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Chronique | Dédé l'explorateur - Dédé explore les moyens de déplacement (06-02-2013)

Dédé le sait bien : le voyage est aussi important que la destination. Il faut donc explorer les moyens de déplacement autant que les points de chute recherchés. Il y en a beaucoup et il faut bien choisir. Sur les sites de la SNCF, des compagnies aériennes et des voyagistes, il y a maintenant des calculateurs. Tu pars en vacances, tant mieux pour toi, mais attention au bilan carbone. Rabat-joie le bilan transport ?

Développement durable | France

L’effet de serre n’est pas une vue de l’esprit. En plus, il n’y a pas que l’effet de serre dans la vie ! Il faut préserver l’espace, la terre nourricière, les paysages, la biodiversité. Il ne faut pas faire trop de bruit, polluer ni les eaux avec des hydrocarbures et autres métaux lourds ni l’air avec des oxydes d’azote ou du souffre, sans oublier le benzène...

Dédé est songeur. Comment s’y retrouver entre toutes ces exigences ? L’avion a mauvaise presse. Pourtant, il ne représente qu’entre 2 et 3% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, moins que le transport maritime, soit dit en passant. Les aéronefs modernes consomment aujourd’hui quatre litres pour cent kilomètres parcourus par passager ; ce sera bientôt trois litres seulement avec les prochaines générations d’appareils.

Dédé doit reconnaitre que les grands constructeurs aéronautiques font des efforts. Heureusement car, si les déplacements aéronautiques ne pèsent que 0,6% du PIB mondial, ils émettent, proportionnellement à leur chiffre d’affaires, quatre à cinq fois plus de CO2 que la moyenne des activités. Et la croissance continue du trafic conduirait à un triplement des émissions d’ici 2050, alors que, nous le savons, il faudrait d’ici là les diviser par quatre.

Sans compter les aéroports. Ainsi en est-il aujourd’hui avec celui de Notre-Dame des Landes comme hier avec le 3e aéroport de Paris. Les manifestations vont bon train, avec un argument souvent porté en avant : la terre peau de chagrin.

Curieusement, Dédé ne voit pas, dans la presse ou sur Internet - mais cela est peut-être dû à une maladresse dans sa recherche - de calculs de surfaces de sol rapportées aux kilomètres parcourus. En effet, si d’aucuns additionnent tous les kilomètres parcourus par chaque passager pendant toute la durée de vie de l’aéroport (il faudrait compléter par les tonnes transportées par kilomètre), ils obtiennent une mesure du service rendu. Laquelle indication n’a pas grand sens en soi sinon qu’elle peut être comparée aux montants des prélèvements correspondants ou autres chiffres équivalents calculés pour la route, le rail et les différents modes de transport.

Ce calcul fut réalisé pour l’énergie. Ainsi, l’énergie consommée par passager-kilomètre en avion est plutôt inférieure à celle d’un automobiliste seul à bord de sa voiture pour le même parcours. Peut-on faire des calculs équivalents sur la surface consommée, les dommages à la biodiversité, la dégradation des paysages ?

Les trains ont un bilan de ce type, les oppositions à de nouvelles lignes en témoignent chaque jour. En plus de l’assise qu’ils occupent, ces ouvrages linéaires, routes et voies ferrées - et même voies d’eau - coupent le territoire. La biodiversité s’appauvrit rapidement quand on découpe un territoire et le morcellement qui en résulte devrait être inscrit dans le bilan.

L’avion rend possible des voyages de longue distance que l’on éviterait sans doute s’il fallait des semaines pour les faire. C’est peut-être ce que l’on reproche à l’avion, en fin de compte. Le problème n’est pas l’avion mais l’usage immodéré qui en est fait. Les commodités qu’il offre banalisent des déplacements lointains, de même que les prix proposés. Quand sur les murs des affiches invitent à dîner en Espagne grâce à des vols très peu chers, il est permis d’être inquiet. Il n’y a pas de tapas à Paris ? Sans parler des vols en apesanteur, en préparation, juste pour donner des sensations à des personnes fortunées qui pourraient tout autant chercher leurs émotions dans l’art, qui peut coûter aussi très cher mais avec un excellent bilan carbone !

Dédé en prend donc son parti. Le moyen de déplacement n’est pas le plus important. Quel que soit son choix, il comporte un coût écologique, il consomme de l’espace et de l’énergie. Dédé se demande si la question qu’il se pose est la bonne : l’enjeu ne serait pas le mode de transport mais le déplacement en lui-même ?

D'accord donc pour consommer des ressources en se déplaçant mais à condition que cela en vaille la peine. Les transports sont victimes de leur succès. Ils sont devenus tellement performants que l’on a pu croire que les distances étaient abolies. Les mentalités ont vite fait de s’y habituer et de ne plus imaginer un avenir sans cette facilité. La sous-évaluation du prix de l’énergie, des dégâts à l’environnement sous toutes ses formes - bruit pour les riverains, territoires découpés, paysages dégradés, faune et flore appauvries, littoral artificialisé - a conduit à une croissance des capacités de transports.

L’activité économique et la vie sociale bénéficient bien sûr des échanges mais Dédé s’inquiète de la dépendance qui en résulte. Il n’y a qu’à observer l’importance du pétrole dans nos sociétés pour montrer la fragilité d’une économie par trop dépendante d’une ressource lointaine.

Dédé s’interroge : ne sommes-nous pas dopés aux transports ? Ne faut-il pas envisager un sevrage ?

Dominique Bidou

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