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Compte-rendu | L'enjeu capital(es) : La ville est dans le pré (27-10-2010)

"Quel est votre point commun à tous ?" : Telle était la question, attendue, posée par Frédéric Migayrou aux stars architectes ayant participé à la dernière partie du colloque organisé à Beaubourg les 1er et 2 octobre derniers sous l’intitulé 'L’enjeu capital(es) - les métropoles de la grande échelle'. La réponse résidait, en filigrane, dans les différentes interventions.

Grand Paris | Urbanisme et aménagement du territoire | Paris

Les exposés successifs de Dominique Perrault, Kengo Kuma, Rem Koolhaas, Tom Mayne et Brandan Mac Farlane lors de la dernière partie du rendez-vous ont en effet permis, si ce n’est de réellement répondre à la problématique posée (qui semblait parfois instrumentalisée : belle occasion de présenter son actualité), en tout cas de révéler une préoccupation commune à ces différents protagonistes, qui n’a pourtant pas été relevée.

Retour aux sources pour Kuma et Perrault

La nature : tel est le sujet qui occupe, semble-t-il, ces esprits. Ce qui n’a rien d’une révélation en ce qui concerne Kengo Kuma, lequel a rappelé que "la ville japonaise représente le lien entre la nature et l’humain". Par voi(x)(e) de son excellente interprète, l’architecte japonais a rappelé les quatre outils de compréhension et de constitution de l’urbanisme et de l’architecture japonais : le toit, la surface terrestre, le grain (symbole du soin apporté au détail) et la cloison (celle qui unit et non celle, assimilable à nos murs européens, qui divise). Outils qui, estime-t-il, sont exportables. "Quand on pense à la ville, l’expérience japonaise peut être utile", a-t-il souligné. En tout cas, la démarche de Kengo Kuma se fait exemplaire en matière de développement durable. Alors qu’en France, le panneau photovoltaïque semble en être la principale occurrence et que le geste peine à joindre la parole, Kuma donne à ce combat là une délicate réalité : ayant choisi d’habiller de verre le FRAC de Marseille, l’architecte a surtout décidé de se fournir auprès de la verrerie locale.

En revanche, il était plus étonnant de découvrir la place fondatrice qu’occupe la nature dans le travail de Dominique Perrault. Précisément, le paysage s’est révélé être le fil conducteur de son intervention. L’architecte de la bibliothèque François Mitterrand a présenté deux projets - l’un datant de 1994, une réhabilitation d’un ancien site industriel à Caen, l’autre plus récent, le projet de "deuxième centre-ville" à Sofia (Bulgarie) en lieu et place d’une ancienne caserne de 70 hectares - qu’il a qualifié de démarches servant à "développer des instruments pour rendre perceptible la grande échelle".

Certes. Pour autant, Dominique Perrault a essentiellement parlé de "géographie comme support de travail", de création "d’un nouveau paysage", de "topographie originelle", de "terre matricielle" ou encore de "l’eau qui offre une nouvelle identité au territoire", autant d’expressions qui parsèment le vocabulaire de concepteurs tels les associés de l’Agence Ter*. Bref : Dominique Perrault s’est exprimé... en paysagiste. Un terme auquel les architectes préféreront sûrement celui d’urbaniste. Passons sur les nuances sémantiques quand elles couvent des bras de fer.

02(@DR).jpgPrécisons que Dominique Perrault le paysagiste s’est aussi improvisé, à l’occasion du projet caennais, horticulteur, en mettant en oeuvre un système particulièrement judicieux : pour évaluer le degré de pollution du sol, il a proposé de planter des pousses d’arbre sur la friche préalablement tramée de carrés de 100 par 100 mètres. "Des carrés d’arbres sont morts, d’autres se sont développés", ce qui a permis d’évaluer la qualité du terrain. Quant au projet de Sofia, "plutôt que d’y développer une tour, deux tours, trois tours, il s’agit de construire un dispositif inspiré du paysage qui va ensuite laisser toute liberté au développement économique, social, culturel..." Bref : à la ville.

Retour en enfance

Chez Kuma comme chez Perrault, la nature donne donc le ton de l’espace urbanisé, de la métropole... et d’une métropole 'maternelle'. Contenue entre toit protecteur et sol patrimonial, l’architecture japonaise enveloppe, à l’instar de cette enveloppe virtuelle imaginée par Dominique Perrault pour Sofia (du grain à la ville il semble qu’il n’y ait qu’un pas), qui remplacerait les règlementations urbaines. "La règle est simple : il s’agit de construire jusqu’à la hauteur de cette enveloppe virtuelle ; tout ce qui compose la substance vivante de la ville va remplir l’entre-deux contenu entre sol et enveloppe", a-t-il expliqué. Mère nature, quand tu nous tiens.

Koolhaas se met au vert

Et quid de Koolhaas ? Qui aurait cru que l’auteur ayant rendu le terme de 'congestion' si cher aux étudiants en architecture se ferait Robinson ? L’architecte semble pourtant avoir choisi de s’écarter des sentiers urbanisés pour emprunter la voie verte, comme à son habitude dans un cadre prospectif. "Je me concentre maintenant sur tout ce qui n’est pas ville pour mieux comprendre les villes actuelles", a-t-il précisé dans un français parfois hésitant mais non moins cinglant. L’architecte a notamment raillé son confrère Jean Nouvel, dont LE portrait noir et blanc a ponctué le diaporama du fondateur de l’OMA - et soulevé les rires de l’assemblée -. Allait-il être, une fois de plus, question du contexte versus celui de la table rase ? Tout en rappelant cette divergence, Rem Koolhaas s’est défendu de "nier le contexte".

03(@DR).jpgEt de présenter une collection d’images montrant "de l’urbain", soit des lieux dotés d’un "potentiel d’aléatoire", en alternance avec des photos d’espaces aseptisés. "Je pense qu’il y a aujourd’hui une incapacité à comprendre l’essence de l’urbain", a souligné Rem Koolhaas, qui compte dorénavant étudier "les qualités des campagnes". Joignant l’habit à sa nouvelle vocation, il était le seul d’entre tous à déroger à la tradition vestimentaire 'black is architecture' : l’architecte néerlandais était vêtu d’un polo vert.

Tom Mayne et l’immensité, Brendan Mac Farlan entre scène et Seine

Contre toute attente, il était également question de nature chez Tom Mayne. Ce féru de "stratégies" et de "méthodologies" urbaines a invoqué à plus d’une reprise les "systèmes biologiques", parlant notamment du "rapport biologique au sol". "Le système invente des espaces qu’on ne peut concevoir consciemment", a-t-il dit. Est-ce à dire que quand l’architecture se fait incommensurable, le paysage devient référent programmatique ? Malheureusement, Tom Mayne a noyé un propos passionnant dans une présentation parfois soporifique.

Quant à l’intervention de Brendan Mac Farlan, elle était certes verte mais, justement, le co-fondateur de l’agence Jakob et Mac Farlan s’est essentiellement contenté de présenter le bâtiment Docks en Seine... Echelle métropolitaine, où es-tu ? Eloignée de la problématique, la présentation de Brendan Mac Farlan a fait figure de petite parmi les grandes. Lui-même semblait étonné de se retrouver mêlé à cet impressionnant aéropage.

Reste un regret : que Kengo Kuma se soit contenté d’invoquer des composants urbains traditionnels comme références de la métropolisation alors que la ville japonaise contemporaine recèle de précieux éléments de compréhension (et de développement ?) de nos capitales. Une pensée pour la gare tokyoïte, bel initiateur urbain s’il en est, qui transforme, si vite, les campagnes en mégalopoles. Mais si l’on a bien compris, c’est dorénavant la nature qui est l’avenir de la ville.

Emmanuelle Borne

Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 7 octobre 2009.

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