Les journalistes Muhannad Abu Zeitoun et Ismayil Alhajji évoquent, dans un article publié le 10 décembre 2012 dans le journal bahreïni Alwatannews, le gel des mouvements culturels à Bahreïn et dans l’ensemble du monde arabe. La livraison à Manama en 2012 du nouveau théâtre national du royaume promet l’espoir d’un renouveau. Optimisme, optimisme.
Contexte
Inauguré le 12 novembre 2012, le théâtre national du Royaume de Bahreïn est l’oeuvre de l’agence française AS. Architecture-Studio qui a déjà, dans la région, de nombreux projets à son actif.
Un théâtre de cette envergure dans une capitale arabe élue à la fois 'Capitale culturelle arabe 2012' et 'Capitale touristique 2013' est une première.
Avec cet équipement culturel, les autorités de Bahreïn comptent propulser leur pays non seulement sur la scène régionale mais également internationale.
Cet 'objet', malgré l’argument touristique, est présenté aujourd’hui comme la réalisation d’un rêve ancien. En découle alors une grande satisfaction qui encourage le pouvoir en place à envisager à moyen et long termes d’autres projets du même acabit dans différentes villes du royaume.
SH
LE THEATRE NATIONAL NOUS INTERPELLE
Muhannad Abu Zeitoun et Ismayil Alhajji | Alwatannews
MANAMA - Après sa pièce de théâtre 'Almasaa', présentée à Beyrouth en 2003, le metteur en scène irakien Awni Karroumi a déclaré : «Ma vie peut débuter le lendemain de ma mort».
Le site est un condensé de l’histoire de Bahreïn : l’ensemble paraît tel un écrin posé sur un lac où le théâtre apparaît telle une perle.
La mer est présente, la perle aussi. Il ne manque plus que la tradition architecturale et les moucharabiehs de couvrir l’entrée.
C’est comme si l’agence française Architecture Studio, tout en construisant une oeuvre contemporaine qui s’intègre à merveille dans son environnement, avait souhaité faire ressortir un morceau de tradition. Avec ses mille et une places, le théâtre va encore plus loin en faisant un clin d’oeil aux contes des mille et une nuits.
«Avec cette oeuvre, le progrès technique permet la réalisation de tous types de représentations et de rendre le résultat spectaculaire», a déclaré le directeur artistique Ahmad Alfacheh.
Avec une surface de 12.000m², le théâtre de Bahreïn vient en troisième position après l’Opéra du Caire et celui d’Oman.
«La réalisation n’a pas été facile», souligne l’architecte Nizar Al Mohammadi en ajoutant : «Tout dépend des finitions [...]. Le travail du bois était à lui seul toute une histoire mais nous l’avons accompli avec l’aide d’artisans locaux».
Un théâtre grec combinant détails arabes bahreïnis et conception occidentale contemporaine et qui évoque, de surcroît, parfois, l’héritage indien : ainsi peut-on qualifier, en quelques mots, le théâtre municipal de Bahreïn. Un bâtiment qui réunit, sous un seul dôme, bien des civilisations.
Le théâtre a été inauguré le 12 novembre 2012 lors des festivités de Manama, devenue capitale culturelle arabe 2012. A cet événement, s’ajoute celui de 'Manama capitale touristique 2013' ; culture et tourisme vont de pair.
De fait, le théâtre sera tel un ambassadeur ; Bahreïn sera connue dans le monde entier. Et ce, sans évoquer les différentes cultures qui seront présentées à leur tour aux citoyens de Bahreïn.
Il y a plus de dix ans, le théâtre de Bahreïn n’était qu’une idée devenue projet et enfin, réalité.
Non, ce n’est pas un musée
Bahreïn, qui a toujours été doté d’une scène théâtrale qui alimente les débats, possède maintenant un monumental théâtre national. Quelle incidence aura cette construction sur la ville d’une part et sur la qualité des représentations d’autre part ?
Jamal Al Sakr, le vice-président du théâtre national, ne perçoit pas l’ensemble comme un 'musée' mais plutôt comme un 'vieux rêve réalisé' qui va propulser non seulement la ville mais le pays entier sur la scène culturelle.
Abdelkader Akil, le directeur général, rappelle l’implication personnelle du roi et surtout de la reine pour mener à bien ce projet qui a coûté la coquette somme de 19 millions de dinars (37 millions d’euros, ndlr).
Selon Abdelkader Akil, le théâtre de Bahreïn est un chef-d’oeuvre architectural unique qui devrait accueillir sur sa scène des représentations puissantes, à l’image de l’édifice.
Avec ou contre vous !
Qui détermine la qualité des représentations afin de ne pas se soumettre à l’humeur du peuple ?
«Ce sont les membres de comité de la culture (formé par des intellectuels) qui vont pouvoir évaluer la force de ces représentations», explique Abdelkader Akil.
Il s’agit d’un théâtre qui répond à des normes internationales pouvant offrir aux Bahreïnis des spectacles extraordinaires. Il est à l’image de ces résidences habitées en permanence d’où l’importance des représentations multiculturelles tout au long de l’année.
«Notre pays a besoin, à l’image de notre capitale, de plusieurs théâtres implantés dans toutes les villes. Notre rayonnement culturel devrait dépasser nos frontières pour atteindre toute la région. Ce théâtre n’est pas une maison individuelle qui accueille peu de monde mais un édifice qui s’ouvre au monde ; l’adage 'avec ou contre vous' n’y est pas applicable. Il faut donner les moyens de l’utiliser à grande échelle, chose qui, pour le moment, n’en est qu’à son balbutiement», dit-il.
Il est vrai que l’activité théâtrale est en récession ces deux dernières années, au vu du climat politique du pays. Ce gel des différents mouvements culturels n’est pas propre à Bahreïn : l’ensemble du monde arabe vit des moments peu propices à l’épanouissement de cette culture.
Ce phénomène n’est pas nouveau : il a commencé en 1967 même si, fondamentalement, chaque pays a su garder sa propre culture. Le cinéma et l’avènement d’Internet y sont pour quelque chose même si nous espérons que des édifices de même stature que le théâtre de Bahreïn vivifient la création et la représentation théâtrale.
Abdelkader Akil ajoute qu’un théâtre de cette richesse, conçu et réalisé avec des détails singuliers, devrait stimuler la créativité. Ainsi, la ville n’est pas seulement optimiste, elle est aussi fière.
Le théâtre national de Bahreïn est un lieu ouvert à tous les citoyens. Voilà une nouvelle manière de transmettre un message rempli d’optimisme.
Muhannad Abu Zeitoun et Ismayil Alhajji | Alwatannews | Bahreïn
10-11-2012
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