Au four et au moulin. Les femmes n’arrêtent pas de courir, entre leurs enfants et leur boulot. Elles ne sont que 48% à «prendre leur temps», alors que les hommes sont 62%. Au bistrot, probablement, à dilapider l’argent du ménage ! 37% d’entre eux se disent pressés, contre 51% des femmes. Une inégalité de plus, que Dédé connaissait et qui est confirmée par une enquête récente sur le 'vivre ensemble'*.
Nous ne prenons plus le temps de vivre. La vitesse a envahi nos vies. Même à la campagne, l’enquête nous apprend que l’on est aussi pressé qu’à Paris. Aucun milieu n’est préservé, aucune activité. Prenez la marine à voile. Voilà le royaume du calme, de la glisse, du plaisir hors du temps, croyez-vous. Et bien Dédé est désespéré ! Là encore, il n’est question que de vitesse. Ne serait-il rien d’autre, pour faire la promotion de la voile, que de faire des courses ? Si ce n’est qu’une façade, passe encore, mais il est permis de craindre que ces courses - et l’argent qui y est investi - n’orientent les «progrès» vers la vitesse, alors que ce n’est pas la performance que l’on attend de la voile.
Pour Dédé, le bateau à voile est un loisir de convivialité, de calme loin des bruits des moteurs, un monde où l’on prend le temps de sentir la nature, qu’elle soit douce ou en colère. Ou alors, c’est une énergie gratuite et non polluante, abondante et pas cher, qui peut rendre de grands services pour la pêche et le transport de marchandises. Mais non, c’est la vitesse qui est mise en avant ! L’exploit que Dédé attend est ailleurs, dans les économies, la sécurité, l’écologie marine. Mais nul ne parvient à créer de l’émotion avec ces performances-là, alors c’est la vitesse ! N’y a-t-il vraiment pas d’autres bonnes idées pour faire la promo de la marine à voile ?
Dédé note que l’aventure de Concorde est née il y a tout juste cinquante ans, en novembre 1962. Toujours la vitesse... Il faut gagner du temps, le temps c’est de l’argent ! Et il y a encore des nostalgiques... Un avion dont le succès aurait stérilisé des dizaines de milliers d’hectares au Nord-est de Paris (et de bien d’autres villes), encore un prix exorbitant pour permettre à quelques 'happy few' de gagner quelques heures. Il n’y a pas que le bruit, il y aussi la consommation d’énergie et l’encombrement de l’espace aérien. Un petit appareil comme était le Concorde doit multiplier les mouvements pour rivaliser avec les gros porteurs.
Les voitures aussi sacrifient sur l’autel de la vitesse. Dédé cherche une voiture pour se déplacer en ville, pas plus de 50km/h. Toutes celles qu’il a vues dans les catalogues des constructeurs vont beaucoup plus vite, des vitesses qu’elles n’atteindront jamais dans la vie réelle, même en sortant de la ville. Ce calibrage à partir de la vitesse entraîne un renforcement de nombreux organes, de traction ou de sécurité, qui se répercute sur le poids de la voiture et par suite sur sa consommation. Le mythe de la vitesse nous coûte cher, à Dédé et à la planète !
Il y a aussi un côté tonneau des Danaïdes, puisque, à chaque fois qu’est améliorée la vitesse de déplacement, les échelles de distances à parcourir sont élargies. Un Français sur cinq passe plus d’une heure et demie chaque jour pour aller au travail et en revenir. Il est vrai qu’offrir plus de possibilités de contacts est une bonne chose, pour l’économie, la créativité, la culture, les loisirs, mais, à l’heure d’Internet, faut-il encore miser sur la vitesse pour réduire les distances ?
Il y a des réfractaires. Le mouvement des villes lentes, 'cittaslow', tente de remettre de l’ordre dans cette frénésie, mais il reste bien modeste. C’est que chacun voudrait plus de temps, pour soi, pour sa famille, pour son travail. L’enquête précitée nous dit que «les Français pensent qu’on passe moins de temps aujourd’hui qu’il y a 20 ans à créer du lien avec son entourage, moins de temps avec sa famille (65%), à aller à la rencontre des gens (77%)».
Pourtant, le temps, nous en avons à revendre ! Dédé vivra une dizaine d’années de plus que ses parents, ça lui en fait du temps en plus ! Un temps dont souvent nous ne savons pas quoi faire. Une vie en plus**, a-t-on pu écrire. L’enjeu du bon usage de ce temps gagné par les progrès au titre de la santé et de notre efficacité au travail reste mal défini.
Le temps n’est pas linéaire, il n’est pas égal à lui-même selon les époques de la vie, les évènements, l’âge... L’aménagement du temps tout au long de la vie reste un domaine peu exploré. Les phases d’apprentissage, de production, de loisirs, de vie personnelle, pourraient aujourd’hui être revues en fonction des possibilités que les techniques nouvelles nous offrent.
Dédé voudrait bien exercer ses talents dans cet univers, avec l’objectif d’aider chacun d’entre nous à mieux remplir sa vie, la rendre plus intense, plus créative, plus riche en émotions, plus ouverte sur le monde.
La vitesse a profondément perturbé notre organisation du territoire et notre perception du temps. Dédé va partir à la recherche du temps perdu.
Dominique Bidou
* 'Vivre ensemble - Entre temps court et temps long' : enquête réalisée par IPSOS pour le Conseil économique, social et environnemental et KPMG, novembre 2012
** Une vie en plus, Joël de Rosnay, Jean-Louis Servan-Schreiber, François de Closets, Dominique Simonnet, Editions du Seuil, 2005
Habituée des logements collectifs, l’agence Beckmann-N’Thépé (Françoise N’Thépé, Aldric Beckmann) a livré, en juin 2010, une maison en Normandie. Sobre cube de bois lazuré...[Lire la suite]
_B.jpg)
Implantée sur une falaise surplombant la baie de Sagami, 'la maison au teint de vent' (wind-dyed house) fut livrée en juillet 2011 par l’architecte Kazuhiko Kishimoto (agence acaa) dans la préfecture de Kanagawa, au sud de...[Lire la suite]
_B.jpg)
L'intégration d'une maison dans un site arboré ne s'improvise pas. D'autant que, bien maîtrisée, cette intégration devient un élément d'innovation architecturale et d'économie pour le budget......[Lire la suite]
_B.jpg)
Tolila + Gilliland Atelier d’Architecture a reçu le Prix de la Première Oeuvre 2012 pour un atelier d’artiste réalisé à Campbon, dans les environs de Saint-Nazaire. Livré la même...[Lire la suite]
_B.jpg)
Un client indécis, des attentes qui évoluent à mesure du projet... Une construction nouvelle ? Non, une extension avec deux chambres. Non, trois. En fait, quatre, plus une chambre d’amis. Et puis, pourquoi ne pas...[Lire la suite]
_B.jpg)
«Je reprends avec bonheur ma chambre argentique. Et mon voile noir. Indispensable pour y voir clair. Large morceau de tissu, noué vrillé autour de ma taille. J'aime faire ce geste : le dénouer, le défroisser dans mon...[Lire la suite]
_B.jpg)