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Hans Scharoun et autres, Siedlung Siemensstadt, Berlin, 1929Hans Scharoun et autres, Siedlung Siemensstadt, Berlin, 1929

Brésil | Au Brésil, Team 10, et après ? (13-02-2013)

Avec 1.788 unités érigées entre 1980 et 1984, Terras Altas est un ensemble résidentiel moderniste hérité des CIAM* comme il en existe partout au Brésil. Si ce mouvement n'a pas été fondamentalement rejeté, des réalisations, dont celles de Team 10, portent en elles quelques inflexions significatives. Celia Gonsales, chercheur à l'Universidade Federal de Pelotas, revient dans le n°7 d'arquitecturarevista (juillet-décembre 2011) sur l'évolution de ce projet.  

Logement collectif | Urbanisme et aménagement du territoire | | Team 10

NB : Le texte présenté ici, adapté du portugais (brésilien), est une version abrégée de la recherche de Celia Gonsales, publiée au sein du septième numéro d'arquitecturareRevista.

CIAM, TEAM X ET ESPACE URBAIN DANS LES ENSEMBLES RESIDENTIELS BRESILIENS : L’ENSEMBLE TERRAS ALTAS A PELOTAS
Celia Gonsales | arquitecturarevista

L'espace urbain dans les CIAM

PELOTAS - L’urbanisme moderne dans les villes brésiliennes est souvent désastreux. L’idée d’une ville moderne - prise souvent avec superficialité par ses concepteurs - s’est développée à travers une réglementation urbaine appliquée à un tissu traditionnel. Des terrains libres ont, quant à eux, en référence à la charte d’Athènes, fait l'objet de propositions pour de nouveaux quartiers répondant principalement à la demande en logements née de la croissance urbaine du XXe siècle. Ces ensembles résidentiels, principaux exemples de l’urbanisme moderne au Brésil, ont pour modèles pionniers les Siedlungen des centres européens.

Si Le Corbusier est un grand 'systématisateur' des idées globales pour la ville moderne de par son oeuvre et son interprétation de la Charte d’Athènes, les architectes allemands, principalement ceux de la Neue Sachlichkeit, ont étudié la problématique du 'logement minimum' et les possibilités de son organisation en ville.

02(@MartiAris)_B.jpgErnst May - Projet définitif dont Terras Altas s’inspireSur ces points, les CIAM* ont été la scène de débats. Le premier congrès, en 1928, abordait l’adoption d'une méthode universelle pour la production rationalisée de construction et l’idée d’une urbanisation suivant des critères fonctionnels à partir d’une redistribution des terres urbaines plus juste. Le deuxième, en 1929, a étudié l’habitat minimum. Le troisième, complétant la trilogie, «essaye de franchir l’étape suivante : utiliser des méthodes constructives rationnelles, établir des critères pour la disposition des blocs de logements dans une structure parcellaire».

Lors de cette troisième rencontre à Bruxelles en 1930, Walter Gropius, dans sa conférence 'Low-, Mid- or High-Rise Building ?', présente une étude mathématique liant densité et hauteur des logements à la distance entre blocs parallèles afin d'obtenir une «division rationnelle du sol».

CIAM et Brésil

Les thèmes architecturaux et urbains systématiquement discutés depuis les premières décennies du XXe siècle en Europe et relayés par les CIAM sont présents dans de nombreux projets brésiliens. Les professionnels du pays se sont appropriés ces nouveaux concepts et ont profité, dès les années 1940, des expériences outre-mer pour réaliser des grands ensembles de logements.

Ces projets proposent de nouvelles typologies qui sont autant de propositions innovatrices défendant un nouveau mode d'habiter. L'idée est de construire des logements bon marché, économiques, dont les espaces minimum sont intimement liés aux normes d'hygiène. Derrière la rationalité de la conception et de la construction, débattue lors des CIAM, se trouve l'idée de rédemption sociale.

03(@Medvedovski)_S.jpgTeam X et les ensembles de Pelotas

Les modernistes ont longtemps cru qu'une conception de la ville pouvait favoriser un monde plus égalitaire, que la structure urbaine pouvait être rationnelle et fonctionnelle de façon à atteindre un bien-être social. Toutefois, le schématisme, l’excès de rationalisation, la standardisation des logements perçus comme un produit d’usage courant et sans relation à l’identité de l’occupant ont provoqué de fortes critiques émanant d'une nouvelle génération d'architectes au sein même des CIAM.

En 1956, au dixième congrès, organisé à Dubrovnik, Team 10, groupe d’architectes représentant cette nouvelle génération et chargé d’organiser la rencontre, militait pour une réintroduction dans l’architecture moderne de l’expérience de la communauté. Pour le groupe, la hiérarchie des relations humaines devait se substituer à la hiérarchie fonctionnelle. Des concepts tels que l'appartenance et l'identité étaient alors mis en avant. «L’appartenance est une nécessité émotionnelle fondamentale [...] Appartenir donne un sens enrichissant au voisinage. La rue courte et étroite d’un quartier misérable triomphe là où une distribution spacieuse échoue», avait écrit le groupe en 1953.

La nécessité d’espaces plus humanisés et la considération des valeurs culturelles des communautés - marques fondamentales du groupe - se reflètent de différentes manières dans leurs propositions théoriques, architecturales et urbanistiques. A titre d'exemple, l’identité, les modèles d’association dans l’espace architectural, la mobilité et la notion de cluster et de groupement ont été les critères de projets défendus par Peter et Alison Smithson ; la création d’espaces de transition aux limites indéfinies où individuel et collectif, espace construit et espace non construit pouvaient interagir, sont des propositions d’Aldo van Eyck qui recherchait là une redéfinition de la relation entre l’homme et l’espace à partir d’études anthropologiques ; la liberté d’expression des habitants dans l’organisation des espaces et le respect du répertoire culturel de chacun étaient des points que Giancarlo De Carlo cherchait à intégrer dans ses projets en défendant la participation des communautés dans le processus de prise de décision quant à la vie collective.

04(@DR)_S.jpgL’architecte uruguayen Arturo Dorner Linne, auteur du projet d’ensemble résidentiel Terras Altas, raconte que sa proposition avait pour origine son expérience entre 1958 et 1977 à la mairie de Montevideo. L'histoire permet de comprendre comment les idées en vigueur dans l'Europe d'après-guerre sont arrivées jusqu'à Pelotas, au sud-est du Brésil.

En Uruguay, explique l’architecte, l’idée «la plus moderniste» des constructions en hauteur et des terrains entièrement collectifs n’a pas été acceptée par la municipalité. Les quelques projets d'urbanisation ont maintenu le concept de maison isolée ou de maisons jumelées en lot individuel et d’autres ont permis des typologies de blocs de logements sur deux ou quatre étages. «Les bandes de deux étages était la nouvelle tendance en Uruguay [...]. La 'vieille garde' était plus moderniste [...] Peu de projets ont été réellement modernistes [...] A la fin des années 1970, la critique du mouvement moderne avait cours [...] Chacun connaissait le travail de Peter et Alison Smithson», dit-il.

Les premiers projets présentés pour l’ensemble Terras Altas à Pelotas consistaient en un ensemble de logements disposés en deux bandes de deux étages avec un espace collectif proposant barbecue et pistes de pétanque, deux équipements typiques de la culture du Rio Grande do Sul. Selon l’architecte, la maîtrise d'ouvrage n’a pas accepté cette proposition, considérant que les usagers n’auraient pas la capacité d’administrer un espace collectif.

L’architecte a présenté un second projet où il proposait un espacement plus important entre les constructions avec des voies d’accès piétonniers, longées de jardins privés. Dans cette proposition, l’espace public entre les bâtiments s’est perdu mais chaque appartement gagnait un espace ouvert qui était en même temps un espace intermédiaire entre privé et public. De nouveau, la proposition est rejetée, cette fois par l’entreprise de construction, considérant qu’un doublement des voies impliquait des coûts plus élevés.

La troisième alternative se caractérise par l’individualisation et la privatisation de l’espace, une proposition approuvée tant par l’entreprise de construction que la maîtrise d'ouvrage.

Les densités démographiques de ces projets sont moins conséquentes que celles sur lesquelles travaillaient Team 10. Toutefois, la question de la proximité des espaces de vie comme partie fondamentale du processus de relation sociale est posée. La réflexion sur l’idée de voisinage et sur la gradation hiérarchique des espaces libres, allant du privé au public en passant par le collectif, est considérée comme de prime importance dans la conquête de l’identité et dans l’appropriation des lieux.

L’implantation des résidences le long d’une rue reprend un petit quelque chose de la ville traditionnelle. Les blocs sont structurés de telle sorte qu'il y a relation entre forme physique et nécessité socio-psychologique ; un thème cher à la pensée du groupe Team 10.

05(@CeliaGonsales)_S.jpgIl y a alors l’idée de «rétrocéder», de lancer un regard en direction des villes antérieures au fonctionnalisme ; Pelotas est liée à Dubrovnik. Il y a donc un retour, un chemin inverse dans la recherche d’alternative à la ville fonctionnelle.

Plus encore, ces logements ont participé au développement du coopératisme. Dans les années 1960 en Uruguay, les 'Cooperativas de Vivienda' ont favorisé la réflexion sur les espaces communautaires. Terras Altas représente une application précoce de ces concepts au regard du reste du Brésil à la même époque.

L'héritage de Team 10 dans la ville spontanée

Aujourd’hui, plus de vingt ans après sa construction, chacun pourra constater une forte intervention de la population sur les espaces publics et collectifs de l’ensemble Terras Altas, essentiellement sur les espaces libres contigus aux logements.

Une grande partie des espaces à proximité des immeubles a été affectée à des constructions qui n’avaient pas été prévues par le projet originel. A la mono-fonctionnalité, qui ne s’adapte pas à une pratique de l'espace au jour le jour, se sont substituées des petites entités à l’intérieur des logements dont la configuration en unité n’offre aucune chance de développement futur. Les problèmes sociaux, tel le chômage, impliquent la réalisation de travaux informels afin de créer notamment un «commerce en son nom propre» à côté de son logement. 

06(@CeliaGonsales)_B.jpgTerras Altas, Pelotas, la ville spontanée, 2010L’absence d’une copropriété dictant les règles d’utilisation de l’espace, le manque de fiscalité et d’amende au regard des constructions irrégulières expliquent les grandes transformations de ce morceau de ville au fil des années.

Il s'agissait pourtant là d'un nouveau modèle de logements. Néanmoins, entre une vie au sein d'une agglomération multifonctionnelle - dont la morphologie urbaine est plus traditionnelle, dont les typologies d’habitat sont plus variées - et un logement dans une 'cité moderniste', le choc était inévitable. L’espace ouvert est encore trop continu et homogène.

Toutefois, malgré les problèmes que l’occupation irrégulière peut engendrer – notamment d’infrastructures par exemple -, les caractéristiques de ces ensembles résidentiels, fruits des idées d’après-guerre, ont servi de structure et non d’obstacle pour la formation d’un espace urbain plus qualifié.

L’idée d’une gradation entre public et privé avec un plan urbain clair et hiérarchisé entre en résonance avec les désirs de relations humaines plus spontanées.

L’idée du projet était l’attention apportée aux besoins physiques et psychologiques - entendus non en termes abstraits et quantitatifs - et de proposer des réponses locales. Les lieux de convivialité se configurent désormais telle une extension potentielle, immédiate, du logement. La transformation de l’ensemble ne tient pas de la métamorphose mais de la continuité.

Celia Gonsales | arquitecturarevista | Brésil
01-07-2011
Adapté par : Jean-Philippe Hugron

07(@CeliaGonsales)_B.jpgTerras Altas, Pelotas, la ville spontanée, 2010

* Les CIAM ou Congrès internationaux d'architecture moderne, sont nés du besoin de promouvoir une architecture et un urbanisme fonctionnels.

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