Pierre de Bourgogne avril 2013

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Visite | Rue Myrha, manipulation culturelle (28-11-2012)

Quelle marge pour dix-neuf logements d'étudiant entre 16 et 19m² dans le XVIIIe à Paris ? uapS, agence parisienne fondée par deux architectes belges - Anne Mie Depuydt et Erik Van Daele - a proposé pour ce programme, livré en 2012, la manipulation des espaces collectifs et privatifs. De l’individu au groupe, un propos, somme toute, étrange(r).

Logement collectif | 75018 | uapS

Rue Myrha, station château rouge. Au nord de Paris, des airs bigarrés de ville cosmopolite. Au détour du boulevard Barbès, loin de l’agitation, un air de saxo accompagné d’un didgeridoo participe de l’atmosphère. Déjà, un peu ailleurs.

Luttant contre l’insalubrité, la mairie a engagé depuis plusieurs années nombre d’opérations de réhabilitation voire de rénovation urbaine présupposant quelques destructions inéluctables.

Les dents creuses sont alors un exercice de style. A la crise existentielle des uns succède l’effacement des autres, plus ou moins volontaire. Tantôt des couleurs, tantôt des matériaux, tantôt des formes. Bref, l’occasion de s’exprimer et de parfaire l’hétérogénéité d’un tissu faubourien.

02(@GeraldineMillo)_S.jpgPour uapS, l’ambition était autre. La figure est a priori neutre, inaperçue. «Nous voulions être silencieux», assure Anne Mie Depuydt. La volonté est d’autant plus légitime qu’elle est en accord avec la fiche de lot précisée par le plan conçu par TGT et associés (Jean-Claude Garcias, Jean-Jacques et Jérôme Treuttel).

«Il s’agissait pour nous de sauvegarder une morphologie propre au quartier. Nous avons, de fait, repris le rythme des façades et sommes restés dans une couleur simple», assure l’architecte d’uapS.

Pour seule animation, les ouvertures et leurs volets, en quatre parties, permettent de jouer sur différents degrés d’intimité. «En Belgique, nous n’avons pas de rideau, nous voulons le maximum de lumière et le salon est avant tout un espace public. Personne n’ose regarder chez l’autre», dit-elle.

Toutefois, à l’expérience son application parisienne. Anne Mie Depuydt n’a pourtant de cesse de revenir sur ces années passées, étudiante, à Gand. «Les logements pour étudiants, là-bas, sont parfois dans des hôtels particuliers transformés. L’interaction y est forte. Notre proposition était, rue Myrha, de créer une convivialité à l’intérieur de l’édifice», indique-t-elle.

Dès lors, les architectes s’évertuent, par l’espace, à provoquer la rencontre. «Nous voulions d’abord réaliser un système de cabanons : trois petits bâtiments s’articulaient entre eux ; en somme, un projet 'à la japonaise'. Nous n’arrivions toutefois pas à la densité prévue», se souvient-elle.

Pour précision, le projet avait fait, fin 2005, l’objet d’une note méthodologique. Le dessin et ses variations ne sont donc venus qu’a posteriori.

Ainsi, le temps long de l’opération et les difficultés de financement ont assagi les ambitions. Néanmoins, les intentions demeurent. L’idéal d’interaction en tête, uapS propose dans le plus important des deux volumes construits des logements traversants avec, pour la plupart d’entre eux, un espace extérieur plein sud.

03(@GeraldineMillo)_S.jpg«Nous souhaitions épargner notre proposition d’un ascenseur. Nous l’avons pensé dans un souci de convivialité et, de fait, les deux derniers niveaux sont organisés en duplex destinés à la colocation», explique l’architecte.

Un escalier donc, en extérieur, avec coursives. Dans le prolongement, de part et d’autre, les terrasses de deux logements situés aux extrémités. Lors de la visite, Anne Mie Depuydt s’émeut des paravents assurant l’intimité des espaces extérieurs privatifs, autant de limites, selon elle, à cette fameuse convivialité.

Pour pallier au manque, les architectes ont proposé, au-delà du programme, un espace de rencontres en rez-de-chaussée du second volume, côté cour. Reste désormais à savoir la manière dont chacun se l’appropriera.

04(@DR)_S.jpgEnfin, le logement, lui-même, est objet de recherches. De 16 à 19m², autant dire l’occasion d’un tour de force. «Comment retrouver l’espace, comment manipuler les lieux ?», s’interroge Anne Mie Depuydt.

«Nous voulions faire d’un studio un deux-pièces : un délire. Je partais d’un projet de maison que j’avais fait en Belgique lequel était constitué de placards. Il n’y avait aucun meuble, aucun mur, seulement des placards», résume-t-elle.

A partir de maquettes au 1/20e et au 1/25e, il s’agissait ici pour uapS «d’étudier les hasards de plan» avec, dans un premier temps, l’intention de séparer la cuisine de la pièce à vivre. La kitchenette, côté sud, est, avec le module de la salle de bains et des toilettes, traitée «comme un méga meuble».

L’idée initiale était toutefois encore différente. L’entité, dans sa longueur, était divisée en trois parties : deux pièces séparées l’une de l’autre par un espace central au sein duquel cuisine et cabinet de toilettes, confinés dans des placards, se faisaient face.

Pour isoler chacune des parties, les portes de placards ouvertes et réunies devaient faire office de cloisons. Se doucher face à l’évier ? Se brosser les dents devant un paquet de pâtes ? Rien de bien choquant pour l’architecte. «Et des rideaux ?», suggère-t-elle.

05(@DR)_B.jpgIn fine, la réalisation demeure plus sage et rationnelle. Une courte séquence d’entrée, une cuisine côté sud avec, pour certaines, terrasse. Un couloir distribuant salle-de-bains et rangements et enfin une pièce à vivre côté rue.

«Nous voulions faire des lits escamotables, des étagères... Je n’avais que 1.500 euros pour fabriquer les meubles. Impossible. Je suis fille d’ébéniste et j’ai passé mon enfance dans un magasin de meubles. Tel quelle, étudiant en architecture, je ne peux pas travailler dans cette pièce, y faire mes maquettes...». Anne Mie Depuydt face aux moulins.

«... Comme cette règle en France de mettre un plafonnier au milieu. Le lit, le bureau sont excentrés. Avez-vous votre table au centre de tout ?».

Aussi, 55 rue Myrha, il y a du combat d’architecte. Il y a aussi, transposée, assagie, une culture autre. Enfin, un désir de troubler les us.

D’aucuns peuvent regretter la carte blanche. Frileuse capitale.

Jean-Philippe Hugron

Fiche technique

Construction de 19 logements étudiants avec locaux d’activités

Localisation : 55 rue Myrha - 75018
Date : 2006 - 2012
Surface : 691 m² SHON
Maîtrise d’ouvrage : Batigère Ile-de-France
Coût : 1,720M euro H.T.
Architectes : uapS - Anne Mie Depuydt & Erik Van Daele
Projet livré en septembre 2012

Réactions

Aspirance | étudiant en architecture | 75000 | 19-05-2013 à 22:22:00

C'est livide et glacial, génération ipod.

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