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Visite | Le Candide : au sein du chaos, un ouvrage ingénu (14-11-2012)

L’agriculture en ville, encore. Une manie d’architectes parisiens ? Et si la création de parcelles cultivables, jardins partagés et autres cultures d’appoint urbaines permettaient réellement d’améliorer le vivre-ensemble autant que d’innover en matière de logement social ? Voir Le Candide à Vitry-sur-Seine (94), livré en octobre 2012 par Bruno Rollet, résultat d’une conviction impeccablement mise en oeuvre.

Logement collectif | Vitry-sur-Seine | Bruno Rollet

Que d’aucuns, sceptiques ou cyniques, estiment que Le Candide - un immeuble situé dans le quartier Balzac, 'en difficulté', de Vitry-sur-Seine et composé de vingt-neuf logements sociaux coiffés de jardins partagés - porte sans doute bien son nom, soit. Le fait est que les journalistes en visite de presse qui l’ont découvert pour la première fois le 18 octobre 2012 ont d’emblée été saisis par la qualité de cette réalisation.

Avec ses angles arrondis, le bâtiment - en fait deux plots reliés par des passerelles vitrées - crée un aparté bienvenu dans un quartier au désordre rigide.

Frappé, lors de sa première visite du site, par «la brutalité» de la géométrie urbaine, Bruno Rollet confirme que l’envie de courbes fut immédiate, de concert avec celle de retrouver «un extrait de nature». D’où la mise en oeuvre d’espaces verts sur le toit mais aussi l’usage d’un matériau tel l’osier, dont Le Candide offre une étonnante déclinaison.

Au deuxième étage, des ouvriers s’affairent justement à tresser des tiges autour de la structure métallique d’un garde-corps. «Une façon de filtrer les vues», précise l’architecte. «Simple comme bonjour», assurent les artisans à propos de la technique, la même que celle utilisée pour confectionner des paniers. De cette incarnation-là, Bruno Rollet fait le pari qu’elle vieillira bien.

02(@LucBoegly)_S.jpgEn tout cas, entre le double mur en brique moulée main et les balcons impeccablement parés d’osier, Le Candide confère des lettres de noblesse au logement social.

«Quand on s’en donne la peine, les gens respectent le résultat», assure Bruno Rollet. 

L’architecte ne s’est rien interdit sous couvert de risque de vandalisme et il a notamment ponctué chaque surface tressée d’oculi accueillant des capteurs solaires qui animeront la façade une fois la nuit tombée. «Des lucioles qui scintillent la nuit de la lumière récoltée le jour», sourit-il.

Issu d’un concours remporté en janvier 2010, Le Candide fut lauréat, six mois plus tard, du concours EDF bas carbone. 

L’occasion de développer l’aspect 'Développement Durable' du projet, pas seulement des procédés permettant de rejeter moins de 5kg/m²/an de carbone dans l’atmosphère.

«Nous avions envie de proposer autre chose, de parler d’innovation sociale», souligne Bruno Rollet. Grâce à un maître d’ouvrage solidaire, l’OPH de Vitry-sur-Seine, un budget supplémentaire fut dégagé pour créer, outre les logements, des jardins partagés sur le toit du bâtiment. Soit 2.350 euros hors taxes le mètre carré de surface utile nette.

03(@BrunoRollet)_S.jpgSerres pour des cultures, lopin doté d’une aire de jeux réservée aux enfants, jardinières délimitées par le même osier cernant les balcons mais aussi éolienne remontant l’eau de pluie dans une citerne pour arroser ces jardins : le dispositif installé aux R+6 et R+7 est impressionnant. Au total, sans la serre commune de quarante-quatre mètres carrés, il y a là cent soixante-dix mètres carrés d’espaces partagés et cultivables.

Bref, Bruno Rollet a tout pensé, jusqu’à l’atelier partagé du rez-de-chaussée et un écran installé dans l’entrée qui diffusera des informations sur la vie de l’OPH, des conseils de jardinage, la quantité d’eau de la citerne, etc.

Sans une gestion réfléchie, de tels efforts resteraient lettre morte. «L’OPH de Vitry-sur-Seine a pris conscience que, pour que ces espaces partagés fonctionnent, il fallait désigner, parmi les futurs locataires, des familles 'meneuses'», précise l’architecte.

04(@LucBoegly)_S.jpgSous les toits ainsi aménagés, les appartements, du T2 au T5, ne sont pas en reste. Traversants, dotés d’une double si ce n’est d’une triple exposition, tous sans exception sont pourvus d’espaces extérieurs. Bref, eurent-ils été privés de leur canopée plantée, ces logements sociaux-là sont généreux.

Un bémol cependant : l’accès aux salons se fait pour l’essentiel sans séquence d’entrée, conférant à la pièce l’aspect d’un lieu de passage.

«Pour nous, c’est une première, une étape de réflexion sur le logement social, une voie à développer», dit Bruno Rollet. Qui s’est engagé à suivre non seulement la gestion des jardins trois ans durant mais également l’ensemble des dispositifs dits durables mis en oeuvre afin de constater si, effectivement, «ces normes servent à quelque chose».

Sans doute une prouesse, Le Candide est en tout cas l’un des plus beaux représentants franciliens d’un tel programme.

Emmanuelle Borne

05(@LucBoegly)_S.jpgFiche technique

Maîtrise d’ouvrage : OPH de Vitry-sur-Seine
Maîtrise d’oeuvre : Bruno Rollet architecte, Emeline Pacreau architecte assistante, MEBI économiste, EPDC bureau d’études, Céline Langlois jardins, terrasses et couleurs, Jean-Claude Chianale signalétique
Label : H&E profil A, BBC Effinergie
Montant des travaux : 4.935.879 euros HT valeur septembre 2009 (y compris fondations spéciales et dépollution)
Surfaces SHON : 2.376m²
Calendrier : chantier 17 mois, livraison 1er octobre 2012

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