Mettre la ville à la campagne ? Une équation impossible dont trois Français sur quatre rêvent. Aussi, la maison individuelle est un fantasme ; bien souvent une réalité. Projet chronophage pour une agence d’architecture, elle n’en demeure pas moins un exercice de style. A quel prix ? Une équation impossible...
Quel est votre logement idéal ? Selon un sondage, presque 70% des Français rêvent d’habiter une maison individuelle avec grand jardin sur une parcelle isolée. L’environnement doit être naturel, le site bien desservi par les transports en commun et proposer une gamme variée de commerces. D’aucuns s'installent alors de plus en plus loin, en zone périurbaine, pour concrétiser le rêve de la maison individuelle. L’automobile devient indispensable pour accéder rapidement à l'ensemble des commerces et des équipements du centre-ville.
L’espace périurbain accueille ainsi aujourd’hui l’essentiel de la croissance démographique en France et les villes continuent de s'étendre au détriment des espaces naturels et agricoles. Face à ce phénomène de périurbanisation, les architectes condamnent les conséquences écologiques graves, méprisant de fait les maisons individuelles qui se construisent en masse.
Y aurait-il chez eux une contradiction entre discours professionnel et désir personnel ?
Les architectes promeuvent les logements collectifs urbains et privilégient la densité tant pour économiser le sol que l’énergie. Ils essaient de sublimer cet habitat avec des concepts séduisants. Ils insistent sur la variété des traitements architecturaux et racontent de sympathiques scénarios faisant de la vie collective un idéal et brisant l’image de cages à poules répétitives, laquelle demeure chez la plupart des Français.
Cependant, lors de discussions privées, les architectes confient aisément vouloir eux aussi vivre dans ce logement idéal, individuel, dont monsieur et madame tout-le-monde rêve : une maison entourée d’un jardin, située à l'écart du centre-ville, dans un environnement naturel, etc. etc.
Voici quelques pistes de réflexion pour les architectes qui souhaitent se libérer du mythe de la grande machine à habiter et du diktat de la densité afin de retrouver une passion professionnelle pour les maisons individuelles.
Le rêve de la maison individuelle est naturel et légitime. Les hommes 'modernes' ont construit de grandes villes en abandonnant une part de leur liberté. En vivant en ville côte à côte, les uns sur les autres, l'émancipation de l'homme, «né libre et seul face à la nature», est un but recherché au sein de son habitat intime. Le souci de sécurité face à la nature demeure malgré des siècles de progrès en matière de logement collectif. Les maisons individuelles périurbaines tirent leur succès de ces aspirations humaines - l’individualité et la nature - tout en bénéficiant de la localisation urbaine.
La critique de la maison individuelle n’a donc pas de sens dès qu’il s’agit de densité. Même les rangées de maisons accolées et superposées représentent une densité modeste comparée à celle des logements collectifs. Chaque type de logement doit être apprécié dans son propre contexte par rapport à ses propres qualités, non pour ce qu’il ne peut pas être.
Les architectes ne s’intéressent naturellement pas aux projets peu rentables, dont ceux des maisons individuelles ; leur rémunération est calculée selon un pourcentage du montant des travaux. Ils s'orientent plutôt vers des projets de logements collectifs, de bureaux ou d'équipements, au moins d’une surface construite plus importante.
Un projet de maison individuelle ne serait-il suffisamment glamour, en ces temps où l’image séduit et les enjeux de communication prévalent, pour le doter d’une présence forte à l’expression plastique marquée ?
Apparemment, pour les grandes figures de l'architecture moderne, les projets de maisons individuelles constituaient un champ de recherche et d'expérimentation à travers lequel hommes et femmes de l’art ont élaboré le fondement de théories architecturales développées plus tard à plus grande échelle.
A travers ses villas parisiennes, Le Corbusier s’est mis en quête d’une forme idéale, comme Rietveld a recherché un équivalent en trois dimensions de l’art abstrait et géométrique pour la Schröder house. Pour la Tugendhat house ou la Farnsworth house, Mies van der Rohe a concrétisé l'imbrication de l'intérieur et de l'extérieur et la fluidité spatiale, comme Wright a réalisé la fusion de l'architecture, de la nature et de la vitalité spatiale dans Fallingwater house.
Les architectes doivent retrouver leur relation historique passionnante avec les maisons individuelles. L’échelle est réduite et il y a moins de contraintes liées au fonctionnement, aux équipements techniques, à la réglementation, etc.
L’occasion peut-être de se pencher sur les éléments fondamentaux de l’architecture - l'espace et la matière - dans une approche plus intime et artisanale.
Hyojin Byun
urbanos62 | Urbaniste | Nord Pas-de-Calais | 16-02-2013 à 22:26:00
Quand on nous présente dans les médias (La maison FR5, flash Leroy Merlin) des maisons individuelles, ce sont la plupart du temps de belles maisons, souvent habitées par leurs concepteurs et bâties au milieu de nulle part avec des budgets inabordables pour le commun des mortels. Je m'interroge d'ailleurs presqu'à chaque fois comment le permis de construire a pu être délivré. Je n'ai pas d'inquiétude sur la capacité des architectes à réaliser de belles oeuvres.
Mais est-ce de celà dont il s'agit ? Non. Fait-on de la ville avec des maisons individuelles ? Non. Fait-on une société avec des individus ? Non, en fin pas seulement. Ce qui est important ce n'est pas la maison, le dedans mais l'espace public, le dehors. C'est dehors que les gens se rencontrent et que la société prend corps. A trop développer un urbanisme de maisons individuelles, à créer des lotissements "à qui pire pire" on fait perdre toute substance à la ville, au bourg, au village.
Et là on voit que le travail est difficile. Car maintenant que le circuit court et la frugalité doivent redevenir les principes majeurs de programmation et de composition, il nous faut tourner le dos à ce que l'on a servi - et que l'on sert encore - sur un plateau à la population. Un quartier ne peut se résumer à un découpage en lots bordés d'un VRD-espaces verts le tout garni de coffrets.
Il faut s'interroger aussi sur les raisons de cette fuite de la ville pour la campagne ? Il n'y a pas que le coût du foncier. Quelle sont donc les tares que portent nos villes françaises et qui semblent plus absentes dans les villes de l'Europe du Nord. Les habitants du périurbain déclarent partir à la campagne pour rechercher le calme. Toute personne qui a participé au bal des tondeuses du samedi après midi sait que le calme périurbain est tout relatif.
Je le répète : réfléchissons aux problèmes de la ville et rendons la plus désirable.
Il y a beaucoup à gagner.
archimaison | architecte | Midi-Pyrénées | 13-02-2013 à 22:05:00
Ca fait plaisir à lire, cet article... (à part le cliché de l'architecte qui ne s'intéresse qu'au collectif, cliché qui s'efface chaque année un peu plus, heureusement)
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