Première réalisation de l’architecte Diébédo Francis Kéré, l’école élémentaire livrée à Gando, au Burkina Faso, en 2001, fut récompensée du prix Aga Kahn en 2004. Composé de briques de terre, ce bâtiment ventilé naturellement augure alors le parti pris de l’architecte burkinabé désormais installé à Berlin : exploiter les ressources locales pour «mieux construire».
Cette école est le résultat de la mission qu’un homme s’est donné pour améliorer les conditions de vie de son village. Il a non seulement conçu l’école et réuni les fonds nécessaire à sa construction mais il a également obtenu l’aide de l’Etat pour former les villageois aux méthodes de construction utilisant des matériaux locaux. Il s’est appuyé sur la tradition de solidarité au sein de la communauté pour embaucher l’ensemble des villageois dans la construction de l’école destinée à leurs enfants.
Gando, qui compte une population de 3.000 habitants (en 2004, ndlr), se situe dans les plaines du sud du Burkina Faso, à 200 kilomètres de la capitale Ouagadougou. Diébédo Francis Kéré, la première personne de Gando à étudier à l’étranger, était convaincu que l’éducation représentait un facteur déterminant pour l’évolution des siens. Etudiant en architecture à Berlin, Diébédo Francis Kéré s’engagea à ce que son village soit doté d’une nouvelle école ; il fonda en Allemagne, avec un groupe d’amis, une association de bienfaisance, Schulbausteine für Gando (Des Briques pour l’Ecole de Gando).
Cette idée reçut des réactions positives. Ayant obtenu des fonds grâce à son association, Diébédo Francis Kéré obtint également le soutien de Locomat - un organisme gouvernemental du Burkina Faso - pour former des maçons aux techniques du compactage de la terre et de sa stabilisation. La construction de l’école commença en octobre 2000 et fut conduite principalement par les hommes, les femmes et les enfants de Gando. Une fois l’école terminée, en juillet 2001, la construction d’habitations pour les enseignants a débuté selon les mêmes principes.
Pour réaliser une architecture appropriée, le projet s’est appuyé sur les principes de conception d’un bâtiment climatiquement confortable avec des méthodes de construction bon marché, en faisant au mieux avec des matériaux locaux et le potentiel de la communauté et en adaptant avec simplicité les technologies des pays industrialisés. Ce projet a aussi été conçu comme un exemple pouvant faire prendre conscience aux membres de la communauté des mérites des matériaux traditionnels.
Les conditions climatiques ont eu un rôle déterminant dans le choix des matériaux et la forme du bâtiment. Trois classes sont disposées selon un modèle linéaire et séparées par des espaces extérieurs couverts pouvant être utilisés pour les jeux et l’enseignement. Les traditionnels murs porteurs sont construits en blocs de terre comprimée et stabilisée. Des poutres en béton, disposées dans la largeur de la pièce et sur lesquelles s’entrecroisent des barres d’acier, supportent un plafond constitué lui aussi de blocs de terre comprimée. Le confort climatique est assuré par le toit surplombant et ombrageant les façades, par l’élévation du toit ondulé posé sur une armature d’acier, permettant la circulation de l’air entre le toit et le plafond et, enfin, par l’utilisation des briques de terre pour les murs, absorbant la chaleur et régulant la température.
La forme adoptée pour le toit découle de considérations pratiques. Il était impossible d’amener des éléments de construction lourds et il n’était pas envisageable économiquement d’utiliser des machines tels que la grue. C’est pourquoi l’architecte a mis au point un procédé grâce auquel de simples barres d’acier sont utilisées pour constituer des structures légères, sur lesquelles des tôles ondulées ont été posées pour former le toit. La seule chose nécessaire a été d’apprendre aux villageois à utiliser une scie manuelle et un fer à souder.
Toutes les personnes impliquées dans la construction de l’école étaient natifs du village et les compétences acquises serviront ultérieurement à d’autres initiatives, au village ou ailleurs. La manière dont la communauté a su s’organiser a servi d’exemple à deux villages voisins qui ont construit leur école grâce à ce modèle coopératif. Les autorités locales ont non seulement approuvé ce projet et financé le corps enseignant mais elles se sont aussi efforcées d’engager les jeunes, formés pour la construction de cette école, sur des projets de la ville, utilisant les mêmes techniques.
Citation du Jury
«Réalisé avec les moyens et les matériaux les plus modestes, ce projet a reçu un Prix pour sa clarté architectonique et sa valeur de transformation. Située dans un endroit isolé du Burkina Faso, cette école est le résultat de la vision formulée à l’origine par un architecte avant qu’elle ne reçoive l’adhésion de toute la communauté. Etant le premier homme de son village a avoir accès à une formation universitaire en étudiant l’architecture à Berlin, Diébédo Francis Kéré était déterminé à concevoir et construire cette école. Réunissant les fonds nécessaires pour les matériaux en Allemagne, il a mobilisé les hommes, les femmes et les enfants du village pour ériger cette construction chaleureuse, aux structures élégantes et sophistiquées, en accord avec le climat et la culture. La pratique et le poétique se trouvent réunis. L’école primaire de Gando inspire de la fierté et insuffle de l’espoir à toute la communauté, créant les bases pour le développement d’un peuple».
Fondation Aga Khan, 2004
Fiche technique
Client : la communauté du village de Gando, Burkina Faso
Sponsor : Schulbausteine für Gando e.V. - Association 'Des Briques pour l’Ecole de Gando', Allemagne
Architecte : Diébédo Francis Kéré, Burkina Faso
Coordination : Wénéyda Kéré, Burkina Faso
Artisans: Sanfo Saidou ('Baba') et Oussmane Moné, maître maçon ; Minoungou Saidou, soudeur. (tous du Burkina Faso)
Consultant: Issa Moné, responsable technique, Locomat, Burkina Faso, formation pour la production de briques
Surface du terrain : 30.000m²
Surface de la construction : 526m²
Coût : Francs CFA 22,750,000 (US$ 29,830)
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