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Compte-rendu | Sport, fric, égos... Question d'architectes ? (06-02-2013)

A une dizaine de stations de tramway du centre-ville de Montpellier, au fond du fond, au bout du bout, là où il n'y a que pierres qui vivent, un vaisseau de béton signé Zaha Hadid. Les lieux trouvent progressivement leurs usages. Et les usages, leurs habitués. Parmi les nouveaux rendez-vous qui rythment la vie de la Cité des Savoirs et du Sport, un cycle de conférences sur l'architecture. Thème du 24 janvier 2013 : 'Architectures du sport'.

Sport | Montpellier

Sur la scène, Jean Chabanne et Nathanaël Fouquet. Le premier, architecte, fondateur de la célèbre agence lyonnaise Chabanne & Partenaires, auteur de nombreux projets sportifs, entre autres. Le second, architecte et kayakiste ; dix ans durant athlète et étudiant se sont fait concurrence. Une décennie plus tard, diplôme DPLG et médailles (d’or, d’argent, de bronze) sont à l'actif de l’homme.

«Il n'y a pas d’architecture du sport, il y a des régions et des contextes», débute Jean Chabanne. Au programme, l'architecte répond par la spécificité locale. «Je ne parlerai pas d'esthétique», précise-t-il toutefois.

Et pour cause, l'heure est davantage au constat. «Depuis soixante ans seulement les lieux dédiés au sport sont couverts. Nous travaillons aujourd'hui sur des ambiances confinées», note le spécialiste.

02(@Cokaliti).jpgPôle sports de montagne, Saint Martin VésubieSi l'histoire semblait aller dans le sens d'infrastructures toujours plus dispendieuses, aujourd’hui, à l'ombre des éléphants blancs, les troubles économiques des collectivités locales amènent à la réflexion. Toutefois, «certaines activités ne peuvent se marier, voire se métisser». La faute à qui ?

«Le ludique - qui attire les familles - n'est pas bien vu par les sportifs ; or, il s’agit là d’une première entrée vers le sport», note l'architecte, précisant à ce sujet que les aspects récréatifs du sport ont supplanté toutes autres formes d'usages au sein des nouvelles réalisations. Résultat : nombre d’équipements se révèlent inadaptés à la quête de performance physique. CQFD.

«Les complexes tendent donc désormais à la polyvalence afin de réaliser d'importantes économies et d'éviter les déficits. Les uns sont à l'entraînement, quand les autres profitent de leurs loisirs», soutient Jean Chabanne.

Les usages peuvent être mixtes, certes, mais l'architecte dénonce par ailleurs la limite des approches fédératives. «Un stade est un gaspillage d'énergie situé en périphérie de ville. Le sport coûte cher pour des utilisations limitées, restreintes à quelques heures par semaine», dit-il.

03(@Chabanne&Partenaires)_S.jpgVélodrome, Saint-Quentin-en-YvelinesAussi, l'agence Chabanne & Partenaires prône le mélange du sport et du spectacle, entre autres. A Saint-Quentin-en-Yvelines, elle réalise le vélodrome promis lors de la candidature malheureuse de Paris à l'organisation des Jeux Olympiques d'été de 2012.

«Cet équipement fait 120 mètres de portée, un défi technique pour un petit groupe de personnes. Nous avons proposé la réalisation de pistes d'athlétisme au centre de l'arène», dit-il.

Dès lors, l'architecte en appelle au «plein emploi» des infrastructures sportives. «Il s'agit de rationaliser les choix budgétaires mais aussi de faire en sorte que les clubs ne s'approprient pas exclusivement des équipements coûteux, lesquels doivent être polyvalents et banalisés», affirme-t-il. En guise d'exemple, les Pays-Bas, encore et toujours, où des subventions ne seraient accordées que pour des projets groupés.

In fine, tout est question de programme.

04(@FouquetArchitecture).jpgAménagement sur l'Hérault - ProjetA l'approche généraliste de Jean Chabanne succède celle plus particulière de Nathanaël Fouquet. L'architecte profite de son expérience de sportif de haut niveau. En exemple donc, le canoë-kayak.

En guise de propos liminaire, un maître-mot : «lisibilité».

«Sur un site sportif, la gestion des flux pose question. Les projets sont bien trop souvent marqués par une vision statique des acteurs : spectateurs et athlètes, notamment ; or, tous sont en mouvement ; un sportif ne passe que peu de temps sur la zone de pratique par exemple», souligne Nathanaël Fouquet.

Aussi, pour l'athlète, comment croiser ses concurrents ? Comment voir l’entraîneur ? Comment retrouver le masseur ? Comment connaître la localisation du jury ? L'espace média est-il inévitable ? Où sont les amis, les proches ? Bref, comment visualiser rapidement un ensemble d'informations ?

Nathanaël Fouquet procède d'une analyse mêlant «extérocepteurs» et «intérocepteurs».

Aux premiers, il associe l'acoustique, la lumière, l'air, la vue, l'odorat... Autant d'éléments pouvant conduire à une forme d'inconfort voire de mal-être.

Aux seconds, la perception de l'espace où la perte d'échelle sinon la monumentalité peuvent s'avérer handicapante.

«Dans le cadre de certains équipements, le spectateur guide le projet», remarque-t-il. Et l’architecture de conditionner le sport.

05(@FouquetArchitecture)_S.jpgStade en eau vive, Ile de la Réunion - Concours«En 40 ans, le canoë-kayak est passé d'un tronçon de rivière à un stade dont l’influence architecturale sur la discipline est certaine. Les équipements sont désormais codifiés, les stades classifiés», dit-il.

En 1969, à Bourg-St-Maurice, 600 mètres de rivière ont été dédiés à la discipline. En 1972, lors des Jeux Olympiques de Munich, un aménagement est spécialement créé à Augsbourg : un bras de contournement agrémenté d’un parc. Barcelone '92, l’apothéose.

Depuis, le nombre d’équipements augmente. L’agence de Nathanaël Fouquet a notamment participé à la programmation d’un stade d’eau vive à Pau, livré en 2009.

«L'implantation autour de la Gave sur un ancien site industriel est proche du centre-ville. Il y avait un enjeu foncier en plus des problèmes liés aux droits d'eau», indique l’architecte.

En plus du parcours aquatique, lequel comprend un bras de liaison amont et un bras de liaison aval, le projet propose un espace paysagé afin que le site puisse accueillir, lors des compétitions, village des athlètes, point presse, restauration et animations temporaires.

Les berges sont dissociées : l’intrados pour les athlètes, l’extrados pour les spectateurs. L’important est «la lisibilité de l'activité, le tout adapté aux spectateurs», assure Nathanaël Fouquet.

Reste la question des arénas, mêlant sport et spectacle. «Il y a de moins en moins de sectarisme», indique Jean Chabanne. Toutefois, ce dernier de remarquer que «sport et spectacle sont intimement liés à sport et 'fric'».

«Il y aura moins d'ostentation qu'autrefois avec les palais des sports mais tout équipement doit, malgré tout, savoir susciter de l'émotion», ajoute-t-il. A quel prix ?

Aux architectes d’esquisser un sourire ; ils ne peuvent, in fine, changer la donne sans autre volonté politique.

Jean-Philippe Hugron

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