Habiter et travailler sous un viaduc dans un coin déshérité du centre de Londres ? Contre toute attente, Didier Ryan, fondateur de l’agence londonienne Undercurrent Architects, en rêvait. Du rêve à la réalité avec le projet Archway Studios, livré en mars 2012 dans le district de Southwark. Derrière une façade en Corten érigée devant une arche du XIXe siècle, l’endroit cache un programme mêlant espaces de vie et de travail.
«Nous nous sommes toujours intéressés aux délaissés industriels, à ces zones au parcellaire bizarre, dans des quartiers difficiles, présentant des problèmes de pollution».
Le site où se tient aujourd’hui la façade du projet 'Archway Studios', livré en 2012 dans le quartier Elephant and Castle au sud de Londres, conjuguait ces trois problèmes. Peu alléchant, le programme ? En fait, la panacée pour Didier Ryan, fondateur de l’agence londonienne Undercurrent Architects.
«Nous recherchions un site minuscule pour faire quelque chose d’unique», dit-il. L’architecte est convaincu qu’avec ses poches d’infrastructures, Londres regorge d’un foncier inépuisable pour revitaliser nombre de quartiers difficiles de la capitale anglaise.
Quant au programme se déployant derrière la façade ondulée d’Archway Studios... «Les live-workspaces, conjuguant logement et espace de travail, ont pris de l’ampleur avec Internet et grâce à une politique nationale visant à encourager cette pratique qui permet aux 'créatifs' d’éviter de perdre du temps dans les transports en commun». Or, l’architecte et sa compagne photographe font partie des professions concernées par le phénomène.
Certes, les commerces et autres galeries d’arts se multiplient depuis un moment déjà sous les arches victoriennes ponctuant la ville. En revanche, «personne n’avait encore réalisé un projet combinant bureaux et logements dans ces poches-là», assure Didier Ryan.
Inédit, le projet Archway Studios a nécessité l’obtention d’un permis spécial. «En fait, nous avions besoin de deux permis de construire. L’un délivré par le conseil municipal de Southwark, qui encourage ce type d’initiatives. Le deuxième, délivré par la Network Rail Authority, qui est très soucieuse de la sécurité, fut en revanche plus compliqué à obtenir mais nous avons fini par réussir à travailler avec eux».
A première vue composé «d’une fine mais robuste» coquille en Corten érigée sur un minuscule site de trois mètres par douze le long d’une arche, le projet tire en fait parti de tout l’espace disponible sous le viaduc. In fine, Archway Studios s’étend sur 160 mètres carrés.
Parmi les sources d’inspiration, l’architecte cite l’incontournable Dickens mais aussi Saint-Exupéry. Une référence tirée du nom du quartier, Elephant and Castle. «J’ai pensé à ce croquis du petit Prince qui explique que ce que les 'grandes personnes' confondent avec un chapeau est en fait un éléphant englouti par un boa», s’amuse Didier Ryan.
En clair, l’enveloppe extérieure ne dévoile rien des espaces intérieurs. «Le contraste est saisissant entre l’extérieur et l’intérieur du projet, que ce soit en termes de matériaux, de volume et de lumière».
Un double enjeu fut en effet particulièrement délicat à mettre en oeuvre : amener la lumière au fond de l’arche tout en protégeant l’espace du bruit extérieur et des vibrations dues aux passages des trains. D’où les manipulations de l’enveloppe qui, «grâce à sa forme courbe et à ses ouvertures latérales et zénithale, capte la lumière toute la journée tout en préservant l’intimité».
«L’extension fonctionne à l’instar d’un réflecteur de lumière. Grâce à la forme concave de l’enveloppe orientée au sud, le fond de l’arche reçoit la lumière», précise l’architecte. De remédier aux vibrations grâce à une structure posée sur des fondations en caoutchouc.
A l’intérieur, la surface est répartie à proportions égales entre la zone de travail et la partie résidentielle. «On entre dans l’espace via un étroit couloir qui mène sous l’arche de cinq mètres de haut. Ensuite, l’atrium s’élève jusqu’à presque neuf mètres de haut». Le jeu de palier confère à l’espace, selon Didier Ryan, «la qualité d’une église».
Alors que l’ensemble du volume sous arche est réservé à l’espace de travail, l’extension abrite les espaces de vie. C’est-à-dire, au rez-de-chaussée, un salon et une cuisine, à l’étage une chambre et une salle de bains et, enfin, une dernière chambre bénéficie, au sommet de l’enveloppe, d’une vue sur le ciel.
Sans dévoiler le coût du projet, l’architecte souligne «qu’il n’a pas coûté plus cher qu’une maison traditionnelle quand on soustrait les frais de dépollution du site et les différentes astuces pour remédier au bruit et aux vibrations».
«Auparavant, nous habitions dans une maison digne de ce nom mais nous n’avions pas de bons bureaux. Aujourd’hui, nous avons les deux», se réjouit Didier Ryan. Visiblement, il n’est pas le seul. «Nous sommes dans un quartier difficile et pourtant notre bâtiment n’a jamais été tagué et les passants nous félicitent», assure-t-il.
Sans doute ces adultes-là distinguent l’éléphant dans le boa.
Emmanuelle Borne
Fiche technique
Lieu : Southwark, Londres
Calendrier : 2010-2012
Equipe : Undercurrent Architects / Project Architect Didier Ryan / Assistant Alessandra Giannotti / Eckersley O’Callaghan Engineers
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