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Chronique | Architectes français à l'export, l'AFEX autant que faire se peut ? (06-02-2013)

Architectes français à l’export... Sous cette proposition, des réalités contrastées. Toujours est-il qu’à l’étranger, pour les architectes français, la culture est un pis-aller bien peu rémunérateur, sauf pour quelques-uns. Pour les agences anglo-saxonnes qui raflent les marchés, business is business. L’AFEX le déplore et n’en peut mais.

France

Quels architectes français développent des projets à l’étranger ? Nouvel, de Portzamparc, Perrault, Pritzkers ou assimilés, sont figures planétaires et non plus nationales. Sans doute Ferrier, Moatti-Rivière, Arte-Charpentier, Architecture Studio, Wilmotte (16% de son CA à l’export), etc. en sont. Encore un nombre croissant de jeunes agences ont tenté avec succès leur chance 'abroad' : X-TU, Coldefy et associés, archi5, Lan et Colboc, Franzen et associés, nous ne pouvons les citer toutes.

Sans même parler ni des architectes français salariés à l’étranger ni encore des agences françaises installées à l’étranger telles les Triptyques, Cécile Brisac, Colomer Dumont - nous ne pouvons les citer toutes - quels sont les chiffres ?

Il existe peu de données statistiques sur le sujet. En 1995, le rapport Contenay avançait que les agences françaises réalisaient 2,25% de leur CA à l’export. En 2001, ce chiffre est passé à 4,18% pour 142 agences travaillant à l’étranger et un CA global de 46,2 millions d’euros. La concentration des agences est notable car les vingt premières d'entre elles réalisaient 74% du CA export de l’ensemble du secteur.

En 2005, ce CA global est passé à 63,5 millions d’euros. Ramené en pourcentage, les entreprises françaises réalisaient donc à cette date 3,5% de leur CA à l’international, ce qui reste très faible. 247 sociétés travaillaient à l’export, soit une augmentation de 74% depuis 2001, tandis que dix sociétés faisaient un CA supérieur à 1 million d’euros, ces agences d’architecture réalisant par ailleurs une part très importante de leur CA à l’étranger (41%). (Source : Architecture française à l’export : tendances chiffrées).

Les chiffres n’ont pas été réactualisés depuis mais ils viennent battre en brèche cependant l’idée que seules les grandes agences peuvent travailler à l’export. Entre 2001 et 2005, de nouvelles agences sont apparues sur le marché de l’export, un «turn-over qui montre que de nouvelles sociétés viennent s’essayer à l’export, un terrain d’aventure qui n’est pas réservé qu’aux stars», estime l’AFEX, acronyme de 'Architectes français à l’export'.

02(@Maxime Dufour).jpgInstitut de design / Hong Kong, Chine / Coldefy & AssociésC’est cette dynamique précisément que l’AFEX a pour ambition d’encourager, l’objectif étant de renforcer la présence des architectes français sur les marchés internationaux. Créée en 1996, l’AFEX est une association d’une centaine de membres, architectes mais aussi urbanistes, paysagistes et ingénieurs, dont le rôle est de promouvoir «le savoir-faire français» en ce domaine.

Concrètement, l’association organise deux à trois voyages internationaux dans l’année avec, à la clef, chaque fois ou presque, un grand colloque institutionnel dont l’objectif est de donner brièvement la parole aux membres de la délégation (des architectes qui ont payé ce voyage, ndlr) devant un parterre choisi même si souvent disparate sinon clairsemé. A l’issue de ce colloque, aux Français de se présenter, également lors de «rendez-vous collectifs», aux maîtres d’ouvrage publics et privés étrangers.

Ce fut le cas récemment à Rio et à Hong Kong. Le prochain voyage a pour destination la Malaisie, pays en déficit d’image et actuellement «sous la coupe» d’architectes anglo-saxons, indiens et singapouriens ; il y aurait supposément de la place pour des Français.

03(@DanielMoulinet)_S.jpgEco Resort Six Senses / Com Dao, Vietnam / AW²Pour réaliser ces voyages promotionnels, l’AFEX s’appuie sur les compétences d’Ubifrance, une société «présente dans 60 pays à travers 80 bureaux», soit un 'établissement public à caractère industriel et commercial' (EPIC) dont l’objet est d’accompagner les entreprises françaises dans leur développement à l‘export.

Dit autrement, Ubifrance, qui intervient dans tous les secteurs d’activité, n’a de lien continu avec les architectes qu’au travers de l’AFEX, rien moins que son «animateur culturel». De fait, peu d’architectes (une dizaine par an) ont recours directement et dans une démarche personnelle à Ubifrance.

Pour «déblayer un marché», faire le tour des «opérateurs en place», «développer une campagne de rendez-vous ciblés avec des promoteurs et des investisseurs sur place», si le service est précieux, les tarifs sont modiques.

A l’AFEX comme chez Ubifrance, d’aucuns concèdent avoir très peu de données chiffrées à communiquer sur les retombées de leur action et naviguer à vue. Madeleine Houbart, secrétaire générale de l’AFEX comme Sophie Diebolt d’Ubifrance assurent cependant qu’une action à l’international ne peut s’inscrire que dans une stratégie globale avec des moyens qui lui sont affectés. Elles insistent également sur le fait qu’un développement à l’étranger ne peut se faire ni sans un partenaire local avec lequel s’associer ni sans une présence répétée de l’architecte français.

04(@Arte Charpentier Architectes)_S.jpgMarché central / Phnom Penh, Cambodge / Arte CharpentierAujourd’hui, peu ou prou 50% des références construites à l’export le sont en Chine, où des agences telles Arte Charpentier, Valode et Pistre et Architecture Studio ont des filiales, en général logiquement établies avec d’anciens stagiaires ou salariés chinois.

Donc c’est possible. Pourquoi, malgré tout, l’impression prévaut-elle que le bataillon des architectes français à l’export est maigre comparé à celui des Anglo-saxons qui construisent massivement en Chine ainsi qu'au Moyen-Orient et en Russie ? Il est vrai que les Anglo-saxons s’inscrivent dans une dynamique d’intégration des compétences et d’offres complètes : architecture + ingénierie + gestion des équipements + financement.

En comparaison, les architectes français sont bien démunis et bien seuls. Alors, ils jouent leurs meilleurs atouts (les seuls ?) : la culture et les Ponts et Chaussées. La France est «appelée» à l’étranger pour construire des bâtiments culturels, des hôtels de luxe... ou des infrastructures de transport. D’ailleurs, ceux qui font de l’infrastructure de transport finissent par se mettre à la culture ; ainsi AREP, ainsi Paul Andreu.

05(@MarcMimram)_B.jpgPont Hassan II / Rabat, Maroc / Marc MimramAussi l’AFEX valorise-t-elle les architectes français à l’étranger avec... des expositions. Depuis 2010, elle organise le Grand Prix AFEX qui vient couronner un bâtiment réalisé par des Français à l’étranger. Cette exposition, présentée en 2012 à la Cité de l’architecture et du Patrimoine, circule ensuite dans les réseaux des Instituts français, bon an mal an, bras armés de la culture à l’export.

Un oeil jeté sur les plaquettes de ces expositions est riche d’enseignements : pas un texte en anglais. Certes, Madeleine Houbart de l’AFEX assure que ces expositions bénéficient d’une «énorme fréquentation».

C’est une bonne nouvelle.

Annabelle Hagmann

Réactions

Thierry Nabères - MOUVEMENT | Architecte | Ile de France | 07-02-2013 à 17:11:00

Cet article très intéressant m'amène à réagir sur le thème du phénomène inverse des architectes Européens qui interviennent en France. Sur ce sujet, nous sommes régulièrement sollicités , ainsi que mes confrères, par une société intermédiaire italienne dont la raison d'être avérée est de mettre en relation des architectes Allemands, Autrichiens, et maintenant Espagnols - des agences plutôt importantes en général - avec des agences relais françaises, dans le cadre de marchés publics français. Notre rôle se réduit dans ces partenariats à une maîtrise d'oeuvre d'exécution un peu améliorée dans la mesure où la concrétisation (PRO-ACT) demande une vraie connaissance des méthodes françaises. Le résultat est que les architectes français perdent au travers de ce processus des parts de marché sur des projets d'envergure pas forcément démesurée (au dessus de 10 mE HT en fait) , on ne peut que le regretter. De plus les deux partenaires rémunèrent (non symboliquement...) un intermédiaire qui diminue leurs marges de manœuvre financières . Les atouts de cet intermédiaire : connaitre précisément les méthodes pour répondre à un appel d'offre en france (DC1, et tout ce qui s'ensuit, règles de montage des groupements, pièces à produire...) disposer de personnel parlant parfaitement le français pour nous faciliter la tache et nous mettre en confiance; savoir identifier des "pools" d'agences françaises ou étrangères susceptibles d'être intéressées. Comment intéressent-iles les agences françaises ? Tout simplement en leur proposant des projets d'une échelle supérieure à celle qu'elles pratiquent usuellement pour que le partenariat leur donne accès à une commande qui leur est inaccessible sinon.
Ma question est la suivante : pourquoi ne développerions nous pas le même processus, mais dans l'autre sens, pour développer notre export ? Et surtout pourquoi pas avec un organisme d'intérêt collectif plutôt qu'avec un intermédiaire vénal ? La question est posée à l'AFEX et à UBIFrance ... qui connaissent peut être déjà cette situation ?

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