L’agence parisienne Hamonic+Masson promet en 2015 la livraison de l’extension du Palais de Justice de Douai (59). En guise de parti architectural, la cohabitation de deux mondes : «celui du dessus et celui du dessous. Deux univers et deux matérialités, le minéral et le métallique, le lisse et le plissé, le mat et le brillant. Cette dualité met en tension les vides, les creux».
L'architecture doit signifier. Elle doit parler, raconter, interroger.
Entre ville et rivière, la parcelle se dessine. Le Palais de Justice de Douai, peu lisible, est en quête d’une identité. Les enjeux sont de redonner sens et cohérence à cet équipement.
L’emplacement stratégique de la nouvelle parcelle permet de développer un projet phare, porteur d’une identité forte. Un repère urbain symbole des enjeux d’un édifice public. Le fait de travailler à partir d’un existant conditionne et questionne les différentes problématiques du programme. Dans un premier temps, il nous faut objectivement analyser et déterminer son réel potentiel architectural. Le terrain qui nous est octroyé dispose de vraies qualités. Sa topographie et sa situation géographique induisent les grandes orientations du projet.
Lorsqu’un site procure une certaine émotion, se pose encore plus la question de la pertinence de l’intervention. Faire de l’architecture c’est améliorer, enrichir une situation de départ. Respecter ce n’est pas disparaître, c’est révéler, retranscrire et magnifier l’émotion première. La vérité de ce projet est dans la contemplation et la restitution de son environnement. Il trouve sa force, sa richesse par l’intermédiaire de ce qu’il donne à voir.
Les enjeux du projet sont ainsi clairement exprimés :
La déclivité permet un travail sur la notion de sol. Depuis la rue de la Cloris, le bâtiment offre une large percée visuelle horizontale qui relie la rue, le hall, la salle des pas perdus, la Scarpe. Orientée plein sud, la salle des pas perdus devient belvédère et offre une vue magnifique sur la Scarpe.
Ce projet n’est pas simplement posé sur le sol : il fait corps avec la région elle-même et se révèle à nous en descendant vers la Scarpe, jusqu’à toucher l’eau. L’idée centrale est d’accentuer cette sensation de découverte progressive et d’ancrage terrestre de ce palais de justice minéral.
La coupe ainsi mise en place raconte cette idée fédératrice du projet.
Véritable césure horizontale, le nouveau bâtiment se soulève et relie visuellement les éléments du programme avec l’environnement alentour et sculpte le vide pour dynamiser l’espace public.
Le socle minéral, véritable ancrage urbain au sol de la ville, vient englober les bâtis et installe une cohérence entre l’extension et l’existant.
L’idée du projet est donc d’identifier un socle 'actif', englobant le bâti existant, qui permet d’accompagner le piéton et de définir ainsi une échelle humaine.
La salle des pas perdus est visuellement un prolongement direct de l’espace public.
De cette épaisseur en pierre clair, émerge l’étage des deux nouvelles salles d’audience, entièrement habillé d’un 'drapé' métallique constitué de tôles pliées perforées en inox. Entre les deux, l’air, le vide et la transparence sur la Scarpe et le Palais Pollinchove.
Le volume des salles d’audience est le lieu privilégié de la dramaturgie judiciaire. Nous avons voulu les baigner de lumière, réussissant à les ceindre de vitrage sur tout leur périmètre haut. Placées afin de préserver la confidentialité, les verrières permettent cependant de rendre présente la réalité extérieure afin d’interdire la simulation théâtrale ou l’angoisse liée aux salles sombres où le justiciable pourrait se sentir condamné avant d’être jugé.
Le sol, métaphore d’un paysage naturel creusé par l’eau, nous révèle ainsi une richesse cachée dans sa base. Deux mondes cohabitent : celui du dessus et celui du dessous. Deux univers et deux matérialités, le minéral et le métallique, le lisse et le plissé, le mat et le brillant. Cette dualité met en tension les vides, les creux et offre une grande qualité spatiale. La mise en scène de la rivière veut rendre à ce Palais son caractère d’exception en replaçant en son coeur son patrimoine naturel que représente la Scarpe.
Notre projet s’est finalement construit en écho au paysage environnant. Il est le révélateur, le carrefour des différents éléments constitutifs du site. Cette mise en scène d’une approche rationnelle et très précise des usages dans toutes les dimensions du projet engendrent un bâtiment né de l’hybridation de tous les paramètres urbains et programmatiques. Un point de contact et d’échanges... Un véritable bâtiment public.
Hamonic+Masson
Fiche technique
Extension du Palais de Justice de Douai (59)
Maître d’ouvrage : APIJ
Maîtrise d’oeuvre : Hamonic+Masson (Gaëlle Hamonic, Jean-Christophe Masson, Benjamin Exbrayat, Marie-Agnès de Bailliencourt) / BET TCE et économiste : Betom / BET HQE : Cap Terre
SHON : 930m²
Montant : 5,1M€ HT
Livraison : 2015
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