«Les minutes sont comptées pour la course au soleil», assure Rémy Marciano. A quelques kilomètres de la baie des Anges, la lumière, à l’ombre des Préalpes, est précieuse. Toujours plus haut, héliotrope, le nouveau lycée de Drap, conçu par le duo marseillais Rémy Marciano-José Morales, a été livré en septembre 2012.
Le lycée René Gosciny, une acropole éducative de béton et de bois. L’ensemble scolaire semble dominer son site et sa masse donne l’impression d’une forteresse. Les journalistes cheminent dans le froid de l’arrière-pays niçois en cet après-midi d’hiver naissant.
Le duo d’architectes n’a alors de cesse de souligner l’évidence, à savoir l’intégration du projet dans un territoire accidenté. Une évidence aujourd’hui, certes... mais hier, sur le papier ?
«Relativement», répond José Morales. «Nous voulions être dans le paysage, dans le parcours, le cheminement, donner un rapport de contemplation», poursuit Rémy Marciano. La vallée est encaissée et les architectes ont profité d’un promontoire naturel sur la rive gauche du Paillon pour positionner le lycée en hauteur.
«Le point de départ est la recherche d’un scénario entre le parcours des élèves, la situation idéale et la volonté de raconter l’identité de la vallée. Nous avions également le souhait de tirer partie des ensoleillements et de pallier à l’inondabilité du terrain», assurent les architectes. Aux diverses possibilités d’une parcelle, l’une prévaut sur les autres. Lumière.
«Nous sommes entre plusieurs villages appartenant tous à une aire industrielle peu qualitative. Nous sommes dans un entre-deux. De surcroît, il s’agissait pour nous de requalifier le lieu et de retisser l’histoire de la vallée», dixit les deux hommes de l'art.
En guise d’accroche, les restanques du site et la maison Goscinny. En guise de contrainte, «la juste mesure entre économie et mouvement».
De la villa de l’auteur, le duo d’architectes conserve les murs, lesquels abritent désormais l’administration de l’école. Les restanques, quant à elles, ont été «étirées» pour «faire paysage». Une obsession géographique.
«Nous avions en tête l’image des îles sur le Paillon. Le bâtiment reprend lui-même cette forme insulaire», suggère Rémy Marciano. De fait, l’édifice décline les matérialités. Gabions et béton mais aussi bois de mélèze.
L’ancrage au sol, minéral, «participe de la topographie». Les niveaux supérieurs habillés de bois répondent à «la naissance des Alpes». L’association des deux aspérités évoque l’image de construction de haute montagne.
Reste l’articulation des éléments programmatiques. «Nous ne pouvions pas faire de volume unique», assure José Morales. En contrebas, le gymnase, dont les usages sont mutualisés. Au-delà de l’équipement sportif, un parvis et une passerelle précèdent l’accès principal du lycée.
En haut des marches, la cour. A main gauche, la bibliothèque, à main droite, le réfectoire, en face, plus important, le bâtiment des classes.
La morphologie du projet se caractérise par un jeu de lignes brisées - destinées à «inventer une suite aux berges du fleuve» - et des façades, côté sud, dotées de brise-soleil en bois dont les effets cinétiques doivent évoquer «l’idée de moirage d’une forêt».
L’organisation de l’école répond quant à elle à un système recherchant les vues. En outre, le parti adopté répond à la volonté de distribuer un maximum de locaux de façon ouverte.
«Nous étions sur ce point totalement hors programme. Nous ne voulions pas d’importantes circulations fermées afin d’éviter les contraintes liées au chauffage et au désenfumage. Extérieures, elles restent éventuellement problématiques en hiver lors de l’interclasse», indique José Morales.
L’occasion toutefois de «vivre un site» et d’opérer «une rencontre avec le pays», soutient Rémy Marciano. De fait, le bâtiment des classes est traversé en son milieu par un espace à ciel ouvert le long duquel des coursives desservent les différentes salles.
A la brève impression de complexité qu’un plan, pourtant simple, contredit, répondent différents partis constructifs, tantôt bois, tantôt béton, tantôt métal ; ce dernier matériau afin d’éviter notamment des sections trop importantes et de rendre plus lisible l’ensemble.
Attendons qu’Alceste, Rufus, Clotaire, Joachim, Eudes, Nicolas... les 894 autres élèves et près de 70 professeurs prennent possession des lieux... Et par la même, indiscutablement, d’une géographie.
Jean-Philippe Hugron
Fiche technique
Nom du projet : lycée régional René Goscinny
Lieu : lieu-dit Fontanil 06340 Drap (Alpes-Maritimes)
Programme : lycée 900 élèves, demi-pension pour 800 élèves, gymnase, logements de fonction, démarche développement durable - Label BBC 2005
Maîtrise d’ouvrage : Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, mandataire du maître d’ouvrage AREA
Maîtrise d’oeuvre : Rémy Marciano & José Morales Architectes
Equipe projet : Jean-Luc Fugier et Mathieu Barbier Bouvet, chefs de projet
Surfaces (SHAB) : 9.200m² de surface utile
Calendrier : Lauréat du concours 2008 / Démarrage des travaux 2010 / Livraison bâtiment septembre 2012.
Coût total : 18,7 millions d’euros HT
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