Au fond d’un jardin niché au sein d’un quartier résidentiel d’Amsterdam, la famille Lens-FitzGerald a remplacé l’incontournable cabane par un studio. En fait, par un volume végétalisé. Prolongé de miroirs. Bref, conçue par l’agence cc-studio, cette pièce de 20m² qui disparaît derrière une façade verdoyante permet, grâce à un savant jeu de reflets, d’agrandir le jardin. De l’art du camouflage.
«Quand Maarten et Lori Lens-FitzGerald nous ont fait part de leur projet d’extension, nous leur avons conseillé de ne pas le réaliser». Gerald Lindner, architecte et co-fondateur avec l’ingénieur Peter Heideman de l’agence hollandaise collaborative creatives studio ou cc-studio, revient sur le projet ayant abouti à la réalisation d’une extension atypique, livrée en mars 2012 dans le jardin des Lens-FitzGerald à Watergraafsmee, Amsterdam.
«Selon leur projet, ils auraient obtenu des espaces un peu plus vastes mais rien de plus fonctionnel et aucun espace supplémentaire», explique Gerald Lindner. Bref, «cela n’aurait ajouté aucune valeur à leur maison».
Qui plus est, les velléités d’extension des Lens-FitzGerald auraient eu pour résultat de réduire un jardin de cent vingt six mètres carrés, véritable luxe à Amsterdam.
D’ailleurs, avec ses 12 mètres de profondeur et ses 10,5 mètres de largeur, ce coin de verdure était disproportionné. Qu’à cela ne tienne, les associés de cc-studio proposent non seulement de réhabiliter les cabanes au fond du terrain pour créer une véritable pièce en plus mais également de profiter du projet pour mettre en valeur le jardin.
Résultat : installés de part et d’autre d’un studio aux surfaces extérieures entièrement végétalisées, des miroirs camouflent le projet en rendant le jardin plus luxuriant qu’il ne l’est. Précisément, les angles variés des deux surfaces réfléchissantes servent les uns à agrandir le jardin en accentuant sa profondeur visuelle, les autres à capter la lumière. «Testée et ajustée sur site à échelle 1 avant la finalisation du projet, cette géométrie fut soigneusement pensée afin de jouer des perspectives», précise Gerald Lindner.
«Nous connaissons tous les jardins verticaux de Patrick Blanc», souligne-t-il à propos des sources d’inspiration de cc-studio. «Ayant fait le tour du monde, ses projets aident à convaincre un client». De citer également la maison Barak de R&Sie, livrée à Sommières en 2001. Quant au jeu de reflets, le k-museum de Makoto Sei Watanabe au Japon est, selon cc-studio, une référence incontournable. «Enfin, impossible de ne pas citer James Turrell quand il est question de lumière et de géométrie abstraite».
«Travailler ainsi l’abstraction n’est pas un exercice inédit pour moi», remarque Gerald Lindner, qui fit notamment partie de l’équipe de conception du Kraanspoor building à Amsterdam.
Autant d’évocations pour une illusion d’optique réussie : «28 mètres carrés avec les fondations», précise Gerald Lindner.
cc-studio a ainsi évité de recourir à un permis de construire qui aurait augmenté le coût du projet mais, surtout, «la surface était largement suffisante pour ne pas empiéter sur le jardin et elle convient parfaitement à nos clients. Directeur de la société spécialisée en réalité augmentée Layar, Marteen utilise le studio pour y travailler tard le soir et un lit y a été installé pour des amis de passage».
Gerald Lindner souligne «l’ouverture d’esprit» de clients «aux goûts éclectiques». «Ils nous ont fait confiance. En tant qu’entrepreneur, Marteen ne voit pas les problèmes, plutôt les opportunités. Quant à Lori, son optimisme était à toute épreuve». L’architecte et son associé craignaient les réactions des voisins. In fine, «grâce aux bonnes relations qu’entretiennent avec eux nos clients, tout le monde a fini par applaudir le résultat».
Le défi du projet ? «Ne pas s’énerver», rit l’architecte. Compte tenu des particularités du projet, cc-studio a en effet choisi de faire appel à des artisans plutôt qu’à des entreprises peu sensibles aux choix des architectes. «Je voudrais citer le savoir-faire du designer Erik Bakker et de son équipe ainsi que celui du collectif b29 Studio's», indique l’architecte. Au perfectionnisme ses inconvénients : le chantier a duré six mois.
Environ 40.000 euros pour escamoter la cabane au fond du jardin, n’est ce pas un peu cher payé ? «Ce projet est atypique», souligne Gérald Lindner, selon lequel un concepteur ne doit jamais se satisfaire de compromis.
Emmanuelle Borne
Fiche technique
Maître d’ouvrage : famille Maarten et Lori Lens-FitzGerald
Architectes : cc-studio (Gerald Lindner, Peter Heideman, trainee TU/e : Danny van Kessel)
Surface nette : 20m²
Livraison : mars 2012
Coût : 38.000€ incl. VAT and demolition of old sheds
«L’idée était de faire le plus compact possible». En clair : un cube de 85m², que l’agence Beckmann-N’Thépé a livré en juin 2010 pour un couple et ses deux enfants à...[Lire la suite]
_B.jpg)
«Enfoncée dans le bush, la maison, traversante, donne à voir cette végétation luxuriante ; en fait, elle donne l’impression d’être lové au sein d’une clairière», soulignent...[Lire la suite]
_B.jpg)
CUT (Benjamin Clarens et Yann Martin) a livré à Chaville (92) en 2011 l’extension d’une maison ou, plus précisément, de deux. Souhaitant s’agrandir, une famille de la banlieue ouest rachète le...[Lire la suite]
_B.jpg)
Bingo, première oeuvre et déjà un prix ! Un prix de la Première Oeuvre. Gaston Tolila et Nicholas Gilliland ont été récompensés pour un atelier d’artiste construit et livré en...[Lire la suite]
_B.jpg)
190.000 euros. «Il y avait un problème majeur. Nos clients n'avaient pas un euro de plus», se souvient Fran Silvestre. La Casa en la ladera de un castillo, autrement dit la maison sur le versant d'un château, à Ayora...[Lire la suite]
_B.jpg)
Habiter et travailler sous un viaduc dans un coin déshérité du centre de Londres ? Contre toute attente, Didier Ryan, fondateur de l’agence londonienne Undercurrent Architects, en rêvait. Du rêve à...[Lire la suite]
_B.jpg)