La médiathèque, un exercice de style. «Une page blanche», assure Jacques Sebbag, associé d’archi5. L’agence parisienne a livré en novembre 2012 à Mont-de-Marsan (40) un édifice lumineux jouant des transparences. De l’extérieur, rien ne présage la richesse intérieure. A «la superposition visuelle» se mêle - et c’est un paradoxe - des espaces intimes.
A droite, des pins.
A gauche, des pins.
La route depuis Bordeaux est monotone. Des pins. En voiture, en guise d'amusement, des blagues Carambar. Des jeux et des pins. De quoi satisfaire les quelques journalistes présents.
Mont-de-Marsan. Enfin. Objectif du voyage : la médiathèque de la communauté d'agglomération. La maire et présidente n'est qu'éloge quant au nouvel édifice. Une médiathèque en province, de quoi ravir le parisien condescendant. Racisme cognitif ?
Après quelques centaines de mètres, le centre-ville dépassé, une zone de garnison. Plusieurs casernes témoignent de l'activité militaire de la région. Au centre, un monticule. Sur le monticule, la médiathèque.
60x60. Un cube de verre, simple, légèrement décalé pour rompre l'ordre martial, domine son environnement ; une présence inattendue. «Nous sommes au centre d'une place. Nous ne voulions aucune hiérarchie. La façade ne fait que se déplier», assure Jacques Sebbag.
L’enveloppe de métal et de verre se déploie sur les quatre côtés du monolithe. Ni avant, ni arrière. «Nous voulions exprimer l’idée d’un écrin et par les lignes diagonales suggérer un mouvement de soulèvement», dit-il.
«Nous avons compris que la population était attachée à cette place. L'endroit avait une fonction précise que nous avons tenté de conserver par l'idée de transparence. Notre projet n'était autre que celui de réaliser une place couverte», poursuit-il.
Belles paroles. L'entrée n'est guère signalée et son traitement ne présage pas de l'importance de l'édifice.
La porte automatique franchie, surprise. Un univers lumineux s'offre aux visiteurs. Rien ne semble arrêter la vue. De l'espace. «Une place couverte», en effet.
A l'extérieur, le ciel est gris. A l'intérieur, l'impression est autre, radieuse. «Le concours était tel une page blanche. Le projet nous est apparu assez rapidement. Nous sommes partis de l'usage. Nous ne voulions aucun cloisonnement. Chaque lieu devait être ouvert pour que chacun puisse se balader», indique l'architecte. Et la flânerie de se poursuivre depuis la place d'armes parmi les rayonnages.
«Le bâtiment est large, il nous fallait créer un patio», note Jacques Sebbag. Au centre, une cour. «Elle aurait pu être ronde ou bien carrée, nous souhaitions une forme souple pour répondre à la rigidité de l'extérieur. Pour éviter l'arbitraire, nous voulions une référence à l'art», poursuit-il.
Une feuille d’acanthe donc, extraite d'un tableau de Matisse. «L'idée était d'avoir un espace extérieur, un lieu de contemplation mais aussi une séparation transparente, un cloisonnement vitré», affirme l'architecte.
Si l'espace est libre, d'un seul tenant, les volutes végétales, stylisées et mises en plan, créent coins et recoins sans pour autant complexifier l'ensemble. Aux architectes, l’habileté d’avoir su travailler les paradoxes.
La hauteur sous plafond, importante, participe de la lisibilité même de l'espace. Pour autant, l'impression n'est jamais monumentale. Les façades vitrées de la cour, inclinées, mêlent les lignes obliques. Le vase Aalto mais aussi «une référence à la forêt des Landes», assure l'architecte.
Une architecture métallique donc ? «Un projet en bois n'était pas notre idée. Nous voulions un bâtiment complètement transparent», soutient Jacques Sebbag. Dont acte.
Si l'espace est ouvert et marqué par une unité de traitement, les usages ont été différenciés. Les tables de consultation se retrouvent notamment en façade, au nord, au sein même de la double peau, laquelle accueille aussi quelques dispositifs techniques ainsi que des escaliers de secours, selon l'orientation.
Quelques éléments programmatiques demeurent toutefois cloisonnés : archives, section patrimoine, salle de lecture pour les jeunes. Mais tous sont marqués par d'importants vitrages assurant une cohérence et une continuité visuelle avec le reste de l’ouvrage.
Une rampe, suspendue au plafond, permet l’accès à l'étage supérieur. Aucune entrave visuelle ici encore.
Depuis les mezzanines, d’aucuns peuvent observer l’activité en contrebas. Lecteurs et mélomanes se croisent, déambulent, se promènent. Une place publique. Couverte.
Jean-Philippe Hugron
Fiche technique
Programme : construction de la Médiathèque du Marsan, comprenant un espace tout public adulte, un espace public jeunesse, un espace arts, musique & cinéma, un espace intermezzo et une salle de conférences. Conception du mobilier spécifique. Parking semi enterré de 80 places.
Adresse : Caserne Bosquet, Mont-de-Marsan
Maître d’ouvrage : Communauté d’agglomération du Marsan
Architectes : archi5, associé à Borja Huidobro
Surface : 4.750m ² SHON
Coût : 12.309.000€ HT
Calendrier : Lauréats concours juin 2007 / Ouverture novembre 2012
Photographe ou plasticien ? Conjuguant les talents au pluriel, Jean-Pierre Duplan brouille les frontières et offre aux lecteurs du Courrier de l’Architecte des images aux noms à peine évocateurs, images qui plongent...[Lire la suite]
_B.jpg)
Passé par la publicité puis la photographie d’oeuvres d’art, la vision de l’architecture de Pierre Le Châtelier offre forcément des points de vue singuliers, en évolution constante. En...[Lire la suite]
_B.jpg)
Des lieux tantôt vides, tantôt animés. A midi moins le quart, l’absurdité est parfois de mise. Les lignes se mêlent ou se démêlent, les lieux se font et se défont. Face aux murs, les...[Lire la suite]
_B.jpg)
Photographe ou plasticien ? Conjuguant les talents au pluriel, Jean-Pierre Duplan brouille les frontières et offre aux lecteurs du Courrier de l’Architecte des images aux noms à peine évocateurs, images qui plongent...[Lire la suite]
_B.jpg)
Stéphane Chalmeau a décidé, cette année, de montrer, au travers du Voyage à Nantes, les photos d’une oeuvre au sommet de la tour Bretagne - 'Le Nid', une galerie panoramique conçue par Jean Julien...[Lire la suite]
_B.jpg)
Après dix années passées à Marseille, Philippe Piron s'est établi à Nantes en 2013. Il continue de développer son travail sur l'architecture et le paysage avec notamment, en 2012, une participation...[Lire la suite]
_B.jpg)