Les maisons individuelles sont généralement les premiers projets d’une agence. Pour Corinne Vezzoni, il fallut, contre toute attente, plusieurs années avant que le célèbre bureau marseillais n’érige sa première villa. «Un choix», répond l’architecte. En 2012, deux livraisons révèlent quelques obsessions. Du paysage, de l’épaisseur, de la finesse et du détail. Deux maisons en guise d’accomplissement.
«Ce n’est pas mon activité. J’ai souvent refusé des projets de maison. Ces deux réalisations sont davantage des cas particuliers. Ce sont avant tout des histoires», dit-elle. Et des rencontres.
Il y a deux ans, Cité Radieuse, à Marseille, c’était avec enthousiasme que Corinne Vezzoni évoquait la construction d’une maison en Corse.
Sur la mezzanine de l’agence, une maquette. Des dizaines de rochers cyclopéens, tous représentés à la bonne échelle. Et l’architecte de s’étonner alors de la manière dont un édifice pouvait s’insérer sur un tel site.
Quelques mois plus tard, direction Figari. Après une heure de route, le Golfe de Porto Vecchio apparaît enfin. Un chemin serpente. Au sommet, un improbable terrain rocailleux, lequel «paraissait inconstructible», rappelle-t-elle.
Aux problématiques méditerranéennes, de la pente et du soleil, les contraintes géologiques. «Il fallait rechercher la vue», explique Corinne Vezzoni. De fait, «la maison devait chevaucher les blocs». La terre est rare et la construction se pose sur les monticules granitiques.
«La grande difficulté était de caler le niveau haut de la maison mais aussi de pénétrer dans le maquis», assure l’architecte. Dominer le paysage mais aussi intégrer un environnement.
Du béton, du métal, certes. Mais aussi de la pierre. Il n’y a qu’à se baisser et l’assemblage évoque quelques constructions vernaculaires de la région. «La tradition des bergeries», souligne Corinne Vezzoni.
Le vocabulaire n’en demeure pas moins contemporain. Le portail franchi, l’escalier gravi à travers jardin, la vue s’offre en spectacle. L’édifice joue des transparences et les lignes du projet orientent le regard.
«Je voulais un argument pour amener l’oeil vers l’horizon», affirme l’architecte avec, en mire, la piscine. «A l’origine, elle devait être dissociée de la construction. J’ai proposé d’imbriquer le bassin à la villa pour ne pas gaspiller de terrain naturel», dit-elle.
En haut donc, salon, cuisine, terrasse et piscine. En bas, chambres et salles de bains. L’organisation de la maison reprend la dualité du paysage. A l’ouverture lumineuse des espaces de jour répond l’introspection des espaces de nuit.
Au niveau inférieur, à travers les baies vitrées, le maquis, sombre et reposant.
«Les feuilles sont sèches, ce sont des plantes qui souffrent, qui dégagent peu d’humidité et quelques huiles essentielles. Cette végétation n’a jamais de couleurs éclatantes» ; et, de fait, l’architecture se fait discrète.
A Embrun, la pente. Le climat n’est plus méditerranéen, les Alpes sont Hautes. Autre maison, autre difficulté. Toutefois, une même obsession : rechercher la vue.
Sur les hauteurs de la ville, une zone pavillonnaire. Après deux-trois virages, la voiture s’immobilise. En haut de la parcelle, une maison.
«Pour ce projet, nous sommes partis de l’idée de l’arbre et des cabanes de forêt», indique Corinne Vezzoni. En lieu et place de la construction, un verger et un potager. Quelques arbres aussi. Des mélèzes.
«La structure en métal était la seule possible pour ne pas toucher aux racines. Nous n’avons apporté aucune modification au terrain, nous avons opté pour un chantier sec», explique-t-elle.
Autour des arbres, l’architecture. «Nous voulions le plus de finesse possible et de légèreté. La difficulté reposait dans la gestion de l’isolation et de la tripaille». Stores, isolant et étanchéité, le tout dans quinze centimètres. «Tout se joue sur le détail», assure l’architecte.
A l’épaisseur d’une maison corse s’oppose la légèreté d’une villa alpine. Toutefois, la dualité caractéristique de l’une s’applique à l’autre. Au grand paysage se mêlent des vues plus intimes sur le sous-bois, proche.
Depuis la salle de bain, à travers une large baie vitrée, quelques feuillus dont la cime est à peine visible. «Cézanne, sur ses toiles, coupait les arbres, du moins ne les montrait jamais dans sa totalité». Un cadrage pictural donc.
Et l’architecte de construire pour nos yeux qui ne voient rien.
Jean-Philippe Hugron
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