Exit les heures chaudes d’Amiens, détruit l’Edelweiss. En lieu et place, la nouvelle chambre de Commerce et d’Industrie de Picardie. L’agence parisienne Chartier-Corbasson a livré début 2012 un édifice spectaculaire sans égal. Répondant au désir de représentation de l’institution, le duo a proposé «continuité» et «déformation» du paysage existant.
Le projet était attendu, les perspectives prometteuses, les photos de chantier encourageantes. Que dire de la réalité ? Surprenante ! L’édifice n’a nulle part ailleurs son pareil. Alors, en lice pour l’équerre d’argent ? Pas même !
Au sortir de la gare d’Amiens, après un bref regard accordé à la tour Perret, les journalistes se dirigent vers le mail Albert Ier. Côté rue, rien ne transparait du nouvel édifice, du moins de ses atours végétaux.
Ici, la façade, étroite, donne avant tout une nouvelle adresse à la Chambre de Commerce. Toutefois, il n’était pas question d’en faire une entrée. «Il y avait, en lieu et place, deux petites maisons. L’idée était de créer une transparence entre la rue et l’hôtel particulier», indique Thomas Corbasson.
Du trottoir, à travers une faille, les pinacles organiques de l’hôtel Bouctot-Vagniez.
«Nous nous sommes inspirés des briques polychromes pour réaliser le dessin de la façade», indique l’architecte. La résille métallique inscrit donc les volumes de l’édifice dans l’alignement disparate des maisons et hôtels du mail.
Rue des Otages, d’aucuns ne peuvent manquer la flamboyance de l’ancien siège de la Chambre de Commerce, hésitant entre art nouveau et néo-gothique. Le portail nouille franchi, l’étonnant monticule de verdure s’offre au regard.
«Il y a toujours une ambigüité. Il s’agissait d’inscrire l’ouvrage dans le jardin et qu’il soit repérable», assure Thomas Corbasson. Dont acte.
L’origine d’une idée ? L’architecte évoque, du bout des lèvres, ses années passées aux Ateliers Jean Nouvel. Et le projet du Musée de l’Evolution à Burgos de revenir en mémoire. Bref, une filiation sinon le témoignage d’une, le terme est désormais consacré, «vegetecture»* émergente.
Campanules, Bergenias, Euphorbes, fougères... «des essences d’un parc du XIXe siècle»... Encore et toujours, «en continuité avec le jardin». Et l’édifice de s’inscrire entre parterres et grotte artificielle.
Le projet a connu des évolutions. «Tout et rien», assure l’architecte. En d’autres termes, «l’échelle du bâtiment était à l’origine plus monolithique. Il a fini par exploser, les ouvertures sont désormais plus nombreuses. Nous n’avons, de fait, pas vendu une image», dit-il.
L’édifice s’est donc au fur et à mesure ajusté à son contexte. Le jardin certes, mais aussi l’hôtel. «Nous souhaitions avoir le plus de recul et proposer un jeu de structure pour être en retrait. Aussi, nous n’avons eu aucun souci avec les architectes des bâtiments de France, par ailleurs présents lors du jury», indique Thomas Corbasson.
A l’intérieur, des bureaux, ni plus ni moins. Pourtant, les cadrages vers l’extérieur sont soignés. En perspective, tantôt les fioritures art nouveau, tantôt, au loin, les clochers de la cathédrale ou encore les toits de Saint-Leu voire la Tour Perret.
Quelques terrasses viennent parfaire les étages courants. L’occasion pour l’architecte de présenter le dispositif mis en oeuvre pour permettre à la végétation de s’épanouir. «La première étape était de modéliser de façon théorique les panières végétales. Nous avons mis au point un système filaire en trois dimensions à partir duquel le charpentier a oeuvré», précise Thomas Corbasson.
Restait alors aux alpinistes de cultiver leur jardin...
Jean-Philippe Hugron
* Maurizio Corrado, auteur de plusieurs ouvrages consacrés à l’architecture bio-écologique définit par 'vegetecture' tout édifice niant les limites entre nature et espace construit. Théorisé dans un essai publié en 2011, le concept, davantage appliqué aux édifices faisant des plantes un matériau premier de construction, a été présenté la même année lors de la Biennale de Milan.
Fiche technique
Maître d'ouvrage : CRCI de Picardie
Architectes : Chartier-Corbasson architectes
Iida Tulkki, Gabriel Guthieriez architectes assistants
Programme : immeuble de bureaux, salles de réunion, salles de réception, auditorium 189 places, aménagement paysager
Surface SHON / Net surface : 1.800m²
Montant des travaux : 5.600.000€ HT
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