Dans une chronique parue le 19 septembre 2012 dans le magazine en ligne australien Crikey, Alan Davies s’interroge sur l’attribution de projets 'iconiques' à des starchitectes. Il cite l'exemple du nouvel auditorium de l'Université de Monash à Melbourne. Confié à Moshe Safdie, dont le journaliste salue le talent, ce projet est, dit-il, le résultat d’un «exercice de marketing».
Contexte
Deux jours après avoir critiqué le choix de Moshe Safdie par l’Université de Monash pour la construction d’un auditorium à l’entrée de son campus, Alan Davies poursuivait sa réflexion dans une deuxième chronique ('Is this the best way to appoint an architect ?') après avoir réussi à contacter l’Université à propos du mode d’attribution du projet à la starchitecte.
Ayant appris qu’aucun concours n’avait été organisé et que Moshe Safdie avait été tout simplement invité, Alan Davies soulignait que l’université étant une institution publique, la procédure ne lui paraissait de fait pas des plus appropriées.
Par ailleurs, le chroniqueur s’estime convaincu qu’il n’y a nul besoin de starchitectes pour créer des bâtiments iconiques. «Penser que seuls des starchitectes peuvent créer de l’architecture de qualité est un mythe ; le fait est que seuls les starchitectes en ont l’opportunité», souligne-t-il.
Autrement dit, vive les concours publics permettant aux agences de qualité, sinon de renom, de s’atteler à la tâche.
Une problématique aussi prégnante ici que là-bas.
EB
QUI A BESOIN D’UN STARCHITECTE ?
Alan Davies | Crikey
MELBOURNE - L’université de Monash a annoncé cette semaine qu’elle a commissionné l’architecte de renommée internationale Moshe Safdie pour concevoir, au prix de 80 millions de dollars, sa nouvelle école de Musique Sir Zelman Cowen, à l’entrée du campus universitaire de Clayton.
Moshe Safdie est un architecte aussi talentueux que connu, auteur de l’innovant complexe de logements à Montréal, Habitat 67, il y a environ cinquante ans.
Les bâtiments réalisés par Safdie Architects en 2011 comprennent Marina Bay Sands à Singapour, le Crystal Bridges Museum of American Art à Bentonville et le Khalsa Heritage Center à Punjab. L’agence a déjà dessiné des auditoriums dont celui du Kauffman Center et le Mercaz Shimshon à Jérusalem.
Les bâtiments iconiques font désormais partie de l’arsenal marketing des universités australiennes. En mars dernier, je parlais justement de la nouvelle école signée Frank Gehry en cours de travaux au sein de l’Université de Technologie de Sydney.
Il semble que des universités se tournent vers l’architecture 'glamour' de manière à commercialiser leurs programmes dans un contexte international de plus en plus compétitif. Les façons traditionnelles de distinguer les écoles - la qualité des cours, du personnel et de la recherche - ne suffisent visiblement plus.
L’ambiance sur les espaces des campus, qu’ils soient naturels ou construits, ne suffit pas non plus. Il faut des bâtiments iconiques, attirant le regard et porteurs d’une symbolique. Le nouveau bâtiment conçu par Morphosis pour le Cooper Union à Manhattan en est un excellent exemple.
L’école de musique Sir Zelman Cowen sera construire sur un parking existant à l’entrée de l’Université. Sans doute, d’aucuns argumenteront qu’un tel emplacement appelle une architecture hors du commun.
Reste une question évidente : pourquoi Monash - ou n’importe quelle autre université - a-t-elle besoin d’aller chercher à l’étranger pour trouver l’architecte idéal ? Moshe Safdie va travailler en association avec l’agence locale Fender Katsalidis, qui a conçu la sublime Eureka Tower, mais ce sera son projet et non celui de Fender Katsalidis.
Une façon de voir les choses est d’imputer cela au phénomène de mondialisation. Monash veut, à raison, un bon projet et visiblement cela nécessite de mandater un architecte reconnu, en l’occurrence basé à Boston. Après tout, l’Opéra de Sydney - sans doute l’un des meilleurs bâtiments contemporains du monde - a été conçu par un danois... Par ailleurs, les architectes australiens remportent de nombreux concours à l’étranger, notamment en Asie.
Il y aura inévitablement des coûts supplémentaires liés au renom d’une agence internationale. En partie parce que Safdie Architects est une agence basée à l’étranger ; en partie aussi parce que le nom lui-même engage un supplément et en partie parce que les starchitectes ont les moyens d’«étirer» les budgets. Mais cela sera rentabilisé par le résultat.
Une autre façon de voir les choses est de souligner que la modestie de ce projet ne justifie pas de le confier à un architecte d’envergure internationale. C’est un petit auditorium de 600 places pour un total de 80 millions de dollars. Ce qui est beaucoup moins que les 136 millions de dollars nécessaires pour la rénovation du Hamer Hall de Melbourne par l’agence locale ARM. Et c’est un projet bien plus modeste que le nouveau Recital Centre de Melbourne et ses 1.000 places, également signé ARM.
Il existe des agences australiennes tout à fait capables de concevoir ce type de projet. Je l’ai vérifié auprès d’un maître d’ouvrage universitaire qui m’a immédiatement donné le nom de six agences à Melbourne pouvant travailler sur un tel projet.
Il y a sans doute nombre d’agences locales capables de concevoir ce type de 'repère' iconique et glamour que veut Monash. Créer des bâtiments médiatisés est davantage le résultat d’opportunités que de talent.
A mon avis, la raison pour laquelle Monash a opté pour un starchitecte est parce que ce projet n’est pas appréhendé comme l’objet d’une démarche de conception mais plutôt comme un exercice marketing.
Si Monash estime que cela est nécessaire pour assurer sa compétitivité, pourquoi pas. Mais j’ai des doutes quant à mettre le marketing à la charge de la conception, i.e. la 'starchitecture'.
Cela peut coûter très cher, ne pas fonctionner en termes de marketing et les inévitables compromis fonctionnels perdureront. La bonne architecture et la 'starchitecture' ne se rencontrent pas toujours. La bonne architecture résulte d’un processus d’optimisation, pas d’iconisation.
Quoi qu’il en soit, à l’Université son choix. Tant qu’elle a invité des architectes australiens à soumettre leurs propositions et qu’elle a objectivement évalué chaque candidature, personne ne peut s’en plaindre.
Il est curieux pourtant que je ne parvienne pas à recevoir de la part de Monash une réponse claire quant à la méthode de sélection ayant mené au choix de Safdie Architects. Très curieux.
Alan Davies | Crikey | Australie
19-09-2012
Adapté par : Emmanuelle Borne
hacenearchi99 | etudinat en architecture | algre | 07-05-2013 à 15:35:00
j'ai besoin des donné sur cette ecole de musique
mb5 | 03-01-2013 à 18:26:00
Bonjour,Emmanuelle Borne !
Suite à cet article intitulé "Qui a donc besoin des starchitectes ?", je voudrais citer un ouvrage en rapport avec l'article. L'ouvrage s'intitule:
l'architecture du spectaculaire
Merci.
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