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Egypte | Un nuage à partir de déchets urbains ? Au Caire, Basurama (21-11-2012)

Prévenir avant de guérir ? Dans un article paru en juillet 2012 dans le quotidien Egypt Independant, Silvia Mollicchi présente le projet au Caire du collectif madrilène Basurama, un nuage composé de sacs en plastique permettant de créer des zones ombragées. Si l’intention des architectes, mêlant recyclage et enjeu communautaire, est louable, la journaliste se montre, au final, dubitative. Quid ?

Design | Le Caire | Basurama

Contexte
'Bottom-up'. Qui ne connaît désormais ces démarches, a priori informelles, qui construisent la ville en-dehors de commandes privées et de planifications publiques ?
Participation, flexibilité, recyclage font partie des enjeux de ces projets initiés par des collectifs dont les noms sont de moins en moins méconnus : atelier d’architecture autogéré, collectif ETC, Bruit du Frigo pour n’en citer que trois.
Quel que soit le pays où ces expériences sont menées, le champ d’intervention est, pour l’essentiel, l’espace public.
Voir, en Egypte, le très délicat projet de mise en lumière des rues du quartier Zabbaleen, au Caire par Studio Mumbai, à l’initiative de la fondation Locus, en février 2012.
Le projet du collectif madrilène Basurama partage les mêmes enjeux si ce n’est la même élégance. Autre différence : alors que Studio Mumbai fut particulièrement soucieux de 'la contextualisation' de son projet, Basurama se montra à cet égard, à lire la journaliste Silvia Mollicchi, moins précautionneux.
EB

DES ARCHITECTES EXPERIMENTAUX CONSTRUISENT UN NUAGE EN PLASTIQUE POUR LA VILLE
Silvia Mollicchi | Egypt Independant

LE CAIRE - Ce mercredi matin, le passage à niveau qui lie le quartier d’Ard El-Lewa à celui de Mohandessin était bondé de passants curieux observant l’installation d’une structure atypique, un voile composé de sacs en plastique à la façon d’un nuage.

Pendant deux semaines, le collectif architectural Basurama, installé à Madrid, a travaillé, en collaboration avec des architectes égyptiens, sur le prototype d’une structure architecturale aussi esthétique que fonctionnelle. L’enjeu principal était de la réaliser à partir de matériaux issus des déchets urbains. Ainsi, la base de l’abri est constituée de tubes en carton auxquels sont rattachés des sacs en plastique gonflés à l’aide de ventilateurs pour créer un nuage géant.

La foule semblait aussi méfiante qu’intéressée. Créant l’émoi, les habitants du quartier furent de plus en plus nombreux à demander à quoi servait le mystérieux objet et qui en était le commanditaire.

En visitant Le Caire pour la première fois, il y a environ un an, les membres de Basurama étaient conscients de ne pas connaître grand-chose à la ville, pour autant étaient-ils «curieux d’apprendre», ainsi que le confie Manu Polanco, l’un des membres du collectif, à Egypt Independant. Ils ont donc organisé un atelier durant trois jours et commencé à organiser l''Urban Solid Waste Project', un programme de formation destiné à de jeunes concepteurs et architectes qui s’est tenu en juin dernier.

Le projet, organisé par Basurama en collaboration avec l’architecte cairote Omar Nagati, avait pour objet la conception, la construction et l'installation dans des espaces publics d’un prototype architectural composé de matériaux recyclés à partir de déchets urbains. L’enjeu était de construire un projet utile à la communauté et facilement reproductible. Le groupe a donc récupéré des sacs en plastique, disponibles en grande quantité partout dans la ville, se questionnant sur les besoins d’une ville telle Le Caire, en été notamment.

«Ce qui manque au Caire est l’ombre. Ainsi, nous avons décidé de construire un nuage artificiel», dit Juan López-Aranguren, l’un des membres de Basurama.

Ne pas oublier que l’un des enjeux du projet était la participation du public à la confection et à l’installation du nuage.

02(@Basurama)_B.jpgAu Caire, la perception de l’espace public a considérablement changé au cours des deux dernières années et de nombreuses initiatives s’attaquent au sujet. Des projets tel le 'Mahatat for Contemporary Art' et 'Al-Fan Midan' (l’art est un parc) se sont concentrés sur les nouvelles opportunités créatives dans les espaces publics.

L’Urban Solid Waste Project a adopté une autre approche, consistant à introduire un élément inattendu dans l’arène publique afin de générer des interrogations sur les ressources disponibles et inciter à un usage différent des déchets dits solides.

«Quand nous sommes venus au Caire la première fois, nous avons remarqué que, partout, l’espace public est bon à prendre. Les gens l’utilise de façon diversifiée, repoussant ses limites et construisant sans arrêt de nouvelles choses même si c'est parfois dans un but individuel», souligne Juan López-Aranguren. Dans la rue Talaat Harb par exemple, les commerces occupent l’espace entre le trottoir et la rue, créant ainsi un seuil dynamique qui s’étend ou se contracte selon les circonstances.

03(@Basurama)_B.jpgAinsi que le souligne Omar Nagati, le recyclage créatif de déchets solides n’est pas nouveau au Caire. Partout, les gens construisent de façon informelle, fournissant des solutions à des problèmes quotidiens en utilisant ce qu’ils ont sous la main, ce qui a inspiré Basurama. Pour autant, l'Urban Solid Waste Project ne vise pas seulement à recycler des matériaux mais aussi à mettre en place des solutions partagées à des problèmes affectant la communauté toute entière.

L’atelier s’est donc prémuni d’une approche didactique en faveur de connaissances partagées.

Les pratiques des habitants comme des commerçants informels ont inspiré la construction d’un prototype architectural pouvant être monté dans l’espace public à l’usage non seulement d’individus mais aussi d’une communauté plus large.

La phase d’installation du projet faisait partie du processus expérimental. «L’espace public est aussi un endroit où advient l’inattendu», affirme Juan López-Aranguren. Les gens peuvent en effet modifier une structure, s’en servir telle que les concepteurs l’ont pensée mais aussi différemment, la reproduire ou même la détruire.

Ainsi, le support en tubes du nuage peut être utilisé de différentes manières et sa fonction semble avoir été laissée volontairement floue. Il pourrait composer une scène ou une aire de jeu.

Les réactions des gens furent imprévisibles dans la mesure où le projet fut conçu dans le cadre d’un atelier initié par des architectes plutôt que par la communauté. Ainsi que le soulignent les organisateurs, l’atelier n’a pas donné lieu à un échange avec les communautés à qui le nuage était destiné.

04(@Basurama)_B.jpgEn plus d’Ard El-Lewa, le nuage fut installé sur la place Abdeen Square, à l’occasion du festival mensuel Al-Fan Midan. Dans ce contexte, l’installation fut mieux accueillie et les enfants se sont amusés avec le prototype. Le nuage devait ensuite être installé dans une nouvelle zone résidentielle entre Nasr et la rue Ring mais cette localisation ne fut pas retenue en raison de problèmes d’organisation et de décalage avec les attentes de la communauté locale.

Qu’une pareille expérience soit idéale afin de mettre en place des solutions concrètes aux problèmes de tels quartiers prête à débat. Même si les organisateurs ont utilisé leurs contacts avec les leaders locaux, davantage d’investissement de la part des communautés concernées aurait sans doute permis d’éviter l’émoi que les organisateurs et les participants de l’atelier ont dû affronter à Ard El-Lewa.

En effet, ce type de projet peut également aliéner des habitants inaccoutumés à de tels événements.

Silvia Mollicchi | Egypt Independant | Egypte
11-07-2012
Adapté par : Emmanuelle Borne

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