«Figure pure», le nouvel hôpital de Marne-la-Vallée livré en 2012 est, pour ses concepteurs - Jérôme Brunet et Olivier Contre, associés de l’agence Brunet Saunier - exemplaire. «Le contexte et le programme nous ont conduit à décliner nos principes, notamment celui du monospace», assurent-ils. Retour sur une logique qui, de la fonction à l’évolution, propose une architecture sans cesse adaptable.
Contexte
L’agence Brunet Saunier vient de livrer à Marne-la-Vallée un nouvel hôpital, l’occasion pour l’agence spécialisée de parfaire son concept de «monospace».
Pour ce faire, un parallélépipède de 115 mètres par 200 de faible hauteur que les architectes résument en «un échiquier de pleins et de vides parfaitement équilibrés». L’ensemble comprend 460 lits et 125 lits psychiatriques sur une surface de 72.000m².
Objet d’un concours en 2005, le centre hospitalier de Marne-la-Vallée propose «une organisation continue et homogène aux combinatoires infinies garanties par une trame tridimensionnelle de 7,20x7,20x4,20 mètres que conforte une structure classique poteaux-poutres».
Coût des travaux, 158 millions d’euros HT.
Le Courrier de l’Architecte : Quel programme pour l’hôpital aujourd’hui ?
Jérôme Brunet : Comprendre le programme hospitalier passe tout d'abord par l'appréhension de l'histoire de la typologie hospitalière. Les hospices au XVIe siècle étaient avant tout construits pour les indigents. Avec le développement de la médecine, les premiers hôpitaux, dont les plans étaient souvent en damier, sont apparus sous Henri IV et Louis XVI. Le XIXe siècle a vu l'essor d'une organisation des hôpitaux en peigne puis, avec l'essor des maladies infectieuses, en pavillon.
Ces édifices, dans l’ensemble, relèvent davantage de l'hébergement de patients et n'ont pas véritablement de programme hospitalier. Ce n'est qu'au XXe siècle que les plateaux techniques disputent réellement l'espace à l'hébergement. Les progrès mêmes de la médecine transforment les hôpitaux tandis que la part technique se fait de plus en plus importante.
Quelles conséquences sur l’organisation et la morphologie ?
Jérôme Brunet : Au milieu du XXe siècle, les hôpitaux étaient organisés selon un schéma privilégiant un socle dévolu au plateau technique sur lequel des tours d'hébergement étaient réparties. Si nous poursuivions cette logique, les socles seraient aujourd’hui surdimensionnés et les entités liées à l'hébergement - et nous assistons à leur fragmentation - seraient en nombre moindre.
Dès lors que nous avons abordé le sujet de l'hôpital dans les années 2000, nous pensions que ce mouvement allait s'amplifier. De fait, l'hôpital ne se doit plus seulement de soigner mais aussi de prévenir.
Nous introduisons désormais l'idée de monospace qui amène à confondre hébergement et plateau technique en un tout. Pour ce faire, nous concevons des plateaux homogènes. Pour schématiser, le mouvement passe d'un extrême à l'autre, du tout hébergement au tout technique. Je ne parle pas, bien entendu, des unités psychiatriques, des salles d’accouchements ou des lieux de fin de vie.
Le monospace, du modèle à la tentation de la répétition ?
Olivier Contre : Les hôpitaux constituent un marché à part. Ils relèvent d’une problématique d’échelle nationale. Cela dit, nous ne répétons pas un modèle, nous l'améliorons. Nous utilisons un concept, une ligne et nous les poussons à chaque fois plus loin. Aussi, à Marne-la-Vallée, compte-tenu du site - plan et vaste -, nous avons pu aboutir à une figure absolue.
Jérôme Brunet : Auparavant, il y avait davantage de typification des fonctions. Nous privilégions quant à nous l'idée d'un ensemble. Que faire aussi du contexte et de la psychologie des usagers ? Dès lors, cette question posée, nous pervertissons et nous déclinons notre approche architecturale. De fait, nous n'arrivons jamais au même résultat quand bien même il y a un air de famille.
Quel point de départ pour la conception d’un hôpital ?
Olivier Contre : Comme dans tout projet, le point de départ est l'analyse du site et du programme. Nous déclinons en ce sens notre proposition et nous faisons évoluer par voie de conséquence notre réflexion. Toutefois, les premières étapes de conception sont universelles. L'idée initiale à Marne-la-Vallée était de répondre à l’extensibilité de notre concept.
Jérôme Brunet : Nous avons très vite compris que le programme que nous avions entre les mains avait été fait en deux ans et que l'ensemble ne pourrait être construit que huit ans plus tard. Or, en huit ans, les évolutions de la médecine sont certaines. Nous ne pouvons pas a priori connaître la mesure de ces évolutions. Aussi, nous nous devons de concevoir un bâtiment évolutif afin que des changements puissent intervenir pendant les études voire pendant la phase de chantier et même bien après. Nous avons donc pour idée d'offrir des espaces homogènes et de banaliser au maximum l'ensemble afin que le bâtiment puisse s'adapter à de nouvelles demandes.
Pour note, ces évolutions sont aussi bien liées aux progrès technologiques qu’aux progrès médicaux, aux épidémies, aux 35 heures, etc. Il n'est pas pertinent de penser à l'année 0 ce qui sera livré à l'année 8. En résumé, nous nous évertuons à ne pas donner forme à la fonction puisque nous ne savons pas si celle-ci va perdurer ou disparaître.
De l’évolution : qu’est-ce à dire en matière de structure et d’espace ?
Olivier Contre : Les planchers ont tous un potentiel de restructuration ; le gros oeuvre n’est pas un obstacle ; l’édifice est donc transformable.
Pour changer la fonction d'un plateau, il faut une case vide. Elle est la condition de la mobilité. Nous comptons beaucoup sur des secteurs 'froids', notamment les services administratifs ou le secteur médico-social, lesquels peuvent s'organiser ex nihilo pour permettre des permutations.
Du 'chaud' au 'froid', quelle organisation ?
Olivier Contre : Le froid : la consultation et l'hébergement ; le chaud : les urgences, l'opérationnel et la réanimation. Nous organisons à la verticale les strates publiques, tampon et médicale. Horizontalement, nous positionnons les strates convalescence, intervention et diagnostic. Ces différentes strates permettent avant tout de distinguer les flux.
Pour précision, la strate tampon est celle-là même qui permet la fluctuation. Par ailleurs, un bâtiment monospace tel que nous l’avons conçu à Marne-la-Vallée n'empêche pas la réalisation d’un bâtiment pavillonnaire relié à l’ensemble par un rayonnement de galeries. Ce n'est pas parce qu’une forme est monolithique qu’elle ne peut pas proliférer.
Cette logique croisée est-elle la seule ?
Olivier Contre : Il y a bien entendu d'autres interprétations. Il peut y avoir des juxtapositions ; les trois strates fondamentales se jouxtent. Nous retrouvons souvent cette organisation dans le secteur privé. Elle correspond à une logique immobilière de rentabilité.
Il y a également une stratégie de fractionnement. Pour notre part, nous privilégions une logique croisée en trois dimensions. Cette configuration appelle un fonctionnement en arborescence entre fonction servante (l'imagerie, par exemple) et les fonctions servies (les blocs opératoires).
Jérôme Brunet : Ce ne sont là que des pistes. Nous positionnons en premier lieu un système global puis nous travaillons hiérarchies et priorités. Nous ne nous posons jamais la question de la fonction. Nous raisonnons en termes de proximité et de distance.
Quid des flux ? De leur séparation sinon de leur distinction ?
Olivier Contre : Il y a deux types de circulation correspondant au flux chaud, privé, fermé et au flux froid, public, ouvert, d'où la systématisation de la double circulation.
Le mélange des flux, même avec une bonne signalétique, ne fonctionne jamais. La séparation des flux engendre quant à elle des contrôles permanents. Or, une logique d'urgence régit un hôpital car le temps joue sur l'évolution de la maladie. La distinction des flux passe donc par la maîtrise même de la signalétique.
De plus, si nous souhaitons que les espaces soient homogènes, il est important de donner comme règle la faible variation quant aux dimensions des circulations qui oscillent entre 2m et 2m40. Nous ne spécifions donc pas une largeur pour un flux.
Nous avons ainsi intérêt à ce que toutes les circulations aient la même largeur. Dès lors que nous mettons en place une typologie particulière, nous asservissons les étages supérieurs. Nous nous efforçons à ce que la technique ne soit pas un obstacle à la réaffectation. Nous cherchons, de fait, des épaisseurs égales quelques soient les locaux.
Qu’en est-il de la logistique ?
Jérôme Brunet : La logistique - à savoir le stockage des médicaments, la cuisine, la blanchisserie - se positionne généralement sous le bâtiment. Ces espaces demandent une importante hauteur sous plafond. A Marne-la-Vallée, nous avions un terrain qui nous permettait de mettre la logistique en dehors, dans un bâtiment annexe. Cette stratégie permet plus de souplesse. Elle offre aussi la possibilité de réaliser cette construction en concession ou en PPP. La liaison, pour note, se fait en sous-sol, notamment par transport automatique.
Et les relais logistiques ?
Olivier Contre : Pharmacie, salle de réunion, stockage de chariot, bureaux assurent le relais de la logistique centrale. Les divisions sont programmées. Les regroupements sont faits pour deux voire trois unités. La première question est dès lors à quoi ressemblera notre 'arbre'. Combien d'unités seront desservies par ces locaux communs dont le programme précise le nombre ? Il nous appartient à nous, architectes, de les disposer en bonne intelligence.
Enfin, le geste architectural a-t-il sa place ?
Jérôme Brunet : c'est un programme spécifique. C'est une multitude de pièces faisant entre 6 et 50m² ; c'est une fourmilière, une paramécie vue au microscope. Ce n'est en aucune façon un théâtre. Nous ne faisons qu'une trame de 7m50 par 7m50 pour produire des ensembles et des sous-ensembles.
Il n'y a pas de geste architectural. Toutefois, dès lors que nous faisons une maison, un centre commercial, nous devons partir de l'idée d'une évolution possible pour faire en sorte que le bâtiment perdure. Dessiner l'hôpital néo moderne avec une composition de façade n'est pour nous pas envisageable.
Il s’agit pour nous, malgré tout, de proposer une forme d’esthétique, de gérer le vieillissement et la salissure. Un hôpital dont l’image est ternie peut perdre ses patients. Or, les subventions sont désormais proportionnelles au nombre d’actes. Il est également question par ces attentions de concurrencer le privé.
Propos recueillis par Jean-Philippe Hugron
Fiche technique
Nouvel hôpital de-Marne-la-Vallée
Situation : ZAC du Pré au Chêne – commune de Jossigny (77)
Maître d’ouvrage : Centre Hospitalier de Lagny-Marne-la-Vallée
Programme : 460 lits + 125 lits psychiatriques + logipôle
Maître d’oeuvre : Brunet Saunier Architecture
Chefs de projet : Olivier Contré (concours/études),
Christian Chopin (chantier),
Equipe : Frédéric Alligorides, Cédric Baelde, Charles Bazzaz,
Mauve Esteoule-Sibilli, Jürgen Fallert, François Gallet,
Estelle Grosberg, Julie Rosier, Mounia Saïah, Nicolas Senly,
Isabelle Vasseur
Surface : 72 000 m²
Coût des travaux : 158 M€HT (valeur 2012)
Calendrier : Concours : 2005, Livraison : 2012
Claire Giordano | 09-06-2013 à 21:06:00
Cet hôpital n'est beau que sur les photos. Comme ils le disent :ll s’agit pour nous, malgré tout, de proposer une forme d’esthétique...
En réalité il est kafkaïen, totalement inhumain, avec beaucoup d'erreurs de mise en place. C'est assez honteux que cela soit construit avec l'argent public et ici en plus une structure de soin.
Ce groupe d'architectes ne devraient pas construire d'autres hôpitaux et pourtant ils le font.
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