Dans un article publié le 20 novembre 2012 dans le périodique De Architect, Sander Woertman présente 'De Rotterdam', un complexe composé de trois tours dont la livraison est prévue en novembre 2013. Signée Rem Koolhaas, la radicalité du bâtiment tient, selon le journaliste, à sa dimension «insulaire» dans la mesure où il regroupe différentes fonctions permettant ainsi à ses habitants de s’isoler de la ville.
LE POTENTIEL D’UNE ILE
Sander Woertman | De Architect
ROTTERDAM - Depuis le 15 novembre, le gratte-ciel 'De Rotterdam', dessiné par Rem Koolhaas et situé sur la presqu'île Kop van Zuid, dans le sud de la ville, est désormais la plus haute tour de Rotterdam.
L’occasion pour les promoteurs OVG et MAB, le bureau d'architecture OMA et également l'entreprise générale Züblin de partager un moment festif lors d'une réunion nommée 'le point le plus haut'.
Le projet est non seulement ambitieux en termes architectoniques mais également en ce qui concerne la démarche et le programme. C'est un tour de force pour lequel tous les partenaires ont démontré une réelle implication.
Il y a en effet de quoi être fier à proposer 160.000m² sur une surface au sol ne dépassant pas la taille d'un terrain de foot.
Huit ans avant la crise, il paraissait déjà évident que le projet d’OMA ne pourrait se réaliser sans difficultés. Même en 2001, le budget n'atteignait pas le ciel. Le concept a donc dû être adapté et redessiné.
Rory McGowan, chef de projet chez le constructeur Arup et impliqué dans les premières phases de l’opération, raconte qu’au départ, le projet comprenait des tours positionnées les unes à côté des autres. Or, depuis la phase d'exécution, les tours sont désormais reliées entre elles. Ce premier changement a permis de mieux maîtriser les charges, ce qui a eu un impact direct sur la construction et les coûts.
Ce changement a eu également des conséquences sur les façades. Dans le projet initial, à chaque tour ses façades. Après de longues et intenses discussions au sein du bureau d’OMA, Rem Koolhaas a décidé, pour des raisons budgétaires, de développer pour l'ensemble des tours une seule et même façade. Cette nouvelle décision n’est pas sans conséquence sur l'aspect du bâtiment.
Kees Van Casteren, chef de projet et associé chez OMA, raconte avec un sourire qu’une telle décision n'est qu'un principe et que la réalité du programme implique toujours des adaptations nécessaires.
Compte tenu de cette façade unifiée, les trois tours se présentent aujourd'hui comme un seul et grand ensemble.
Reliées entre elles, elles incarnent le concept de 'Towerslab' que Rem Koolhaas décrit dans son ouvrage S, M, L, XL, lequel fait référence au projet des Boompjes, boulevard situé de l'autre côté de la Meuse. De Rotterdam fait écho à ce projet datant des années 1980 tant en ce qui concerne la typologie que l'architecture.
Avec leurs volumes décalés, les tours font penser au corps en mouvement d'un sportif ou d'un ouvrier des docks.
A un an de la livraison, le rez-de-chaussée confère l’impression d'un espace robuste qui va déterminer l'atmosphère à venir. C’est-à-dire non pas une ambiance créée artificiellement via les matériaux et les couleurs mais plutôt une ambiance 'no nonsense' inspirée par l'architecture rationnelle, fonctionnelle et efficace des anciens docks. Selon les architectes, la couleur y sera intégrée par le programme et les utilisateurs.
Bref, le complexe De Rotterdam apparaît sec et trapu.
Sans aucun doute bâtiment iconique, De Rotterdam est néanmoins d’une sobriété en accord avec le caractère de la ville de Rotterdam ainsi qu’avec cette crise mondiale qui sévit au moment de sa construction.
Lors de la fête 'le point le plus haut', la fierté de Rem Koolhaas transparaissait. Peut-être était-ce le froid mais il semblait ému. Au sommet de la tour la plus haute, il racontait combien il était fier de l'association entre tous les partenaires du projet, association qui, comptant tous les contretemps, a duré quinze ans.
Selon Rem Koolhas, Rotterdam est la seule ville capable de s'enthousiasmer pour des changements et ainsi le seul endroit où un tel bâtiment pouvait être réalisé.
Sur l'importance de son rôle dans la réalisation de ce projet, Rem Koolhas est plutôt modeste. Selon lui, l'architecte n'a pas beaucoup de pouvoir et se trouve dépendant d'un maître d'ouvrage qui doit, lui, croire dans le projet.
Si tout se passe comme prévu, De Rotterdam ouvrira ses portes aux habitants et aux utilisateurs le 15 novembre 2013.
Environ une tour et demie sera investie par des espaces de bureaux, la moitié de la deuxième tour sera occupée par un hôtel et la dernière accueillera des appartements. Le socle de cinq étages abritera un parking, des restaurants et des activités de détente.
Après l'ouverture du bâtiment, il est prévu que le nombre d’utilisateurs et d’habitants de Kop van Zuid double, ce qui engorgera les connexions avec le reste de la ville, constat également établi par le directeur de MAB, Jos Melchers.
Personnellement, je distingue deux scénarios extrêmes pour De Rotterdam. Le premier est celui de tours désertées. Heureusement pour le promoteur, la mairie s'est engagée à occuper une très grande partie des bureaux. La signature d'un contrat de location avec NH Hotels garantit aussi l'occupation d'une grande partie du bâtiment. Selon une source fiable, la journée 'portes ouvertes' pour visiter les appartements a fait l’objet de mille inscriptions. Rotterdam demeure la seule ville des Pays-Bas où ses habitants montrent de l'intérêt pour des logements dans des gratte-ciel.
Mon second scénario envisage le déplacement des fonctions installées au centre-ville vers ce nouveau complexe. Or, Kees van Casteren, chef du projet, conteste cette idée. Il rappelle que l’essentiel du programme proposé par De Rotterdam concerne des fonctions qui existent généralement en périphérie de la ville. Le regroupement des fonctions à cet endroit central devrait justement créer un lieu autonome au regard de la ville.
De fait, il est alors question d'une culture insulaire destinée à un groupe de personnes voulant s'isoler du reste de la ville et pour lequel travail, loisirs, culture et habitat sont réunis en un même endroit.
De Rotterdam va probablement devenir un bâtiment très fonctionnel qui se libérera, au fur et à mesure du temps, de cette image de nouvelle icône de la ville pour ne laisser place, in fine, qu'à un bâtiment au concept radical et innovant.
Sander Woertman | De Architect | Pays-Bas
20-11-2012
Adapté par : Michael Koller
«Je reprends avec bonheur ma chambre argentique. Et mon voile noir. Indispensable pour y voir clair. Large morceau de tissu, noué vrillé autour de ma taille. J'aime faire ce geste : le dénouer, le défroisser dans mon...[Lire la suite]
_B.jpg)
Après Detroit et 'Theaters', l’objectif de Yves Marchand et Romain Meffre a capturé, entre 2008 et 2012, un autre théâtre de ruines : l’étonnante île de Gunkanjima, également...[Lire la suite]
_B.jpg)
«De l’architecture, j’aime montrer la place du bâtiment au sein de l’environnement qui l’entoure et des usagers qui le côtoient. D’aucuns découvrent alors le mélange des styles...[Lire la suite]
_B.jpg)
Freelance diplômée de l’ENSAD (Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs), Anne-Gaëlle Amiot dépeint, avec son seul crayon et avec distance et engagement, les architectures et, parfois, les...[Lire la suite]
_B.jpg)
Après Detroit et 'Theaters', l’objectif de Yves Marchand et Romain Meffre a capturé, entre 2008 et 2012, un autre théâtre de ruines : l’étonnante île de Gunkanjima, également...[Lire la suite]
_B.jpg)
Fragment 8667, Fragment 8732, Fragment 8858, Fragment 8858... Fragment 9797, autant de titres anonymes pour des situations banales mais non moins expressives. Une tôle pliée, une affiche arrachée, un coup de peinture...[Lire la suite]
_B.jpg)