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Projet | La norme laisse-t-elle 'Inter-dit' ? Une réponse sérieuse par l'absurde (06-12-2012)

Le 'Neufert', «couteau suisse de l’architecte» voire «archétype de la normalisation», est bousculé par ce diplôme qui s’insurge contre une époque où «tout doit être rationalisé, classé, standardisé pour des raisons de compréhension, de prix, de mise en série, de fausse transversalité». Le diplôme de Thomas Carpentier, lauréat de la Mention Spéciale 'PowerCADD' des Prix Etudiants du Courrier de l’Architecte.

Prix Etudiants LCDLA | Logement individuel | France

L’architecture n’échappe pas à cette règle : espaces, programmes, usages, dimensions, individus, valeurs et pensées doivent rejoindre les standards plutôt que les 'possibles'.

Dans un souci d’uniformisation, l’homme devient un matricule à la base de ce grand système. Est-on finalement gagnant si l’ergonomie et la linéarité de nos espaces engendrent le mimétisme? Où est l’affirmation du soi en tant qu’être différent donc unique ?

Chaque génération se considère comme la 'version finale' de l’Homo Modernus. Nous ne sommes pourtant qu’à la moitié de notre évolution et n’avons aucune idée de nos mutations à venir. Toute normalisation se révèle alors futile, réduite au temps de sa formulation.

Le succès du manuel d’Ernst Neufert connu comme étant la bible ou le couteau suisse de la conception architecturale auprès des étudiants, traduit bien cet acquiescement inconscient devant la doctrine de nos pères. Bien que sans cesse amélioré, le Neufert, originaire du Bauhaus, porte en lui le désir d’universalité voulu par le mouvement moderne. Ne serait-il pas temps de le remettre en cause ?

Bien que l’architecture fut de tout temps et partout vécue par l’intermédiaire d’un même médium, le corps, ce dernier ne peut à lui seul traduire les différentes expériences d’architecture dues à des variations culturelles, personnelles, physiologiques, morphologiques...

Le corps lui-même n’est pas standard. Il est tantôt grand, petit, gros, rabougri, tassé, déformé, atrophié, scalpé... Autant de variétés de ressentis engendrés dont la norme ne peut et ne veut rendre compte.

L’ouvrage qui suit tente de combler ce vide. La nature même de cet ouvrage est mon projet de diplôme : il se veut être un complément au manuel d’Ernst Neufert mais vu sous l’angle du non-standard.

02(@T.Carpentier)_B.jpgQuelques extraits :

Singularité

Comme le jeu du même nom, considérons 7 familles, chacune traitant d’un type de distinction morphologique ou physiologique. Chacun des personnages provient de la culture transversale populaire, fictive ou historique.

Finalement, cette collection de 'monstres' représente à elle seule mieux la diversité de l’humanité, avec ses singularités et ses défauts que tout modèle théorique...

Dimensions du corps

Régulièrement, les hommes ont cherché à rationaliser les dimensions du corps humain afin d’y adapter au mieux leur environnement construit. Ils élaborent un certain nombre de standards dimensionnels et universels du corps idéalisé pour développer une pensée ergonomique autour de lui. Mais l’utilisateur n’est plus standard, il faut alors reconsidérer ces mesures étalons...

03(@T.Carpentier).jpgChambre

David Toole, un danseur né cul-de-jatte, est marié. Sa femme et lui ne vivent pas à la même hauteur : il est au sol, elle est 1m plus haut. Pour faire disparaître cette barrière, le niveau de circulation de David se trouvera sur le dessus des meubles tandis que le mobilier permettra leur rapprochement.

Salle de bains

Pour limiter l’impact du handicap de David, tous les sanitaires et éléments de mobilier sont ramenés au niveau du sol. Le résultat est un paysage architectural avec des reliefs positifs et négatifs ayant comme référence 0 le sol.

Ici se pose la question du handicap, non pas vu sous l’angle politiquement correct des valides mais à travers la notion de nécessité de l’adaptation.

La salle de bains devra aussi être munie d’un bidet haut pour que Hermaphrodite puisse nettoyer son intimité sans pour autant devoir renoncer à une posture masculine.

Lumière

La maison du Génie est avant tout une maison comme une autre, avec ses contraintes. Il n’y a aucune ouverture pour laisser entrer la lumière autre que celle pour la flamme. Il faut alors disposer des miroirs et sculpter les espaces de sorte que l’ensemble de la maison puisse recevoir de la lumière naturelle.

Cela questionne la notion d’espace virtuel : un sujet potache, avec une attitude sérieuse, un espace architectural virtuel dans un objet mobilier réel.

04(@T.Carpentier)_B.jpgMaison

J’ai décidé de réunir ces expérimentations dans un seul projet, un stéréotype de magazine : une jolie maison dont tout le monde rêve... Mais cette architecture apporte-t-elle quelque chose à la discipline ? Elle ne questionne ni le rôle de la profession ni la place de l’architecte dans la société.

Une histoire va se dérouler dans cette maison. Ici, va vivre une famille recomposée, faite de gens bizarres. Ils vivent sous le même toit, avec leurs différences, leurs propres espaces et comme toute famille 'normale', leur organisation sociale.

Comment modifier ce projet pour en adopter ses espaces à eux et leurs histoires ?

Thomas Carpentier

Découvrir la publication originale de ce projet ainsi que son album-photos et les commentaires des internautes : 'Inter-dit ; l’homme, mesures de toutes choses'  

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