Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil Etudiant

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Entretien | E. Nourrigat : «il faut articuler échelles urbaine et architecturale» (17-01-2013)

Enseignante-titulaire à l’ENSA Montpellier dans le cadre du domaine d’études 'Métropoles du sud', l’architecte Elodie Nourrigat souligne l’importance pour les futurs architectes d’appréhender le projet, qu’elle enseigne aux étudiants de Master, à la croisée des échelles urbaine et architecturale. Autre apprentissage indispensable : la solidarité, initiatrice d’émulation.  

Vie étudiante | ENSA Montpellier | | Elodie Nourrigat

Le Courrier de l’Architecte : Quels sont les enjeux du domaine d’études 'Métropoles du sud' ?

Elodie Nourrigat : Le master de l’ENSA Montpellier compte deux domaines d’études, 'Métropoles du Sud' et 'Architecture et Milieu'.

Dans 'Métropoles du sud', le sud ne désigne pas tant une localisation géographique qu’un concept qui privilégie la spécificité d’un lieu face à la mondialisation, l’objectif étant de construire une vision prospective de la ville.

Ce domaine d’études est pluriannuel. Nous l’avons créé en 2009* dans l’idée qu’il est essentiel pour les étudiants d’être confrontés à différents contextes. Ainsi, nous travaillons chaque année sur une ville et une thématique différentes.

Dans ce cadre, nous collaborons chaque année avec différentes universités. En 2010, nous avons travaillé sur la ville de Gênes, en Italie, en collaboration avec l’Università degli Studi di Genova et le professeur Manuel Gausa. L’année suivante, nous avons travaillé sur Valence, en Espagne, avec Clara Méjia, professeur à l’Ecole d’Architecture de l’Université Polytechnique puis, l’année dernière, sur Istanbul avec le professeur Aykut Karaman de l'université de Mimar Sinan.

Cette année, qui clôt le premier cycle de 'Métropoles du sud', nous travaillons sur Montpellier autour du thème 'Montpellier 2050'. A cette occasion, nous collaborons avec Xavier Liebar, Manuel Gausa et leurs étudiants, respectivement de l’ENSAM de Bordeaux et de l’Università degli Studi di Genova.

Même si aucun étudiant ne suit le cycle en entier, l’alternance entre différentes villes est importante afin de construire une base de références. En fait, nous capitalisons d’année en année les travaux des étudiants. A l’ENSA Montpellier, nous nous battons contre les déperditions en matière de projets et de mémoires. Chaque année, les étudiants s’appuient sur ce qui a été fait au préalable, ce qui leur permet d’être plus pertinents.

Au total, entre les enseignants titulaires et les enseignants vacataires, nous sommes une quinzaine. En mutualisant le travail des étudiants, nous mutualisons aussi nos forces pour un meilleur encadrement.

02(@FrancoisDesbois)_B.jpgQu’attendez-vous de vos étudiants en ce qui concerne leur mémoire de fin d’études ?

L’objectif d’un mémoire est de convoquer des concepts pour construire une pensée architecturale. Il est nécessaire que les travaux de recherche soient avant tout menés 'en architecture' et non 'sur l’architecture'.

Par exemple, cette année, l’un d’entre eux travaille sur la question des utopies construites, précisément sur la Grande Motte. Un autre a choisi de plancher sur la notion de porosité, cherchant à définir ce que peut être la porosité en architecture. Si le deuxième peut expérimenter son sujet de mémoire au travers du projet, c’est en revanche plus difficile pour le premier qui en tirera néanmoins des éléments de compréhension et, de fait, de conception.

Ce développement demande une maturité que tous les élèves n’ont pas. Mais c’est vers cela qu’il nous semble important de tendre. Le projet doit être au coeur de la recherche. L’objectif n’est donc pas de rechercher des applications directes. De plus, les étudiants commencent à travailler sur leur mémoire dès la quatrième année pour le finaliser en cinquième année ; or, durant ce laps de temps, ils auront conçu quatre projets.

Quant au projet, quelles sont les lignes directrices de votre enseignement et comment s’organise l’atelier de projet de cinquième année ?

L’articulation entre échelle urbaine et échelle architecturale nous paraît essentielle. En tant qu’architecte, la maîtrise de cette échelle est un véritable atout.

03(@MarinePierson).jpgEn cinquième année, deux enseignants supervisent les travaux de trente étudiants en moyenne. 

Cette année, avec Jacques Brion (co-fondateur de l’agence N+B architectes avec Elodie Nourrigat en 2000, ndlr), à partir d’un dossier que nous avons monté sur la ville de Montpellier, nous avons proposé aux étudiants de faire l’inventaire d’une dizaine de sites liés à différents scenarii prospectifs. 

Puis, nous en avons choisi un, en l’occurrence la zone de la future gare de TGV de Montpellier. Nous avons invité Manuel Gausa, Xavier Liebar et leurs étudiants à prendre à part à la réflexion.

Chaque année, nous invitons différents intervenants dans le cadre d’un symposium, dont l’organisation revient aux étudiants, pour discuter de la thématique choisie. 

En janvier 2013 par exemple, Francisco Mangado, Xavier Liebar mais aussi Henri Bava, paysagiste et co-fondateur de l’agence TER, l’architecte François Fontès et le théoricien Andreas Ruby auront participé à ce symposium autour de la thématique 'Métropoles 2050'.

Les étudiants s’attachent ensuite à la conception du projet urbain, dont l’enjeu est de développer des axes de travail et de construire un programme, avant de s’attaquer au projet architectural.

Pour le PFE, ils choisissent un autre site parmi les dix sites repérés en début d’année et adoptent la même démarche, c’est-à-dire la conception d’un projet urbain puis d’un projet architectural.

Six mois de PFE pour deux échelles, n’est-ce pas un peu court ?

Certes, mais n’oublions pas que les professionnels abordent parfois ces deux échelles dans le cadre de concours conçus en moins de temps.

C’est aussi à cet égard que nous demandons aux étudiants de se concentrer sur la conjugaison des échelles urbaine et architecturale.

04(@JohanLaure)_B.jpgPrivilégiez-vous des outils de conception et/ou de représentation ?

Qu’il s’agisse du projet urbain ou du projet architectural, nous démarrons toujours par la confection de maquettes. L’avantage du modèle réduit est qu’il permet de visualiser l’échelle alors qu’avec l’outil informatique le risque existe de perdre le sens des proportions. Ce qui ne veut pas dire que nous privilégions un outil plutôt qu’un autre. A chaque outil son enjeu. La maquette permet d’exprimer un projet alors que la perspective sert à le représenter.

Par ailleurs, à chaque projet ses outils de conception et de représentation. Des étudiants concevront des plans de détail au 50e et au 20e, d’autres feront davantage de coupes à grande échelle. En tout cas, il est important que tous distinguent l’échelle qui exprime le mieux leur projet.

Quant à la 3D, il est vrai que les étudiants sont de plus en plus doués en la matière. Pour autant, notre rôle n’est ni de les encourager à multiplier les perspectives ni de les freiner. Il est important pour les étudiants de maîtriser différents outils de représentation, dont celui-ci.

A ce titre, nous calibrons les planches des projets à l’image des rendus de concours. Les projets sont présentés sur quatre formats A1, comptant deux ou trois perspectives. Ce calibrage impose de faire des choix, de s’interroger sur la pertinence de chaque type d’image.

Vous enseignez à l’ENSA Montpellier depuis plus de dix ans. Quelles sont les évolutions les plus notables que vous constatez ?

A travers 'Métropoles du sud' et notre solidarité d’enseignants, nous essayons de rendre les étudiants solidaires à leur tour, de créer une dynamique pour générer une émulation.

D’où l’organisation de voyages annuels, où l’ensemble des quatrièmes et cinquièmes années sont réunis, c’est-à-dire une centaine d’étudiants. D’où l’organisation par ces même étudiants d’un symposium à la fin du premier semestre. D’où enfin l’importance de constituer des équipes pédagogiques inter-écoles. A l’ENSA Montpellier, l’idée de progresser ensemble prévaut sur l’existence de maîtres à penser. Le métier d’architecte est trop exigeant pour être individualiste.

05(@MarionMoustey).jpgParallèlement à 'Métropoles du sud', cette année marque les dix ans du WAW (World Architecture Workshop), un workshop que vous avez créé avec Jacques Brion et Hitoshi Abe, de la Tohoku University au Japon et aujourd’hui Chair de UCLA, en 2002

En effet, nous venons de fêter les dix ans du WAW à Sendai. Depuis 2004, l’Université RMIT de Melbourne faisait partie de ce réseau, qui repose sur l’idée de construire une pédagogie à l’international. Avec le WAW, nous voulons offrir aux étudiants la possibilité de se confronter à des problématiques inédites et de découvrir de nouvelles cultures non plus en tant que touristes mais dans le cadre de projets.

Le WAW est un programme pédagogique auquel participent chaque année dix étudiants de cinquième année. Melbourne, Sendai, mais aussi Detroit, Barcelone ou encore la Réunion - l’ENSA Montpellier étant la seule école d’architecture à disposer d’une antenne dans les DOM-TOM -, ce voyage annuel réunit les étudiants sélectionnés par chaque école du réseau en différents groupes internationaux qui conçoivent chacun un projet.

Nous sommes actuellement en train de travailler sur une prochaine version du WAW. Après dix ans, il est temps de repenser le format, la temporalité, d’intégrer d’autres universités à ce réseau.

Propos recueillis par Emmanuelle Borne

* L’équipe pédagogique du domaine d’étude 'Métropole du sud' est composée des enseignants titulaires et architectes Jacques Brion, Laurent Duport, Michel Maraval, Elodie Nourrigat, Pascal Perris, Pierre Soto, de l’enseignant-titulaire et paysagiste Luc Léotoing, ainsi que des enseignants vacataires et architectes Guillaume Girod, David Hamerman, Julien Henry, Julie Morel et Axelle Bourdeau.  

Réactions

habiba18018@hotmail.com | étudiante | algerie | 25-03-2013 à 00:26:00

merci

Réagir à l'article


Actualité |'Qui ne dit mot consent' : voix au chapitre pour les étudiants

Prévue pour être lancée en janvier 2013, la revue 'Qui ne dit mot consent' (QNDMC) est issue de l’initiative de douze étudiants de l’ENSA Lyon souhaitant conjuguer, autour de «grandes»...[Lire la suite]


Enquête |L'Architecte diplômé d'Etat (ADE) en HMONP, un salarié comme les autres ?

Craignant de devenir des 'larbins d’agences' au début de la réforme LMD, voilà les jeunes architectes rassurés. Les textes sont clairs : outre la convention tripartite signée entre l’école,...[Lire la suite]

Conférence |La fabrication du sens, l'Homo Faber selon Mario Botta

«L’architecture est le reflet de l’histoire, c’est un miroir impitoyable, une image du pouvoir, de l’économie et de l’éthique», affirmait Mario Botta le 8 février 2013 au Collège...[Lire la suite]

Chronique |Run Run Shaw Media Center : parcours au sein d'une architecture spectacle

Othman Mikou est étudiant en 3e année à l'ENSA Paris-Val de Seine. Son projet Magenta l'emmène en de multiples pays afin d'étudier architectures symboliques, vernaculaires et contemporaines. Après...[Lire la suite]

Concours |Minimaousse, le concours qui met le pied à l'étrier

Jusqu’au 27 février 2011, les projets des lauréats de la 4ème édition du concours biennal de micro-architecture 'Minimaousse' sont exposés à la Cité de l’architecture et du patrimoine*....[Lire la suite]