Un article paru le 26 septembre 2012 dans le journal américain The Christian Science Monitor, signé Cathryn J. Prince, présente le programme 'The 1 percent', mettant en relation des associations ayant besoin d'experts en conception avec des agences d’architecture. Lesquelles consacrent au moins 1% de leur temps chaque année à des projets caritatifs, ce qui leur permet par là-même d’enrichir leur carnet de commanditaires potentiels. Des émules en France ?
Contexte
«Faire du travail pro bono n’est pas seulement une affaire de valeurs», commente Amy Ress, chef de projet du programme 1%, à propos des résultats d’une enquête récemment menée auprès de 1.000 agences d'architecture participant à cette initiative, créée en 2001 à San Francisco par 'Public Architecture' (et disponible sur le site www.publicarchitecture.org).
Parmi les conclusions de l’enquête menée par Public Architecture en collaboration avec des chercheurs de la Harvard Business School, si les contraintes financières et la disponibilité des collaborateurs sont les principaux obstacles à l’engagement d’une agence dans un projet pro bono, «les agences qui s’y attachent attendent de ces projets un accès à des nouveaux marchés ou de nouer des nouveaux contacts».
Un argument qui peut faire mouche auprès des plus récalcitrants.
En attendant l’enquête qui prouvera que les projets pro bono sont bons pour les affaires, reste l’enjeu humaniste. Suffisant pour imaginer une version française du 1% ?
EB
CE '1 POUR CENT' AIDE LES ASSOCIATIONS A RESOUDRE DES PROBLEMES ARCHITECTURAUX
Cathryn J. Prince | The Christian Science Monitor
SAN FRANCISCO - Dans l’atelier en béton et acier aux lignes épurées abritant les locaux de l’association 'Bikes Not Bombs', installés dans le quartier Jamaica Plain de Boston, des jeunes en difficulté recyclent des vélos avant de les envoyer dans des pays en voie de développement**.
Plus loin dans le pays, à l’hôpital pour enfants Amplatz de l’Université de Minnesota, une 'suite témoin' atteste qu’une chambre d’hôpital dédiée aux enfants peut être plus confortable et moins intimidante.
L’atelier de réparation de vélos fut construit grâce au '1 pour cent'. Lequel '1 pour cent' est également à l’origine de la chambre d’hôpital.
Non pas le 1 pour cent qui fut l’objet des manifestations 'Occupy Wall Street'*** mais celui du programme '1%' de 'Public Architecture'.
Basée à San Francisco, l’organisation met en relation des associations à but non lucratif ayant des besoins en matière de conception avec des agences d’architecture. Son nom provient de l’idée que si des agences de par les Etats-Unis consacrent à peine 1 pour cent de leur temps chaque année à des projets caritatifs, cela revient au total à 5 millions d’heures.
«Dans un moment de folie, j’ai décidé de lancer une association», dit John Peterson, président de 'Public Architecture' et initiateur du programme '1%'.
John Peterson avait préalablement dirigé une petite agence d’architecture essentiellement spécialisée en projets résidentiels. Mais, en réfléchissant au rôle à jouer dans différents quartiers, il y vit l’opportunité d’aider des communautés déshéritées.
Il découvrit que la plupart des agences d’architecture sont étrangères à l’idée d’une activité pro bono. A l’origine, organiser des concours était le seul moyen d’obtenir la participation d’agences.
«Mais les projets de concours voient rarement le jour», dit Amy Ress, chef de projet du programme 1%. «Nous voulions concevoir des projets qui seraient construits».
John Peterson a lancé le 1% en 2001. Dix ans plus tard, plus de 1.000 agences d’architecture (entre 3 et 5 pour cent de l’ensemble des agences américaines) et 600 associations participent au programme. Selon lui, environ dix-huit nouvelles agences les rejoignent chaque mois.
L’un des premiers projets est 'The Station', un espace de réunion dédié aux ouvriers travaillant de jour, ces derniers se retrouvant généralement dans des endroits destinés à d’autres usages, tels des stations-service ou des parkings. Aujourd’hui, une bonne poignée de 'centres de travail de jour' ('Day labor centers') existent partout dans le pays.
The Station, un pavillon à la structure flexible, pourrait également servir de centre de formation ou de salle de classe. Même s’il n’est pas encore ouvert, ce projet est un exemple de la façon dont l'architecture peut encourager des débats autour de sujets sociaux.
Selon Amy Ress, il faut informer les agences pour augmenter le nombre de participants pro bono.
«Si elles n’ont pas les moyens de garder les lumières allumées le soir et de payer leurs employés, elles ne participent pas au programme», dit-elle. Autrement dit, le 1% doit montrer aux architectes et aux agences en quoi une activité pro bono peut être une manière saine de faire des affaires.
Les agences doivent envisager ce temps consacré à des projets caritatifs comme un investissement, selon Amy Ress. Les associations à but non lucratif comptent souvent des personnes influentes au sein de leurs conseils d’administration. Pouvoir présenter son travail à de tels acteurs est une opportunité. Un projet pro bono peut mener à dix projets payés grâce aux rencontres faites dans ce premier cadre. En retour, ces projets rémunérés signifient que l’agence pourra se permettre de faire du travail pro bono, dit-elle.
Ce temps pro bono permettrait également aux agences d’atteindre des marchés en dehors de leur cercle d’affaires habituel. Et cela permet aux jeunes agences d’expérimenter de nouveaux projets.
Seules les associations basées aux Etats-Unis peuvent participer au 1%, même si leurs projets sont implantés ailleurs. Par exemple, l’association 'Room to Read', basée à San Francisco, construit des bibliothèques et des écoles en Afrique. Elle s’est adressée au 1 pour cent afin de trouver une agence d’architecture pouvant l’aider à concevoir des projets plus performants en termes énergétiques.
Même si elles n’ont pas encore rejoint le programme et rencontré des associations, quelques agences au Canada et ailleurs passent par le 1% afin de partager des idées en matière de travail pro bono.
Selon les responsables du programme, le 1% est financé par les contributions de fondations privées et d’agences, parmi lesquelles le National Endowment for the Arts, le Shaw Contract Group, Teknion, Formica et, parmi les agences, Gensler, Cannon et McCall Design Group.
Depuis ses débuts, le 1% n’a jamais cessé de poser, selon Peterson, les questions suivantes : 'Comment participer à la vie en société ?' et 'Quelle est notre responsabilité dans la société ?'.
Cathryn J. Prince | The Christian Science Monitor | Etats-Unis
26-09-2012
Adapté par : Emmanuelle Borne
* Pro bono est l'abréviation de l’expression latine pro bono publico, qui signifie 'pour le bien public'. Principalement utilisé par les avocats, le terme pro bono recouvre plus généralement des pratiques de bénévolat de la part de volontaires qui acceptent, au nom de l’intérêt général, de travailler à titre gracieux dans le cadre de leurs métiers.
** 'Des vélos, pas des bombes' est une association qui emploie, depuis 1984, des jeunes en difficulté chargés de réparer des vélos pour les envoyer notamment en Afrique du Sud, au Ghana et au Guatemala.
*** 'Occupy Wall Street' - en français 'Occupons Wall Street' - est un mouvement de contestation pacifique dénonçant les abus du capitalisme financier ayant eu lieu entre septembre et novembre 2011.
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