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Présentation | Gue(ho)st House : à l'échelle 1:1, Berdaguer & Péjus incarnent l'invisible (12-12-2012)

Apparue dans la vie des habitants de Delme (57) en septembre 2012, une étrange maison aux formes fantomatiques n’est pas, contre toute attente, l’oeuvre d’un architecte original mais celle des artistes Christophe Berdaguer et Marie Péjus. Ces derniers préfèrent d’ailleurs parler de sculpture à l’échelle 1:1 à propos de ce pavillon d’accueil du Centre d’art contemporain du village. Une oeuvre illustrant leur réflexion sur l’interaction entre espace mental et espace construit. 

Réhabilitation | Bâtiments Publics | Moselle | Berdaguer & Péjus

André Bloc ressuscité ? Gaudi revisité ? Tim Burton maître d’oeuvre ? Les références détournées affluent à l’esprit à la vue des images d’un étrange pavillon blanc dont les façades semblent se liquéfier et progressivement coloniser le sol.

Qu’est-ce donc ? Et bien, ni plus ni moins que le résultat d’une commande publique, issue de la direction du Centre d’art contemporain 'La Synagogue' de Delme, auprès du duo Berdaguer & Péjus.

«Il s’agissait d’imaginer le réaménagement du pourtour du centre d’art de la ville, dont le périmètre comprenait une vieille bâtisse», précise Christophe Berdaguer au Courrier de l’Architecte.

En visitant le lieu, les artistes découvrent que l’ancienne synagogue abritant le Centre d’art est une réplique de celle de Berlin. «Un premier fantôme». Dans le jardin, une maison sans qualités, dont les murs furent un temps ceux d’une prison, a également servi de funérarium. De spectre en spectre. Bref, l’histoire du lieu fut déterminante.

«Nous étions également attachés à l’idée de porosité», poursuit Christophe Berdaguer. Prison puis antichambre des morts, le bâtiment qui sert désormais d’accueil au public et de résidence temporaire n’avait pas moins l’apparence d’une maison. «Il fallait que l’espace privé devienne collectif».

«L’idée de voile, d’une épaisseur recouvrant et pénétrant la maison est venue progressivement ; il illustre l’ambiguïté entre dedans et dehors autant qu’une apparition fantomatique». D’autres y voient une façade qui dégouline ou, inversement, un sol immaculé implosant jusqu’à produire «cet ectoplasme».

«Révéler ce qui ne se voit pas» est un enjeu pour ces artistes, auteurs d’une série appelée 'Psychoarchitecture' (2006-2010), composée de maquettes de maisons confectionnées à partir de dessins issus de test psychologiques. Oust le Modulor !

02(@Berdaguer&Pejus-ADAGP).jpgSi Christophe Berdaguer concède que cette oeuvre-là «ne répond pas à la temporalité de la sculpture», d’insister : «nous sommes dans le processus artistique et non architectural». A l’instar d’autres pièces, Gue(ho)st House est un objet pensé «dans la solitude de l’atelier» où, à leur habitude, Berdaguer & Péjus travaillent en 3D et en maquettes.

«Gue(ho)st House est un bas-relief ; c’est l’histoire de la sculpture qui s’autonomise de l’architecture», s’amuse Christophe Berdaguer.

Une oeuvre d’art donc, dont les contraintes évoquent néanmoins celles d’une oeuvre architecturale. En passant à l’échelle 1:1, dans le cadre d’une commande publique, Berdaguer & Péjus ont bien dû se coltiner le réel.

C’est-à-dire, outre la technicité de la mise en oeuvre, les réactions des habitants de Delme, au départ réfractaires à cette apparition envahissant leurs terres. Béni est alors «le soutien total» des acteurs du projet, dont celui du maire.

Pour donner chair au spectre, Berdaguer & Péjus ont bénéficié de l’aide de CHD Art production (Christian et Bénédicte Hubert-Delisle), chargé du suivi de fabrication de ce bâtiment recouvert de blocs de polystyrène haute densité.

Pré sculptés en atelier via une technique de découpe numérique, les épaisseurs ont ensuite fait l’objet de raccords sur site. Enfin, une résine projetée à chaud a recouvert l’ensemble, avant une dernière couche de peinture «dont l’entretien est le même que celui d’un bâtiment classique».

03(@Olivier-HenriDancy-ADAGP).jpgAyant fait l’objet d’une réhabilitation indépendante du travail plastique, les espaces intérieurs furent tout de même supervisés par Christophe Berdaguer et Marie Péjus afin d’assurer «la continuité avec l’enveloppe». Au couple polystyrène-résine font donc écho des surfaces intérieures en plâtre.

Pérenne, le fantôme. Dans les années 2000, Berdaguer & Péjus soulignaient pourtant que «l’architecture qui nous intéresse est celle qui ne s’est jamais construite».

La relation entretenue avec l’architecture, la ville, l’espace construit en général est une constante du travail de ces artistes depuis leur collaboration, en 1996, avec Rudy Ricciotti, sur des maisons qui s’autodétruisent, architectures de papier «s’auto-avortant», leur ayant donné le goût «de l’architecture transgressive».

«L’architecture est un art saturé de visibilité», disaient alors ces artistes engagés.

La Gue(ho)st House, leur premier projet à échelle architecturale, signe-t-elle le passage de l’escamotage à l’hyper visibilité ? Christophe Berdaguer s’amuse de l’oxymore. «Entre les maisons qui meurent et celle-ci, il y a plutôt un cycle», souligne-t-il. Le passage à l’échelle architecturale implique, de fait, l’incarnation, mais la dialectique qui sous-tend l’oeuvre reste la même.

04(@Olivier-HenriDancy-ADAGP)_B.jpg«Nous voulons rendre visible l’imperceptible pour lui offrir une autre forme d’opacité».

Dans le jardin de La Synagogue de Delme, Berdaguer & Péjus ont moulé un fantôme pour lutter contre le diktat de la transparence.

Emmanuelle Borne

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