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Visite | Là-haut sur le Thabor (35), Atelier du Pont organise la mixité (27-10-2010)

Composé de 81 logements HLM, le quartier Lucien Rose, conçu par Atelier du Pont au coeur de Rennes, comprend également une bibliothèque. Bordé par des gradins plantés qui mènent au parc du Thabor et relient ainsi le quartier à la ville, l’équipement se révèle être beaucoup plus qu'un simple programme social en centre ville bourgeois. Visite.

French Touch | Bâtiments Publics | Culture | Logement collectif | Rennes | Atelier du Pont

Au commencement du quartier Lucien Rose était le livre. "La maîtrise d’ouvrage voulait une bibliothèque pour redynamiser la vie de quartier", explique Philippe Croisier, co-fondateur avec Anne-Cécile Comar et Stéphane Pertusier d’Atelier du Pont. Car "faire des logements sociaux et une bibliothèque en même temps, c’est rare", précise René Bondiguel, directeur général d’Archipel Habitat, la maîtrise d’ouvrage déléguée de la partie 'logements' du projet. "Mais faire tout ça à l’entrée d’un espace tel le parc botanique du Thabor, c’est exceptionnel", poursuit ce dernier.

La nouvelle bibliothèque Lucien Rose a ouvert ses portes au public le 25 août dernier et les logements sociaux sont d'ores et déjà habités. Effectivement, les logements et l'équipement ont été érigés sur le terrain (très) en pente qui s’étend devant la grille de ce parc historique de la ville de Rennes. Et, de fait, le nouveau quartier Lucien Rose forme désormais l’une des principales portes d’entrées au Parc du Thabor...

Un accès emblématique qui n’était pas prévu à l’origine du projet.

Un quartier connecté

"Lors du concours, la maîtrise d’ouvrage avait déjà conçu le plan masse : la bibliothèque était reléguée au rez-de-chaussée d’un immeuble de logements et formait un long mur qui enfermait la parcelle", raconte Philippe Croisier. Au vu de la proximité du site avec le Parc du Thabor, les associés d’Atelier du Pont jugent d’emblée que ce dessin n’est pas opportun. "Nous avons supprimé le mur et attribué à la bibliothèque un bâtiment autonome", poursuit Philippe Croisier.

02(@AtelierDuPont)_B.jpg Surtout, les architectes tracent une diagonale - un tracé fondateur aujourd'hui remarquablement 'paysagé' - depuis l’entrée du quartier, située au sud de la parcelle, jusqu’à la grille du parc du Thabor, au nord, de façon à inscrire le site "en prolongement du jardin botanique". A tel point d'ailleurs qu'ils proposent de créer à cet endroit une nouvelle entrée dans le jardin.

Il faut imaginer ce parc de dix hectares (devenu public à la Révolution) comprenant, entre autres, des jardins à la française, des jardins à l'anglaise et un jardin botanique, parfaitement entretenu, perché sur un tertre dominant Rennes* et fierté des habitants du quartier. Alors y ouvrir un accès direct pour les locataires de logements sociaux... Un choix pourtant aussi audacieux que judicieux car "il était clair qu’il ne fallait pas déroger au plan masse", se souvient Stéphane Pertusier. Du coup, la proposition d’Atelier du Pont apparaît alors "si évidente" que l’agence parisienne se retrouve lauréate du concours en 2006. Anecdote : La création d'entrées dans ce parc, qui appartint à l'évêché, fut historiquement source de difficultés pour la ville de Rennes, les évêques successifs n'aimant guère "être dérangés". Le symbole n'en a que plus de sel.

A intégration urbaine, mixité sociale ?

Bref, dit autrement, "la donnée de départ du projet était la suivante : installer des logements sociaux dans l’endroit le plus chic de Rennes", rappelle Philippe Croisier. En reliant ce programme social au parc du Thabor, les architectes prennent donc "le parti de l’intégration". Répartis entre différents plots - trois immeubles collectifs bordent le nord de la parcelle, "sortes d’objets posés dans les aménagements paysagers", tandis que des "maisons de ville très rythmées viennent couturer le sud du site" -, les 81 logements sociaux font, à écouter les architectes et surtout la maîtrise d’ouvrage, l’objet de toutes les louanges.

03(@LucBoegly)_S.jpg "Pendant le chantier, les gens venaient nous voir pour nous demander si les logements étaient à vendre", se souvient Philippe Croisier. "C’est un exemple de mixité sociale réussie dans un quartier historique des grandes familles rennaises", commente Frédéric Bourcier, adjoint au maire et délégué à l’urbanisme de la Ville de Rennes. "Non seulement nous n’avons pas reçu de plaintes de la part des riverains mais nous avons même eu droit à une lettre de félicitations pour l’opération !", soutient de son côté René Bondiguel.

Certes, les Rennais semblent avoir adopté le parcours créé par Atelier du Pont : longeant la bibliothèque, le tracé ‘fondateur’ menant au parc du Thabor est composé de paliers bordés de jardinières qui appellent à la promenade. De plus, l’intégration paysagère des bâtiments est réussie : la sobriété architecturale s’en porte garante. Malgré leurs gabarits (trop ?) imposants, les trois plots de logements implantés au nord de la parcelle jouent le jeu de l’harmonie grâce au choix des matériaux et des couleurs. Entre tous, celui des clins en bois, faisant office de brise-soleils par endroits et qui recouvrent les façades nord des bâtiments, composent une vue agréable depuis le parc.

Une bibliothèque enterrée, pivot du quartier Lucien Rose

04(@LucBoegly)_S.jpg Quant à la bibliothèque Lucien Rose, avec sa façade sud-ouest se déployant en escaliers, elle mime le dénivelé du terrain (dix mètres) qui sépare l’entrée du quartier de la grille d’accès au Parc du Thabor, pour une pente moyenne de 4%. "Le site a été entièrement remodelé", précise d’ailleurs Stéphane Pertusier. Cet écho qu’offre le bâtiment à la topographie du site n’est pas uniquement formel : La bibliothèque Lucien Rose "s’enchâsse progressivement dans le sol", précise Philippe Croisier. Semblant prolonger le sol et ses sursauts - l’équipement offre un écho aux murs de soutènement parcourant le site - la bibliothèque Lucien Rose se fond dans son paysage.

Pour autant, tout sobre et intégré qu’il soit au jardin botanique du Thabor, le quartier Lucien Rose ne reste-t-il pas, en vertu même de sa position d’appendice du parc, une enclave ? En tout cas, s’il est un témoin de la mixité sociale clamée par les acteurs du projet, c’est la bibliothèque : "Nous ressentons la mixité au quotidien", affirme à cet égard la responsable de l’équipement. Point de départ du projet, la bibliothèque Lucien Rose serait promise à en devenir, aussi, le point d’orgue.

05(@LucBoegly)_S.jpg L’organisation intérieure de l’équipement traduit cette volonté. Eclairée par cinq failles zénithales qui confèrent à l’espace enterré une clarté inattendue, la bibliothèque se déploie sur deux niveaux. Rayonnages, espace de consultation, alcôve consacrée à la petite enfance et bureau du personnel animent le deuxième niveau du bâtiment alors que le premier niveau est consacré à des projections. Fruit d’une suggestion des architectes, cet espace de rencontre inédit fait d’ores et déjà l’objet d’une programmation originale : le premier événement organisé au sein de la bibliothèque Lucien Rose est un concert dessiné.

Emmanuelle Borne

* Son nom fait référence à une montagne calcaire d’Israël dominant au sud-ouest le lac de Tibériade, le mont Thabor (Source : Wikipédia).

Fiche technique

Maître d’oeuvre : Atelier du Pont (Paris) - Anne-Cécile Comar, Philippe Croisier, Stéphane Pertusier (chef de projet : Aquilino Torrao)
Maîtrise d’ouvrage : Archipel Habitat (maîtrise d’ouvrage déléguée logements) et Ville de Rennes (bibliothèque et maîtrise d’ouvrage finale logements)
Coût : 9,2M€ HT
Surface logements et bibliothèque : 7.300m² SHON
Logements : 6.500m² SHON ; 7,8M€ HT
Bibliothèque : 800m² SHON ; 1,4M€ HT
Paysagiste : Ronand Desorneaux
BET structures : EVP
BET Fluides : OFI
Opération PHPE, certification Qualitel
Calendrier : chantier démarré en 2006, livraison en 6 phases, dont la bibliothèque en août 2009.

Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 07 octobre 2009

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