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Pays-Bas | A Amsterdam, l'icône est morte, vive l'icône (05-12-2012)

«Out» ! L'architecture iconique est, pour Anneke Bokern, dépassée. Toutefois, dans les colonnes du site allemand spécialisé BauNetz, la journaliste livre le 3 avril 2012 une critique du dernier édifice, livré à Amsterdam, de l'agence autrichienne Delugan Meissl. Spectaculaire, le EYE Film Institute est passé inaperçu. Figure de proue du quartier de Noord, il est le moteur d'une régénération urbaine.

Bâtiments Publics | Culture | Amsterdam | DMAA - Delugan Meissl Associated Architects

UNE ARCHITECTURE ICONIQUE PAR DELUGAN MEISSL
Anneke Bokern | BauNetz

AMSTERDAM - L’architecture iconique est franchement 'out'. En temps de crise économique, la tendance est à la modestie et à la conscience sociale. A cette prévenance, le travail de starchitectes applaudis ne peut être que l’objet d’une critique plus sévère quant à son coût onéreux, son narcissisme et son manque de contextualité. Qui veut donc encore de la métaphore de l’immeuble tel un OVNI posé sur son site ? Tout comme l’est le nouvel édifice du EYE Film Institute à Amsterdam de Delugan Meissl Associated Architectes.

Le EYE Film Institute est le résultat d'une fusion entre le Musée du Cinéma Néerlandais et de plusieurs fondations de moindre envergure. Jusqu'à récemment, le musée du film occupait un ancien immeuble près du Vondelpark. Il y était, depuis trop longtemps, à l’étroit. Par conséquent, un concours international pour la conception d’un nouveau bâtiment a été lancé en 2005 par Mels Crouwel, le Rijksbouwmeester (le gouvernement, ndlr.) et a été remporté par l’agence autrichienne Delugan Meissl. Le nouveau bâtiment [a été] inauguré le 5 avril 2012.

02(@IwanBaan)_S.jpgL’immense édifice cristallin, blanc, trône sur la rive nord de l’Ij derrière la gare centrale, encadré par l’ancienne tour Shell datant des années 60 - dont il tire subtilement le langage formel - et par un petit ensemble résidentiel flambant neuf. Même si Roman Delugan ne l’entend pas ainsi, l’édifice parait incontestablement telle une sculpture. De tout point de vue, particulièrement le soir quand il devient objet de lumière, le bâtiment offre un spectacle toujours différent. Si vous l'avez vu de l'est, il sera à peine reconnaissable de l'ouest. Cette dynamique de la perception est le fondement du concept, lequel part de la relation entre cinéma et architecture.

Selon les architectes, le bâtiment met l'accent sur la «superposition de deux disciplines créatives qui se positionnent au centre de la réalité et de la fiction, de l'illusion et de l'expérience réelle». Un film se joue sous les yeux de l'observateur qui se déplace, un film dans lequel l'objet architectural et sa silhouette changent constamment.

En outre, le projet devait livrer un contrepoint à la typologie habituelle du cinéma où le spectateur est acheminé selon le même principe : caisse, pop-corn, écran, sortie à l’arrière. Aussi, avec le EYE Film Institute, les architectes se sont confrontés au cinéma et l’entrée et la sortie sont presque plus importantes que la scène et que l’expérience cinématographique.

Le programme comprend une grande salle de 315 sièges en saillie, côté nord et trois plus petites au rez-de-chaussée et au premier étage, totalisant 327 sièges. Au sous-sol, bureaux et laboratoire jouxtent un espace interactif dont les capsules permettent de regarder l'un des films de la collection du musée. Une salle d'exposition de 1.200m² se situe au deuxième étage.

03(@DeluganMeissl)_B.jpgL'accès à l'édifice se fait, entre autres, par ferry depuis la gare. L'entrée est alors au premier étage après une longue rampe légèrement inclinée. Une fois franchie, d'aucuns entrent dans un espace qui n'était initialement pas prévu dans le programme ; c'est aujourd'hui le coeur du bâtiment : un grand hall avec un café, lieu de repos et de distribution. Cet espace spectaculaire où tous les cheminements convergent s'ouvre au sud à travers une importante baie vitrée sur l'eau. 

Les architectes se plaisent à évoquer la figure de l'arène. Et pour cause, sa forme courbe en cuvette, son paysage sculptural d'emmarchements évoquent les théâtres de plein air. Au plafond, des luminaires d'Olafur Eliasson ; le bar est en Corian et le sol en chêne. L'été, une importante terrasse sur l'eau permet d'étendre l'espace à l'extérieur.

Grâce à cette terrasse et à la fonction publique de l'édifice et non de par sa vulgaire iconicité, le EYE Film Institute contribuera de manière significative à l'amélioration du quartier Noord. En effet, situé de l'autre côté de l'Ij, à seulement un jet de pierre du centre ville, il n'est relié par aucun pont. Il n'est accessible que par le ferry et un tunnel routier. 

Auparavant, il y avait des installations portuaires et des logements pour les ouvriers du port qui, au fil du temps, ont été remplacés par une population immigrée. Aujourd'hui encore, Noord est considéré comme le «schäl Sick» (le mauvais côté, ndlr.) d'Amsterdam quand bien même un processus de 'gentrification' est en cours depuis plusieurs années. Curieuse rupture urbaine - et rares sont-elles à Amsterdam - qui, grâce à des prix bas pour se loger à proximité du centre, peut désormais changer progressivement.

04(@IwanBaan)_S.jpgLes environs du EYE Film Institute étaient, il y a quelques années, très différents. Le quartier Overhoeks relie au nord le nouvel édifice aux immeubles d'Alvaro Siza et de Tony Fretton, les deux premiers programmes résidentiels haut de gamme réalisés il y a deux ans à Noord. La tour à proximité du EYE Film Institute qui abritait Shell et l'ensemble des pavillons annexes à sa base sont actuellement vides. Autrefois, à l'arrière de l'Institut, les laboratoires qui formaient un espace indépendant et clos ont été détruits quand, en 2009, l'entreprise s'est implantée plus au nord. Aujourd'hui, un immense terrain vague attend d'être transformé en un prestigieux quartier mixte autour d'un parc ; pour cela, il faudrait que le secteur de la construction ne soit plus paralysé par la crise économique.

Bien que le EYE Film Institute fasse clairement référence à la tour adjacente, reste à voir désormais comment il sera en relation avec le reste du quartier. Aussi accueillante soit sa façade côté fleuve, l'édifice, à l'arrière, est fermé et ressemble à une froide épaule. [...].

La façade est composée de panneaux d'aluminium blanc dont la couleur change en fonction des conditions météorologiques. Les architectes avaient déjà couvert le musée Porsche de Stuttgart du même matériau. A Amsterdam, ce choix répond également à une raison plus fondée. Les joints entre les panneaux suivent des marges de déformations possibles de l'ensemble de la structure ; le bâtiment, en acier, repose sur un socle de béton. De telles déformations sont normales puisque le sol d'Amsterdam est mauvais. De nombreux bâtiments de la ville des canaux construits sur pieux devraient tenir encore longtemps.

05(@IwanBaan)_S.jpgLa forme de l'enveloppe du bâtiment semble, depuis l'extérieur, arbitraire. [...] L'intérieur est donc dépendant de la forme de l'enveloppe et, autour des salles orthogonales, des espaces résiduels, capricieux, servent de zones d'accès et de foyers. Bien que tous ne soient pas réussis, la plupart offre une expérience intéressante contrastant avec les sobres parallélépipèdes des salles. De manière générale, l'augmentation de la fréquentation du quartier est l'une des idées de l'architecte. L'arène du EYE Film Institute peut, à bon droit, être considérée à Amsterdam comme un spectaculaire espace public. 

En ce sens, ce nouvel édifice peut être vu comme une icône sculpturale sur les rives de l'Ij qui, aussitôt ouverte, deviendra un espace de communication avec vue sur la ville.

Anneke Bokern | BauNetz | Allemagne
03-04-2012
Adapté par : Jean-Philippe Hugron

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