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Entretien | Prix de la Rédaction + Prix des Lecteurs : 'ébrécher pour révéler' un monument de béton (06-12-2012)

D’une pierre deux coups ! Avec leur PFE, proposant de démolir deux alvéoles de la base sous-marine de Bordeaux pour dévoiler ses différentes strates, Céline Chambost et Anaïs Michel (ENSA Versailles) ont remporté non seulement le Prix des Lecteurs mais également le Prix de la Rédaction de cette deuxième édition des Prix Etudiants du Courrier de l’Architecte. Entretien avec Céline Chambost, jeune architecte déterminée.

Prix Etudiants LCDLA | France

Contexte
«Un beau rendu» et, surtout, «un parti pris intéressant». S’étant réuni le 15 novembre 2012 à l’occasion de la deuxième édition des Prix Etudiants du Courrier de l’Architecte, le jury* a désigné le projet 'Base sous-marine de Bordeaux: ébrécher pour révéler' lauréat du Prix de la Rédaction.
Soutenu en février 2012 à l’ENSA Versailles par Céline Chambost et Anaïs Michel, ce PFE consiste à démolir deux alvéoles de la base sous-marine de Bordeaux afin de les aménager en musée et en jardin pour les offrir au public. Rendant visibles les différentes strates du monument de béton, l’action de démolition permet, selon les jeunes architectes, «d'appréhender les différentes qualités spatiales et architecturales des trois strates qui composent le site et également de provoquer de nouvelles émotions architecturales».
Le jury des Prix Etudiants du Courrier de l’Architecte a désigné ce projet lauréat «à la majorité mais pas à l’unanimité». En effet, ce PFE pose, selon les membres du jury, «une problématique intéressante», en l’occurrence le devenir d’un patrimoine, mais dont la réponse «nous laisse sur notre faim», selon Alain Sarfati.
De manière générale, le jury a estimé que l’ensemble des projets en lice «ne décollent pas de leurs sujets». Autrement dit, si les «postures des étudiants sont intéressantes», leurs réponses ont en revanche été jugées «insatisfaisantes». En ce qui concerne le projet de Céline Chambost et Anaïs Michel, le jury regrette «l’absence d’intervention sur le contexte urbain de la base sous-marine», selon Benjamin Colboc.
'Base sous-marine de Bordeaux : ébrécher pour révéler' a su néanmoins tirer son épingle du jeu car, d’une part, les membres du jury ont conscience qu’à l’opposé du DPLG où le temps du diplôme était extensible, les PFE sont désormais conduits en un temps record, entre six et huit mois selon les écoles. Ce qui ne laisse guère le temps d’approfondir une problématique, ainsi que l’a souligné Suzel Brout. A ce titre, Ilhem Belhatem a proposé «de départager les projets au regard de l’intérêt de leurs problématiques». Enfin, «un diplôme est aussi l’occasion de montrer sa capacité à représenter», a rappelé Benjamin Colboc. A ce titre, le PFE de Céline Chambost et Anaïs Michel est «impeccable».
A l’opposé d’un jury plutôt sévère, les lecteurs du Courrier de l’Architecte ont plébiscité ce projet. En effet, en 2012, le Prix de la Rédaction et celui des lecteurs coïncident, 'Base sous-marine de Bordeaux: ébrécher pour révéler' remportant les deux récompenses.
Ayant fait l’objet, de la part des internautes, de près d’une quarantaine de réactions, pour l’essentiel des louanges, le projet de Céline Chambost et Anaïs Michel a soulevé une question sommaire néanmoins cruciale : 'et le budget ?' A ce sujet, ainsi qu’à l’égard des réserves émises par le jury, Céline Chambost** offre des réponses bien argumentées.
EB

02()_S.jpgLe Courrier de l’Architecte : Ayant passé votre diplôme à l’ENSA Versailles, pourquoi avez-vous choisi de travailler sur la base sous-marine de Bordeaux ? Et pourquoi ce parti pris d’en 'percer' les épaisseurs de béton ?

Céline Chambost : Au départ, nous avions chacune nos idées. Anaïs ayant comme projet de s’installer à Bordeaux, un jour, nous y sommes allées en vacances ; nous y avons visité plusieurs sites pour finir par la base sous-marine : un coup de coeur !

Quand, en octobre, les enseignants de l’ENSA Versailles ont présenté les thèmes de leurs ateliers de projets, ce site répondait parfaitement à celui de François Chochon et Matthieu Gelin, lequel interpellait des sites 'hors normes' et 'sauvages'.

Quant à notre parti pris, nous avons mis du temps à le formuler. Ayant à coeur de créer un projet rentable, nous avions choisi, au départ, de construire dans les alvéoles ainsi que sur le toit de la base sous-marine. In fine, nous nous sommes rendu compte que l’urbanisme issu d’une telle intervention était non seulement inapproprié car il cachait la base mais que, par ailleurs, le quartier sera à terme doté de 5.500 logements dans le cadre du projet de planification du quartier des Bassins à Flot. Il n’était donc pas pertinent de construire davantage de logements.

A Noël, nous n’avions toujours pas de problématique claire. Nous avons donc décidé de confectionner une maquette au 50e d’une portion de la base sous-marine ainsi qu’un dessin 'concept' représentant ce qui nous interpelle. Or, ce que nous aimons sont les trois ambiances de chacune des strates de la base. C’est-à-dire les espaces des alvéoles, ensuite la zone vide comprise entre des chevrons et le complexe anti-bombe, qui accueille une végétation incroyable et que nous avons pu visiter grâce au directeur artistique de la base sous-marine et, enfin, la troisième couche composée par le toit. Une fois que nous avions représenté ces trois couches, la problématique est apparue, consistant à faire communiquer ces trois ambiances et les rendre accessibles au public.

03()_S.jpgSelon le jury, vous n’avez pas suffisamment traité le lien de la base avec la ville, optant pour un projet introverti. De manière générale, le jury a noté que, si votre idée est pertinente, elle n’est pas suffisamment aboutie. Qu’en pensez-vous ?

Il n’y a pas encore réellement de tissu urbain autour de la base sous-marine de Bordeaux, lequel se constitue progressivement dans le cadre du projet de Nicolas Michelin (en charge de l’aménagement de la zone des Bassins à Flot, ndlr). A ce titre, nous n’avons pas jugé nécessaire de redessiner le quartier conçu par Nicolas Michelin. Et puis, la base sous-marine est déjà un gros morceau. Ce qui ne veut pas dire que nous avons omis le contexte urbain puisque nous avons dessiné toutes les traversées au regard des rues environnantes.

C’est vrai que nous aurions pu travailler davantage ce lien avec la ville mais il ne faut pas oublier qu’un PFE est un projet fictif ; nous sommes seules et nous n’avons pas de clients nous poussant dans nos retranchements, nous offrant des pistes de développement.

Enfin, six mois tout compris, c’est un véritable marathon. Nous avons eu notre idée définitive le 18 décembre avec la maquette et le dessin 'concept' et nous avons soutenu le PFE en février ! Si c’était à refaire, nous ne dirions pas non à un mois supplémentaire pour travailler le lien avec la ville ; sinon, nous en gardons un excellent souvenir, notamment de la charrette où nous étions particulièrement bien entourées. Heureusement, car nous avons été très ambitieuses en maquette.

Lors du PFE, nous avons présenté trois coupes de plus d’1,50 mètres de long, des plans composés de 2 A0, deux perspectives A0, des schémas de fonctionnement du projet en fonction de l’heure de la journée, des cartes urbaines et cinq maquettes : une au 5000e, une autre au 1.000e représentant le bassin et la base, deux maquettes au 100e du parc et du musée et une maquette au 50e, celle que nous avions confectionné à Noël. Nous avions aussi conçu un dépliant avec un programme fictif.

04()_B.jpgDans le cadre de votre parti pris, vous avez choisi de conserver les débris issus de l’opération de destruction des deux alvéoles. Pourquoi ?

Nous avions pris contact avec un étudiant de l’ENSA Versailles, Arthur Leitner qui avait soutenu son diplôme deux ans auparavant avec un projet similaire. Un excellent PFE, où chaque alvéole de la base sous-marine de Bordeaux était investie par un programme différent ! Or, Arthur avait chiffré l’opération et il nous a précisé que l’évacuation des gravats représentait environ 50% du coût de l’opération de démolition.

Par ailleurs, nous nous sommes renseignées quant aux techniques de démolition en discutant avec un ingénieur travaillant chez Bouygues, selon lequel notre projet est tout à fait réalisable. Nous voulions notamment qu’une fois arrachées les épaisseurs de béton, les tranches restantes soient lisses. Or, il existe une technique, celle du sciage de câble, permettant d’obtenir cette finition. Quant aux gravats, nous ne voulions pas de gros blocs ; or, la technique de dynamite escargot permet d’obtenir des morceaux éclatés plutôt que des cubes.

Le jury s’est également interrogé quant au choix d’un pont en arche...

Dans la première alvéole, nous avons choisi de créer un musée faisant écho au musée existant de la base sous-marine en accueillant des fonctions que ce dernier n’abrite pas faute de place, tel un restaurant. Dans la deuxième alvéole, nous avons imaginé un jardin expérimental permettant d’observer la végétation qui s’implantera dans cette niche écologique, ce milieu totalement artificiel et alcalin de béton détruit. Le fait de récupérer les gravats issus de l’opération de démolition ne répond pas seulement à une préoccupation économique : la base étant composée de bras d’eau, ces gravats nous ont permis de créer les sols du musée et du jardin.

Sur le toit, nous avons installé une passerelle en arche et non droite pour une raison précise : la surface du toit est constituée de poutres anti-bombes, elle est donc arrondie et non praticable. Si nous avions créé un franchissement rectiligne, les visiteurs ne pourraient ni voir ce paysage quasi-lunaire ni apercevoir la ville. La forme arquée de la passerelle rend possible l’ascension des 3,50 mètres qui séparent l’entre-toit de la vue panoramique sur la ville et elle permet d’offrir cette vue sur Bordeaux sans sacrifier l’entre-toit.

05().jpgAvez-vous cherché à donner suite à ce diplôme ?

Pour nous, le diplôme ne signait pas la fin du projet. Galvanisées par les encouragements du jury du PFE, nous sommes allées rencontrer les collaborateurs de Nicolas Michelin travaillant sur les Bassins à Flot avec une question précise : restait-il un budget pour un tel projet ? La réponse est non. Même si, depuis, nous sommes passées à autre chose, Anaïs voyageant en Australie tandis que je prépare mon HMONP au sein de l’agence Reichen et Robert & Associés, nous avons souhaité publier le diplôme sur Le Courrier de l’Architecte pour en garder une trace.

D’ailleurs, nous ne nous attendions pas du tout à recevoir ces prix. Le seul regret que nous ayons à cet égard est de ne pas avoir pu publier l’ensemble de notre mémoire en ligne. En effet, le résumé en ligne ne suffit pas à monter tous les aspects que nous avons abordés.

Propos recueillis par Emmanuelle Borne

* Le jury était composé de : Alain Sarfati, architecte, agence SAREA / Suzel Brout, architecte, agence AASB / Ilhem Belhatem, architecte, associée de l’agence Atelier D / Benjamin Colboc, architecte, associé de l’agence Colboc Franzen & associés / Robin Fisher, paysagiste de formation et aujourd’hui représentant de l'American Hardwood Export Council pour le Benelux, au titre de personnalités extérieures et de Jean-Philippe Hugron et Emmanuelle Borne, journalistes, Le Courrier de l’Architecte
** Lors de cet entretien, qui s’est déroulé le 27 novembre 2012, Anaïs Michel était en Australie.

Lire aussi | Prix 2012 : Ebrécher pour révéler, mesurer pour 'dénormer'

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