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Visite | CAB, hold-up sur le paysage (06-02-2013)

CAB, encore CAB. La CAB, dit-on d’ailleurs. Equerre en poche, un coup de projecteur inespéré pour l’agence niçoise. Au Courrier de visiter la réalisation primée à La Trinité ainsi qu’un autre équipement scolaire du même bureau. «Pour la sélection de l’Equerre d’argent, nous croyions davantage que ce serait l’école de Villefranche», affirment les trois associés.  

Education | Béton | La Trinité | CAB architectes

Orly. Direction plein sud. L’aéroport, puis l’autoroute. Puis Nice, les quartiers nord. La Riviera a ses zones d’ombres. Le relief est entaillé et laisse place à l’hypermarché. Au mastodonte ses parkings et ses enseignes. Lieu-dit, La Trinité.

«Une banlieue un peu dure», remarque Jean-Patrice Calori, fondateur avec Bita Azimi et Marc Botineau de l’agence CAB. «L’urbanisme des vallées n’a pas été pensé en rapport avec le paysage. Ce n’est qu’une extension de Nice». Sur place, deux barres ferment la vue. Au milieu, un reliquat belle époque, la Villa Tagnati. La messe est dite.

A l’arrière de l’ancienne maison, laquelle n’attend plus que d’être réhabilitée, le terrain était promis au pôle de la petite enfance dont CAB a remporté la conception en 2006. «Nous nous sommes servis de l’architecture pour faire de l’urbanisme», note Marc Botineau.

«Introduire une écriture architecturale dans des paysages de la Côte d'Azur avec des fortes pentes est une chose délicate et difficile ; c’est pour cela que nous optons pour une écriture silencieuse», affirme Bita Azimi ; et les trois associés de «mettre les pieds dans la porte».

02(@AldoMoretti)_S.jpg«Nous avions l’occasion d’amorcer un espace public», explique Marc Botineau. De fait, le projet s’inscrit dans la pente et assure la liaison entre zone commerciale et cimetière. «Une banlieue un peu dure»...

«Ce bâtiment est comme un fond de scène. Nous l’évoquons comme une infrastructure», affirme l’architecte. Le pôle de la petite enfance joue des lignes horizontales et les strates sont un écho lointain aux restanques disparues de l’arrière-pays niçois.

«Ici, nous sommes toujours en train de creuser, de réaliser des berlinoises, de faire des terrassements. Aussi, le béton est déjà là, sur place», précise Bita Azimi. Le matériau était donc tout trouvé d’autant plus que l’édifice se devait de présenter peu de second oeuvre. Question d’économies.

Béton brut aussi. «L’architecture destinée à des programmes 'petite enfance' n’est pas une architecture de 'Polly Pocket'. La crèche n’est pas l’extension de la chambre d’enfant. C’est le premier espace collectif et de socialisation. C’est aussi un lieu de rencontres et d’échanges des parents et des puéricultrices. N’oublions pas que la crèche est un lieu de responsabilité et de surveillance où la table à langer est un mirador. Nous voulions que les espaces soient fonctionnels et fluides», assure la femme de l’art.

03(@SergeDemailly).jpgRestait alors la question de la spatialité. Pour ce faire, CAB consulte ses classiques et cite en référence le Riviera Palace à Beausoleil, sur les hauteurs de Monaco. L’hôtel pompier, fin de siècle, dont le célèbre jardin d’hiver, côté nord, a été conçu par Gustave Eiffel, s’inscrit lui-même dans la pente.

«En imaginant un pôle de la petite enfance, nous voulions offrir un espace arrière généreux, aéré, où pénètre la lumière ; cela dans le but d’ôter toute impression d’angoisse, d’offrir aux parents le temps d’arriver et de se séparer de l’enfant», assure l’associée.

Pour ce faire, le projet prévoyait quelques jardinières exotiques au sein d’un vaste atrium sur deux niveaux - «un micro paysage», notent les architectes -. Le temps long de la réalisation a occasionné quelques changements. Exit les plantes. En lieu et place de la végétation promise, trois bureaux individuels, dont la réalisation a été confiée in extremis à l’agence.

«C’est un projet sans poteau», note Jean-Patrice Calori. L’édifice repose donc sur quatre noyaux ; chacun est associé à une unité. «Cette structure permettait d’être dans un projet où d’autres types de programmes pourraient prendre place», ajoute Bita Azimi.

04(@SergeDemailly).jpgL’occasion était offerte de réinterpréter les archétypes de la Côte, parmi lesquels la baie vitrée coulissante. «Nous avons utilisé un produit de luxe», sourient les associés. Comble du raffinement, chaque baie rentre dans le noyau adjacent et toutes les menuiseries sont encastrées. Ouverte, la disparition est totale. Bref, dehors dedans.

Aujourd’hui, dessins d’enfants, photographies et guirlandes habillent le béton et apportent une touche de couleur. Un projet neutre, bien qu’expressif, en guise de chevalet. Bambins, à vos crayons !

«Nous aimons l’effacement sans pour autant prôner la disparition. Par exemple la minéralité de ce projet n’est pas un acte contre le paysage. Au contraire. Nous avons emprunté un vocabulaire que nous avons développé dans tous nos projets», relève Bita Azimi. Le béton brut participe de l’inscription du projet dans son environnement et évoque la minéralité éparse des reliefs alentours. Toutefois, la nudité du matériau n’est pas sans choquer. Les pieds dans la porte, CAB a aussi «les doigts dans la prise».

Alors, le peintre, quand est-ce qu’il passe ? La question n’a de cesse de revenir. L’agence n’y échappe pas à Villefranche-sur-Mer non plus où, la même année, elle livre une école maternelle et primaire.

05(@AldoMoretti)_S.jpg«Ce projet est un hold-up sur le paysage», affirme Bita Azimi. A quelques pas de la Citadelle Saint-Elme, une parcelle improbable présente une double pente, transversale et longitudinale.

Pour répondre à la difficulté, les architectes proposent un parti en demi-niveaux. Au nombre de quatre, reliés entre eux par un système de rampes, ils constituent «une promenade architecturale».

La lecture du projet est plus complexe qu'à La Trinité. L’absence de recul peut-être sauf à l’observer depuis le Riant Séjour, la résidence voisine.

Les moyens alloués au projet étaient plus importants, précisent les architectes. 6 millions pour 1.700m² à Villefranche, 3,5 millions pour 1.300m² à La Trinité.

06(@AldoMoretti)_S.jpgDe fait, le mobilier est intégré, les sanitaires lambrissés, les faux plafonds inexistants. Une oeuvre quasi totale. «Nous avons travaillé à la suisse. Tous les fluides passent dans les planchers et remontent dans les placards», souligne Jean-Patrice Calori.

Ce projet mêle aussi grandes portées et porte-à-faux, un exercice de style technique sinon une affaire complexe en zone sismique. «Nous ne faisons aucun choix connoté pour contraindre le projet», soutiennent les trois associés.

La filiation entre pôle de la petite enfance à La Trinité et école maternelle et primaire à Villefranche-sur-Mer, aussi certaine soit-elle dans les formes, n’est qu’affaire de calendrier. Des deux projets, le premier demeure le plus artisanal et sans doute le plus touchant dans le chaos périurbain qu’il tente d’apaiser.

Jean-Philippe Hugron

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