui n’existe pas».

La façade présente ainsi un «jeu de variations» : les fenêtres demeurent rigoureusement alignées mais les cadres préfabriqués, changeants, troublent la répétition. «Nous avons par ailleurs pratiqué des ouvertures plus larges en bas». Question de luminosité.

04(@Fernandez&Serres).JPG«Nous avons travaillé le projet par le détail», souligne l’architecte. En mire, la thématique de la fenêtre. «A l’époque où je travaillais chez Yves Lion, j’avais été marqué par un projet résidentiel. Il y avait certes le travail sur le logement, son appropriation mais aussi la fenêtre. Il s’agissait alors de caler à l’échelle 1 un ensemble de détail et cette fenêtre fabriquait le projet», se souvient-t-il.

A Marseille, noblesse des matériaux. Les menuiseries sont en bois et se glissent légèrement en deçà du cadre en béton. En plus de créer une ombre, le dispositif permet de cacher les systèmes d’entrée d'air.

Autre point, la hauteur des ouvertures. «Nous avons fait à la mesure d’un bâtiment haussmannien. Au lieu d’une allège d’un mètre, nous sommes au niveau d’une assise de chaise», note l’architecte.

03(@Fernandez&Serres)_S.JPGEnfin, l’aspérité d’une construction, celle du béton enduit. Gris sable. Un écho aux bâtiments industriels du port, au silo à grain quelques mètres plus loin. «Nous voulions conserver l’identité du lieu».

«Nous ne sommes pas dans la notion de simplicité. Nous sommes dans la production urbaine. A travers la couleur, nous ne voulions pas faire table rase d’un passé déjà presque entièrement détruit. L’édifice, avant tout, reprend l’idée de l’industrie et de la répétition».

Génie du lieu.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

LOUIS PAILLARD | ARCHITECTE | PARIS | 08-11-2012 à 09:16:00

Très belle silhouette urbaine découpée, habitée, strictement percée mais rythmé comme une suite de Bach. La fenêtre est désormais le dernier élément architectural qu'il nous reste dans la "fabrication" de nos logements... Moi, ça me convient tant qu'il s'agira "d'écrire" la ville avec nuance... Tant qu'il s'agira d'exprimer la matière, la lumière contrastée, la "forme forte"... Hâte de voir en vrai cette œuvre sudiste a première vue...simplement magistrale.

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