A Marseille, les collines. A une vingtaine de kilomètres du centre, Roquevaire. L’arrière-pays, cadre idéal de villégiature ? «Ce qui légitime ici l’acte architectural ? Le respect du paysage», affirme Guillaume Calas. «La maison s’enracine dans le sol, elle excuse de fait sa présence», dit-il. En 2012, Atelier Calas a livré, au pied du Garlaban, une maison individuelle à hauteur d’oliviers.
Au lieu-dit Lascours, les oliveraies seraient le terrain rêvé d’une cité dortoir. Construire implique «une démarche quant à l’environnement», assure Guillaume Calas.
Alors s’imposer ? Se montrer ? S’enterrer !
Profil bas. «Il s’agissait de profiter de la terre pour l’isolation», note Guillaume Calas. Et de la terre, sur le toit aussi. Bref, de l’ingéniosité au camouflage, un parti architectural.
«La construction s’impose aux sens ; les lignes cadrent, canalisent et guident le regard. Les murs sont soumis au toucher et accrochent la lumière. Les échanges entre le site, le corps et le bâtiment sont la base du travail de l’atelier», souligne-t-il.
Aussi, «l’organisation de la maison est dictée par un mur de soutènement en pierre sèche et par la trame des oliviers», indique l’architecte. Entre chaque arbre, six mètres.
Depuis la maison, tantôt une percée visuelle vers les collines alentours, tantôt la cime des arbres. En haut, sur la toiture terrasse, le cirque des collines calcaires.
«Cette réalisation est le projet d’un couple. Le père de la jeune femme a assuré lui-même, seul, la construction. L’homme avait déjà érigé sa propre maison et fait montre de ténacité dans la tâche», raconte Guillaume Calas.
Pour l’architecte, la situation est inédite et conduit à des ajustements. «Il y a dans ce projet la volonté d’intégrer un savoir-faire. Je connaissais d’ores et déjà la matière et nous avons développé ensemble la manière», explique-t-il.
De quoi satisfaire les ambitions d’un homme de l’art. «L’architecture est un travail avec le contexte. Nous nous devons d’utiliser des matériaux contemporains pour le vitrage et les menuiseries mais nous avons à nous intégrer au local en considérant un territoire et sa culture», défend-il. Régionalisme critique?
«L’architecture ne peut nier des connaissances séculaires sur la confrontation d’une culture à un site ; toutefois, elle doit se poser les questions de son temps et ne pas stagner».
De fait, l’expérience au contact de l’agriculteur est enrichissante. En guise d’enseignement, «l’ancrage dans le territoire». Autant dire, la poursuite d’un apprentissage effectué à Luminy puis chez Fernandez & Serres et d’un intérêt pour l’auto-construction et «l’architecture située», notamment celle d’André Ravéreau.
Revers de la médaille, le chantier a duré plus de trois ans et certains lots ont dû être traités par des entreprises extérieures afin d’obtenir la garantie décennale. «Parmi eux, les menuiseries, la toiture et la chape du plancher chauffant», note l’architecte.
A l’origine du projet, une maquette. Au centre de la maquette, un H. Au centre du H, la cuisine. «L’intérêt de ce projet était de travailler la relation de la maison avec l’olivier et de travailler les espaces domestiques de la construction dans cette relation, extrêmement proche, à l’environnement agricole», explique Guillaume Calas.
Puis, à l’architecte d’évoquer les deux ailes, chacune d’entre elles se divisant en deux entités. L’une amont, «enterrée», l’autre aval, «cadrée» sur les arbres.
Aux premières, les chambres, aux secondes, salle à manger et séjour. «Ce plan est lié à la volonté de faire pénétrer la lumière au coeur du dispositif», assure l’architecte.
La cuisine est, quant à elle, «la rotule». «Le Corbusier y travaillait. C’est là où la famille se retrouve. Ce lieu a un rôle de transition dans l’espace et bénéficie des variations de lumière tout au long de la journée», dit-il.
Si aucun changement fondamental n’est venu bouleverser les plans d’origine, le sous-sol, quant à lui, a connu nombre d’évolutions. Au vide sanitaire s’est substitué, outre un lieu de stockage, un système de récupération d’eau pluviale et un dispositif de puits canadien dont la prise d’air est située à vingt-cinq mètres de la maison.
L’Atelier Calas fait d’ores et déjà montre d’un savoir-faire «situé». Parallèlement, en cours, le lycée Jean Moulin à Béziers ou encore le réaménagement d’une clinique à Aix-en-Provence.
Le sud n’est pas une limite. «Il faut se confronter à d’autres cultures et d’autres organisations», conclut Guillaume Calas.
Pour de nouveaux horizons, en guise de sésame, dorénavant sur la carte de visite, quatre lettres : AJAP.
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