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Brève | Un objet polygonal pour loger étudiants et chercheurs, Paris 13e (22-01-2013)

Au coeur du quartier Maison Blanche, dans le 13e arrondissement de Paris, à proximité immédiate de la petite ceinture, s’érige la Résidence Irène Joliot Curie. Premier bâtiment à être livré sur la ZAC de Rungis, cet ensemble de logements pour chercheurs et étudiants, conçu par l’architecte Christian Hauvette (agence devenue Baumschlager Eberle Hauvette) et inauguré le 6 septembre 2012, permet de concilier développement de la recherche à Paris et réponse aux enjeux du logement étudiant. Notice architecturale.

Notice Architecturale | 75013

Le programme rassemble 182 petits logements équipés et meublés, répartis sensiblement par moitié en deux catégories différentes : ceux des étudiants mesurent 19m² (82 logements) et ceux des chercheurs (100 logements), légèrement plus grands, atteignent 25m². Prochainement, le rez-de-chaussée accueillera deux grands commerces ouverts sur la future placette et la rue Brillat Savarin, participant à l’animation du futur écoquartier.

La vision globale de l’urbaniste est confortée en proposant une collection d’objets polygonaux compatibles les uns avec les autres. Développant cette idée, le plan du bâtiment est dessiné sur une forme polygonale simple. Dans cette organisation urbaine relativement lâche, l’idée était d’occuper le linéaire bâti le plus étendu et le plus continu possible, tout en minimisant la hauteur d’empilement des cellules. Aussi, il a été décidé d’extruder en R+6 cette simple géométrie, pour produire un bâtiment à l’échelle des grands objets futurs du quartier.

En termes d’architecture, la difficulté de ce genre de programme procède évidemment de l’accumulation de cellules identiques, difficulté qui pourrait être nommée 'syndrome de la ruche'.

Historiquement, le tissu urbain parisien est caractérisé par l’épaisseur de ses ilots, épaisseur rendue habitable par des cours intérieures verticales très profondes. Cette possibilité a été annulée par les lois hygiénistes du début du siècle et la 'barre' de 12 mètres avec prospect à 45 degrés est devenue l’archétype réglementaire du vingtième siècle...

02(@Data Architectes)_B.jpgCe bâtiment réactualise le précédent modèle pour le rendre compatible avec les exigences techno-écologiques du 21e siècle.

Le premier choix a été de construire un bâtiment compact pas très éloigné de la simplicité géométrique des bâtiments environnants tout en l’enrichissant par une expression constructive énergique mettant en oeuvre des matériaux et des techniques inscrits dans l’histoire récente. 

Ce choix favorise aussi une bonne utilisation du terrain, optimisant l’accès des flux par les rues R3 et P1 et l’implantation des masses bâties, conformément aux prescriptions architecturales établies par l’urbaniste Bruno Fortier.

Cet objet architectural polygonal est conçu 'en épaisseur' autour d’un patio sur lequel donnent les circulations horizontales. Les façades vitrées sur allège en vitrage réfléchissant permettent à la lumière de pénétrer jusqu’au coeur du bâtiment.

La vraie spécificité de ce projet réside dans l’apport de la lumière du jour et d’air frais (en été) dans les circulations horizontales grâce à des ouvrants judicieusement répartis. La végétation plantée dans des jardinières suspendues y tombera bientôt en cascade.

03(@Cecile Septet)_S.jpgLes fameux trois registres parisiens sont remis en scène par un 'sectionnement' horizontal. De part et d’autre du 'bloc' central que constitue le hall, espace de convivialité, le rez-de-chaussée de la résidence se compose de deux autres blocs bien distincts. Au nord, donnant sur la placette et la rue Brillat Savarin sont installées les deux surfaces de commerce. Au sud est implanté un autre bloc logeant les différents locaux techniques. Au milieu de ces blocs sont matérialisés les stationnements dévolus aux vélos.

Les niveaux supérieurs sont posés sur ces trois blocs constituant le niveau de rez-de-chaussée. Ils sont décomposés en deux 'strates' programmatiques superposées : les trois premiers niveaux sont dédiés aux logements chercheurs, les trois derniers niveaux accueillent les logements étudiants ainsi qu’une partie des locaux communs. Ce fractionnement est accentué par un léger décalage des 'tiroirs' les uns par rapport aux autres, portant sur une soixantaine de centimètres.

Sur le plan structurel, ce décalage est facilité par des planchers de transfert de charge. La façade en béton est isolée par l’extérieur, les planchers sont portés par des refends perpendiculaires à la façade, avec un entraxe de 3.60m pour les 3 niveaux inférieurs et un entraxe de 5.90m pour les 3 niveaux supérieurs (un refend toutes les deux chambres).

04(@Cecile Septet)_S.jpgLa résidence présente sur la ville une façade à la fois lisse et profonde, rythmée par de belles fenêtres en hauteur, à raison de 2 par logement au minimum. 

Dormant et ouvrant sont d’ailleurs entièrement masqués par un habillage extérieur en aluminium anodisé doré qui accentue la netteté des perforations de la façade. 

Le plan extérieur, voile transparent en tôle d’acier inoxydable ondulée trouble cette découpe régulière des façades par une impression de légèreté et de profondeur tout en jouant avec la lumière et les variations des teintes de son environnement proche.

Les attaques des prospects sur l’objet géométrique se traduisent par deux creusements du tiroir supérieur, dégageant ainsi deux terrasses accessibles, d’usage collectif. Les deux échancrures ménagées dans la volumétrie du bâtiment portent chacune un couvert végétal.

Le choix de construire un bâtiment compact optimise la rationalité du fonctionnement et l’inertie thermique. Les murs 'épais' stockent la chaleur le jour et la restituent la nuit. Les niveaux d’isolation permettent d’atteindre une diminution de la consommation d’énergie correspondant à environ -35% par rapport à la Réglementation Thermique en vigueur. La mise en place de plus de 140m² de panneaux solaires thermiques en toiture participe au besoin de production d’eau chaude sanitaire de la résidence. L’eau de pluie récupérée des toitures est stockée dans une cuve. Celle-ci est réutilisée pour un usage sanitaire et l’arrosage des jardins.

Certifiée BBC, label H&E profil A, la résidence Irène Joliot Curie s’inscrit dans le respect des exigences du Plan Climat de la ville de Paris.

Baumschlager Eberle Hauvette

05(@Baumschlager Eberle Hauvette)_B.jpgFiche technique

Maitre d’ouvrage : Espacil Habitat
Aménageur : Semapa
Equipe de maitrise d’oeuvre : Architecte mandataire : BE Hauvette / Architecte Associé : Data [architectes] / Economiste : Cabinet Lemonnier / B.E.T. Structure : Malishev Wilson Ingénierie / B.E.T. fluides : Icofluides / Paysagiste : David Besson
Entreprise générale : Eiffage construction Ile-de-France

Coût de la construction : 9.850.000€ HT
Calendrier :
* Lancement du concours de maîtrise d’oeuvre : mars 2008
* Jury et choix de l’équipe de maîtrise d’oeuvre : décembre 2008
* Obtention du Permis de construire : décembre 2009
* Obtention du dernier financement : juillet 2010
* Ouverture du chantier : novembre 2010
* Pose de la première pierre : 23 novembre 2010
* Commission de pré-peuplement : 31 mai 2012
* Mise en service : 23 juillet 2012
* Inauguration : 6 septembre 2012.

06(@Data Architectes)_B.jpg

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