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Chronique | Lyon Confluence, Collombarium à la com' (06-02-2013)

A chaque parcelle, son morceau de bravoure ; à chaque morceau de bravoure, son voyage de presse. Des journalistes en guise de faire-valoir qu'on promène d'opération en opération. Bienvenue à Lyon Confluence.

Lyon

Voyage organisé. Départ Paris - Gare de Lyon, arrivée Lyon-Perrache.

Par delà les voûtes*, la prostitution. Image d’Epinal. A moins que...

«Pratique de la débauche pour des motifs plus ou moins intéressés», dixit le dictionnaire. Quelques lignes plus loin «[Dans l'Ecriture sainte] Fait de s'adonner au culte des idoles». C’est Robert qui l’écrit.

Amplia est la dernière des filles objet de cette attention. Belle de jour ? Mouais, le temps est plutôt maussade.

La «presse nationale», parapluie à la main, file tout droit vers l'espace d'informations de Lyon Confluence ; un joyeux bordel !

En préambule, un panégyrique sur les attributs du quartier. «Mixité sociale» ; «Mixité fonctionnelle». Par delà les voûtes, le mélange des genres.

02(@JPHH)_S.jpgUne heure durant, la leçon : 'fait ceci', 'fait cela'. Et Coop Himmelb(l)au... et Jakob&Macfarlane... et Odile D... comment déjà ? Des noms quoi ! Le culte des idoles en attendant celui de la personnalité.

Aux dernières nouvelles réchauffées : Herzog & de Meuron. Un plan masse qui revisite et «comprime» la typologie du grand ensemble. Sur la maquette, tours et barres... tourelles et barrettes... normées, nivelées... pour plus d'espaces verts bien sûr et avec des noues, cela va de soi !

Les Suisses envisagent même l'érection monumentale de deux tours... qu'ils se réservent ?

Et puis Amplia, une opération de logements collectifs, deux architectes importés de la capitale - l'herbe est plus verte ailleurs - Lipsky+Rollet. Au bord de la maquette, les deux associés sont au bord de l'énervement. Alors, Amplia, on en parle ?

Non. Direction, le barnum. Gérard Collomb, l'édile lyonnais, doit en effet venir en personne visiter la dernière livraison du quartier. Lipsky+Rollet devraient être contents.

Les minutes passent sous la tente blanche, la foule trépigne. Soulagement, le voilà. Quelques poignées de mains en arrivant. Com' com'.

La visite commence enfin. Mêêh... Mêêh... Bêêh... La «presse nationale» est là ! Bêêh...

Le discours. Silence.

Au micro, Gérard Collomb dénonce «le caractère mortifère de l'écologie», évoque «l'interpénétration de la technologie de la mobilité et du développement durable», «des habitants actifs», «un quartier énergétiquement plus sobre, socialement plus riche».

Et Amplia ? «Il y a du lien qui se crée. Ce n'est pas l'immeuble où on prend son ascenseur». Ah, le bienfait des coursives... Sans doute une réinterprétation des traboules... tant qu'on y est.

A la vacuité du discours, un quartier sans vie. Mort, Lyon Confluence. L'archi-ZAC stéréotypée n'attire pas les foules. Pas même le vaisseau autiste de Jean-Paul Viguier. Unibail(le) et nous aussi.

03(@JPHH)_S.jpgTiens et le Monolithe mastodonte, conçu par MVRDV, que devient-il ? Coup de peau, une partie est d'ores et déjà sous filet... la ruine est-elle donc si proche ?

L'urbanisme cacophonique du quartier symbolise à lui seul les agitations optimistes et euphoriques des années 2000. Mais la juxtaposition de flacons ne fait malheureusement pas sens. Pas même la liste hystérique de «grands noms». Bientôt Kengo K.

Et Lyon dans tout ça ? Et les architectes lyonnais ? Une école quasi absente, un centre d’architecture inexistant et une génération d’hommes et de femmes de l’art sacrifiée au profit d’archistars dont la publicité n’est plus à faire.

Au Collombarium, une épitaphe : développement durable.

Jean-Philippe Hugron

* «De l’autre côté des voûtes». L’expression désignait le quartier au-delà de la gare de Perrache, autrefois malfamé. Prisons, marchés, sites industriels marquaient un paysage déshérité.

Lire aussi : 'Confluence ou comment les amateurs de bouchons ont résolu leur problème de transit

Réactions

iain | architecte | lyon | 08-02-2013 à 18:23:00

Excellente appréciation, à compléter par une analyse du nouveau centre commercial au bord de la faillite, loin du métro, et un seul accès pompier à tout le quartier, inondable… etc.

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